La pédophilie est condamnable et doit être condamnée, quels qu’en soient les auteurs. Il est insupportable que des abus sexuels sur des enfants aient pu être commis par des ecclésiastiques, ou que des autorités religieuses aient consciemment couvert de tels agissements. En Irlande, le pape François a reconnu « l’échec des autorités ecclésiastiques – évêques, supérieurs religieux, prêtres et autres – pour affronter de manière adéquate ces crimes ignobles » et a évoqué « l’indignation », la « souffrance » et la « honte » qu’ils suscitent.

Il ne faudrait pas, cependant, que ces actes répréhensibles servissent de prétexte à discréditer l’Église catholique dans son ensemble ou quelques personnalités qui n’ont pas l’heur de plaire. Quand le Premier ministre irlandais déclare devant le pape, venu clore la rencontre mondiale des familles à Dublin, qu’« il ne peut y avoir qu’une tolérance zéro pour ceux qui abusent d’innocents enfants ou qui permettent cet abus » et que « nous devons maintenant faire en sorte que les mots soient suivis d’actions », il est tout à fait dans son rôle et on ne peut que lui donner raison.

Mais quand, dans le même discours, il explique que « le temps est venu de construire une nouvelle relation entre l’Église et l’État en Irlande », qu’il insiste sur les évolutions de ce pays catholique – constatant, par exemple, « que les familles revêtent des formes différentes, y compris celles qui ont à leur tête un grand-parent, un parent seul, des parents de même ou des parents divorcés » –, il l’accuse implicitement d’être réactionnaire (un comble pour le pape François !) et de ne pas savoir s’adapter à son temps. Ce qui réjouit à la fois l’aile progressiste de l’Église et les anti-calotins invétérés.

En abordant successivement, dans son propos, le scandale de la pédophilie et les positions sociétales, exprimées par le pape lui-même, sur l’avortement, le mariage ou la famille, le Premier ministre irlandais contribue à discréditer ces dernières, comme si elles étaient également indéfendables. On peut penser, pourtant, qu’elles tracent au moins un idéal, qui intéresse même un non-croyant. Car le respect de la vie, le soutien à la famille, le droit pour un enfant d’avoir un père et une mère sont des questions qui dépassent largement le domaine du religieux.

D’aucuns se sont émus que le cardinal Barbarin fût présent aux côtés du pape : n’est-il pas visé par une pétition demandant sa démission pour n’avoir pas, selon ses accusateurs, dénoncé des agressions sexuelles sur de garçons, dans les années 70 et 80 ? Mgr Barbarin a démenti avoir couvert, en quelque manière, les agissements du prêtre concerné. Son adjoint a rappelé qu’il avait parlé au pape d’une éventuelle démission, que le pape l’avait refusée. L’action en en cours permettra sans doute de connaître la vérité sur cette affaire.

Il reste que l’acharnement contre le primat des Gaules n’est pas totalement innocent. Certains cherchent manifestement à déconsidérer un dignitaire de l’Église, sans attendre même le verdict de la Justice. Son rôle actif dans le débat sur le mariage pour tous, sa participation publique à y sont-ils étranger ? Par le procédé de l’amalgame, ils tentent de discréditer, en même temps que l’homme, les positions qu’il défend.

Chacun jugera si ces donneurs de leçons, qui ne respectent pas la présomption d’innocence et condamnent sans jugement, se seraient autant indignés lorsque, dans les années 1970, des soixante-huitards, connus ou moins connus, présentaient la pédophilie comme une forme de révolution sexuelle.

26 août 2018

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