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Editoriaux - Histoire - 11 mars 2016

Légion d’honneur : le flanc de Hollande et le nez de Mitterrand

Qu’on se souvienne du nez de François Mitterrand, de cet appendice superbe. Hautain, impérial. A-t-on besoin d’être socialiste pour l’observer ? Pour le reconnaître ? C’est l’Histoire, et non nous autres, qui a voulu que le principal opposant du général de Gaulle soit aussi celui qui porte le mieux le costume de président de la Ve République.
 
Qu’on se souvienne un instant de ce petit bloc de marbre, c’était une synthèse du reste ; de ces traits fins, de ces lèvres tracées.

Ni bourbonien, ni rond, ni généreux. Tranchant. Suprême. S’il y en avait dans cette région, on serait bien tenté de le dire : tout en muscle. Une littérature à lui seul. Large aileron finissant en pointe. Qu’on s’en souvienne. Il avait quelque chose du nez des vieux chefs amérindiens, ceux qui étaient capables de décider d’une guerre totale du fin fond de leurs nuits noires, face aux crépitements magiques de leurs braises : qui osait les contester, ces chefs ? Qu’on s’en souvienne ; il était pareil, le nez mitterrandien. Sa voûte : un cap, l’horizon vers lequel regardaient tous ses barons. C’était évident. Il décidait sans se justifier, ce nez, sans accompagner son décret d’une motivation. La « motivation », la justification, ce sont des choses récentes, contemporaines. Modernes. Plus on se justifie, moins on est souverain. Plus on motive, moins on est pourvu d’autorité. Historique.
 
Ils sont rares, de nos jours, les domaines où l’on se passe de motivations, d’explications. Il reste la remise de la Légion d’honneur qui relève encore du champ discrétionnaire. Qu’on se souvienne une dernière fois du nez de François Mitterrand : « Je vous fais chevalier de la Légion d’honneur. » Et ce frêle monsieur s’avançait vers vous, de toute sa pâleur charismatique, énigmatique. Souveraine. Et vous vous courbiez. Et vous faisiez silence : il vous enrubannait.
 
Qu’y a-t-il de plus souverain que la remise du ruban rouge ? Que le choix de son destinataire ? C’est le Président qui décide. Full stop.
 
Telle fut l’histoire de ce François-là.
 
Mais l’autre ! L’autre François ! François Hollande, président de la République ! C’est une chose bien différente, faut-il l’admettre. On aurait envie, le voyant s’approcher avec son petit pin’s, de lui imposer l’« État de droit » en pleine cérémonie : on aurait rêvé de lui suggérer de faire demi-tour en lui présentant l’ordonnance d’un juge des référés imposant la suspension de la remise, derechef, injonction exécutoire. De plein droit ! Astreinte ! D’office ! Pour peu qu’on pût le faire, il ne s’en serait guère offusqué, François Hollande. La majesté du souverain, l’auctoritas et la potestas, ce sont autant de choses qui n’intéressent pas la Hollandie, laquelle préfère les coulisses, les messagers de l’ombre, les perquisitions matinales, les gardes à vue piochées dans les rangs de la Manif pour tous.

Non, le nez de François Hollande est assurément fait d’une tout autre farine.
 
C’est le prince d’Arabie saoudite qui vient d’être décoré. Mauvais choix au mauvais moment. Qu’importe, pourrait-on dire, puisque le ruban rouge n’ouvre pas le droit de se présenter à l’élection présidentielle, ni le droit de critiquer les organisations syndicales, ni le droit de soutenir Martine Aubry ou Nadine Morano. La Légion d’honneur, que je sache, n’engage pas sur la crise des migrants, ni sur le destin fiscal de la Commission Juncker. C’est discrétionnaire. De quoi se mêle-t-on ?
 
Qu’on se le dise : nous nous mêlons de ce qui ne nous regarde pas. Et nous le faisons parce que François Hollande prête le flanc à tout sur tous les sujets. Ainsi va la présidence normale à l’heure de son crépuscule.

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