La chape de plomb qui se lève enfin dans l’Église, notamment en Amérique, sur les affaires de ne va-t-elle pas être l’occasion trop belle, pour certains, d’attaquer l’Église ? Attaques qui peuvent venir tant de l’extérieur que de l’intérieur de l’institution. C’est la réflexion qui vient à l’esprit en apprenant qu’un prêtre du diocèse de Valence (Drôme) appelle Mgr Barbarin à démissionner, “dans les plus brefs délais”, de ses fonctions de cardinal et d’archevêque de .

Un appel publié par le biais d’une pétition sur Internet lancée par les présidents de deux associations : La Parole libérée, association d’aide aux anciens du Groupe Saint-Luc, victimes de pédophilie, et l’AVREF, aide aux victimes des dérives de mouvement religieux en et à leurs familles.

Ce prêtre, juge ecclésiastique à l’officialité de Lyon, justifie sa démarche en faisant référence à la lettre du pape François publiée le 20 août au sujet de la pédophilie dans l’Église. “Que chacun le fasse [signer cette pétition] en étant conscient de sa responsabilité à répondre à l’appel du pape François.” Dans ce document, le Saint-Père exhorte, en effet, les catholiques à se mobiliser face aux crimes pédophiles. Il demande au clergé mais aussi aux fidèles de “dénoncer tout ce qui met en péril l’intégrité des personnes”.

Que reproche ce prêtre, l’abbé Pierre Vignon, au primat des Gaules ? D’abord de ne pas avoir démissionné en 2016 après avoir déclaré, dans une conférence de presse sur une affaire de pédophilie dans laquelle avait été impliqué un prêtre, Bernard Preynat : “Grâce à Dieu, les faits sont prescrits.” Ces mots sont repris, aujourd’hui, dans tous les qui relaient l’information concernant cette pétition. Or, qu’a dit exactement le cardinal Barbarin durant cette conférence ce presse ? “Je n’ai jamais parlé de présomption d’innocence parce que ce sont des faits avérés, dramatiques. Y a-t-il prescription ou pas ? Prescription juridique peut-être. Le droit va le dire. Grâce à Dieu, les faits sont prescrits. Certains peut-être pas. La Justice se prononcera.” Interpellé, alors, par un journaliste sur la de cette formule “grâce à Dieu” qui signifie “heureusement”, le prélat avait immédiatement reconnu son erreur de langage.

Ainsi donc, un prêtre signe une pétition et appelle à la signer, en s’appuyant sur des propos partiels pour lesquels, du reste, le cardinal s’est expliqué. D’emblée, la démarche semble douteuse pour qui a soif d’un minimum de rigueur intellectuelle.

Le reste de la pétition, que chacun peut consulter sur Internet, n’est qu’allusions avec l’emploi, par deux fois, de l’expression “je n’insisterai pas sur” : on en dit assez pour jeter à la vindicte populaire mais sans trop en dire. Et, finalement, on en appelle noblement à la fois au pape et à l’honneur : “L’appel du pape est clair. Le peuple de Dieu doit réagir et je suis donc dans mon droit de l’appeler à le faire. C’est une question d’honneur.” Cette lettre du pape que Vignon reçoit “dans son entier” précise que “l’ampleur et la gravité des faits exigent que nous réagissions de manière globale et communautaire”. Or, la lettre du prêtre du diocèse de Valence, dans laquelle le “je” est tout de même employé dix fois, ressemble quelque peu à un règlement de comptes (le prêtre évoque un entretien qu’il aurait eu en privé avec le cardinal sur cette affaire Preynat), par sa manière individuelle et peu “communautaire”. On peut, du reste, se demander si, au final, elle servira bien la cause qu’elle prétend défendre. Au-delà des affaires de pédophilie, qui exigent que les justices des États et de l’Église passent sans faiblesse, cette pétition signée par un prêtre met peut-être en lumière une crise de l’autorité qui ne peut que perturber les fidèles et les désorienter. Le but recherché ?

Rappelons que le procès du cardinal Barbarin, poursuivi pour ne pas avoir dénoncé à la Justice des agressions sexuelles commises dans son archidiocèse, se tiendra du 7 au 9 janvier 2019.

21 août 2018

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