Les entreprises tirent la sonnette d’alarme sur le niveau des salariés en orthographe

faute d'orthographe illettrisme 2019-06-07 à 12.14.40

« Que fait au juste cet archevêque dans l’arbre du corbeau ? "Il ouvre un archevêque", c’est l’abracadabrant que j’entends, et j’ai beau tenter de restituer une cohérence à l’affaire en imaginant qu’il laisse "tomber sa croix", l’histoire me paraîtra obscure jusqu’au jour où le texte écrit me sera - enfin - une illumination. » Cette phrase délicieuse, tirée de Composition française, de Mona Ozouf, nous dit tout de l’énigme d’un mot français, insolite à l’oreille d’une petite Bretonne, dont une fable, à l’école, lui révèle le sens.

Tout professeur fait cette expérience : aucun élève n’écrit le même mot de la même manière que son voisin. Notre orthographe n’est pas phonétique mais étymologique. À force de nier cette évidence et de vouloir sottement faire « évoluer » le français, on est arrivé à ce résultat désastreux : notre langue, son expression écrite et orale, est devenue un critère de sélection à l’embauche. Selon un sondage de l’IFOP réalisé pour le Projet Voltaire, nous apprenons que 76 % des employeurs disent que « les lacunes orthographiques sont une discrimination à l’embauche et nuisent à la crédibilité de l’entreprise et à sa rentabilité ». Si vous ne vous faites pas comprendre au téléphone. Si vous ne savez pas écrire correctement. Si vous avez une syntaxe insuffisante et un vocabulaire pauvre. Si, ignorant les modes et les temps, vous confondez le présent, le passé et le futur, quel employeur vous confiera une tâche quelconque ? Peut-on embaucher un opérateur qui ne sait pas adapter ses réponses à des questions qui n’entrent pas dans un questionnaire stéréotypé appris par cœur ?

À Rome, vis comme les Romains. En France, parle français. Les nationalités différentes et les écrans ont bon dos. Certes, l’école, trahissant sa mission - dans le pays de Jules Ferry ! -, s’est employée, depuis longtemps, à déconstruire notre langue par les idéologies les plus folles qui creusent dramatiquement les inégalités. Mais courage ! Parler la langue de Voltaire est à la portée de tous ! Le français s’enseigne et s’apprend très bien. La grammaire tient en une page. Les mots et leur famille s’apprennent, avec leurs racines. Les verbes sont difficiles ? Ils le sont dans toutes les langues. Si un homme, ça s’empêche, un verbe, ça s’apprend ! Bénissons plutôt le ciel d’avoir un système temporel et modal qui permet d’exprimer sa pensée. La vocation diplomatique de notre langue, attaquée par Ursula von der Leyen jusque dans ses discours dont les observateurs dénoncent « le triomphe de l'anglais » (Libération du 19/9/2020) est le fruit de son « génie » : son aptitude à formuler des idées abstraites et permettre aux nations d’œuvrer ensemble. Ce privilège nous oblige.

Redresser l’école doit être le grand chantier du prochain quinquennat. Ce n’est pas l’orthographe qui est discriminante mais le désamour de notre langue, les lubies idéologiques qui sont mortifères. Réhabilitons la dictée et les récitations. Lisons les grands auteurs qui écrivent à hauteur d’homme : ceux qui ont du style, une patte, une plume. Et, d’abord, les classiques français, chefs-d'œuvre devenus inconnus. Nous n’avons plus le choix : parler correctement le français est une priorité pour l’emploi. Apprendre le b.a.-ba, lire, écrire, compter est une question de survie.

Marie-Hélène Verdier
Marie-Hélène Verdier
Agrégée de Lettres Classiques

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