On se souvient qu'une sénatrice socialiste avait déposé, en 2013, avec la bénédiction de François Hollande, une proposition de loi tendant à abroger la loi du 28 septembre 2010, dite « Ciotti », qui visait à lutter contre l'absentéisme scolaire en suspendant les allocations familiales. Le Sénat, maintenant dominé par la droite, vient de voter, dans le cadre de la loi sur le séparatisme, un amendement rétablissant cette mesure. Cette question est une marque spécifique de clivage entre la gauche et la droite. La réponse qu'on y apporte révèle des conceptions idéologiques et politiques fondamentalement divergentes.

En 2013, les socialistes préféraient proposer aux personnes responsables de l’enfant « une aide et un accompagnement adaptés et contractualisés ». Aujourd'hui, à gauche, les arguments n'ont pas changé. Gabriel Attal, porte-parole du gouvernement, transfuge, comme bien d'autres, du Parti socialiste, les a cautionnés en précisant, sur France Info, que le n'approuvait pas cet amendement, ajoutant qu'« [il n'était] pas sûr que ça règle le problème d’ajouter de la misère à la misère ». Preuve que la pensée de gauche est toujours bien ancrée dans les méninges de la majorité présidentielle.

C'est en vain que ont expliqué que cette sanction ne serait « pas automatique » et que leur amendement était « équilibré ». Ils n'ont pas convaincu l'opposition sénatoriale. Patrick Kanner, le président du groupe socialiste, s'est exclamé : « On ne veut pas ajouter de l’exclusion à l’exclusion ! », tandis que chantait son refrain favori, « Je ne crois pas qu’il y ait des parents laxistes ou complices », appelant à « aider les parents » à assumer leur rôle. Il ne manquait plus, dans ce concert édifiant, que l'écologiste Esther Benbassa, qui tira la morale de cette histoire : « Croyez-vous qu’on peut éduquer des parents en les punissant ? »

Ce débat, s'il n'a rien de nouveau, est révélateur des préjugés tenaces d'une gauche qui prétend avoir le monopole du cœur mais détient plutôt le record du renoncement. Elle ne s'est pas départie de l'angélisme qui coûta cher à Lionel Jospin, en 2002, ni d'une conception paradoxale de l'autorité consistant, en l'occurrence, à trouver toutes les excuses aux enfants et aux familles qui font de l'école buissonnière une pratique habituelle. Les élus LREM sont allés dans le même sens : une sénatrice s'est ainsi demandé si « la sanction est vraiment toujours une solution », estimant que ce n’était « pas le sujet » de ce projet de loi, censé conforter « le respect des principes de la République ».

Elle semble oublier que le Sénat a modifié son titre, en y ajoutant opportunément la « lutte contre le séparatisme », qui est théoriquement son premier objectif. Ce faisant, elle a souligné, sans s'en rendre compte, que l'absentéisme scolaire est fréquent dans les quartiers où une partie de la population ne reconnaît pas les lois de la République et où des jeunes, comme on les appelle, mettent plus de zèle à faire l'apprentissage de la délinquance qu'à recevoir une instruction.

Certes, des parents peuvent être débordés, mais d'autres prendraient soudainement conscience de leurs responsabilités s'ils couraient le risque de perdre leurs allocations. La gauche, secondée par la majorité qui, décidément, n'en rate pas une, montre, une fois de plus, sa complaisance envers les adeptes de cette forme de séparatisme, qu'elle met sur le même plan que les Français respectueux de la loi – quand elle n'est pas, à leur égard, plus attentionnée.

18 avril 2021

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