Editoriaux - Polémiques - 19 juin 2019

Légalisation du cannabis : un marché juteux pour l’État ?

La légalisation du cannabis, c’est un peu comme l’arlésienne ou le serpent de mer : on en parle, on en reparle, on y songe, on en discute… Ça vient ou ça vient pas ? Pour l’instant, ça n’est pas venu. Mais ça pourrait venir…

Les députés de quatre groupes politiques vont, en effet, déposer prochainement une proposition de loi visant à légaliser le cannabis. Mieux que cela : ils souhaiteraient que l’État en devienne le producteur et le distributeur via une société nationale type SEITA. Rappelons que l’ancienne « Société nationale d’exploitation industrielle des tabacs et allumettes », autrefois « Service d’exploitation industrielle des tabacs et allumettes », n’est passée au privé qu’en 1995.

L’argument de ces braves gens est bien simple. Je résume : la répression ne fonctionnant pas, faisons donc en sorte que l’illégal devienne légal et tout ira bien. Surtout si l’État tient la main du toxico et s’en met plein les poches au passage.

Le promoteur de cette initiative est Jean-Michel Lambert, député des Bouches-du-Rhône. Il était, ce mercredi matin, l’invité d’Yves Calvi dans « 6 minutes pour trancher ». Face à lui, Frédéric Péchenard, ex-directeur général de la police nationale, aujourd’hui vice-président au conseil régional d’Île-de-France.

M. Lambert nous brosse le tableau d’un pays ravagé par la drogue : « La France est le pays, en Europe, à la plus forte consommation de cannabis », dit-il, avec « 5 millions de consommateurs réguliers, 700.000 quotidiens qui s’approvisionnent sur un marché parallèle ». D’où la nécessité de changer de politique.

Sur ces chiffres apocalyptiques, son interlocuteur est pour le moins dubitatif : « Incontestablement c’est un fléau qui est important, mais vous ne pouvez pas comparer n’importe quoi », dit-il. On additionne les carottes et le cabas de la ménagère, en l’occurrence « quelqu’un qui prend dix joints par jour et quelqu’un qui avoue avoir fumé une fois dans sa vie ».

M. Lambert et ses amis ont, dans leur démarche, un soutien de poids : le Conseil d’analyse économique, un club de réflexion proche de Matignon qui « prône une gestion étatique et centralisée ». Le nirvana économique. Pensez : « Monopole de la semence, de la graine, jusqu’à la distribution du produit fini pour tout à la fois assécher le trafic actuel et récupérer jusqu’à deux milliards de taxes qui viendront servir à de nouvelles politiques de prévention, de nouvelles politiques de développement de certains quartiers qui ne vivent que du cannabis. À la clé, la création de 30 à 40.000 emplois”. » Mazette !

« C’est comme ça que le monde avance », assène M. Lambert.

Frédéric Péchenard est sans doute un homme sombre. Il n’entrevoit guère ce monde mirifique. Primo, dit-il, « si on légalise le cannabis, il y aura une augmentation du nombre de fumeurs, comme ça s’est passé partout ». Il est vrai que le Canada, deuxième pays à légaliser le cannabis récréatif, a vu doubler le nombre de ses consommateurs : 640.000 depuis octobre 2018. Secundo, dit Péchenard, « je m’inscris en faux contre l’idée absurde que ça va faire diminuer le nombre de dealers. Ça n’est pas vrai ! Il y aura toujours des dealers qui vendront de l’héroïne, de la cocaïne, du cannabis avec un taux de THC très fort, et même d’ailleurs des dealers qui vendront du cannabis légal. »

Un vrai sceptique… Il le martèle : « L’idée qui consiste à dire que ça va permettre aux cités, aux quartiers de sortir de la délinquance est une idée complètement fausse. Les délinquants continueront à vendre du cannabis et de la drogue, et si par hasard ils ne le font plus, ils n’iront pas pointer à Pôle emploi. C’est, incontestablement, un très mauvais argument… »

Encore un qui ne croit pas au monde merveilleux des Bisounours… Allez, M. Péchenard, un petit joint pour retrouver le sourire ?

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