Editoriaux - 29 janvier 2020

Le retour des Français de Wuhan ou quand, finalement, la France, c’est mieux

Selon les sources, il y aurait plusieurs centaines, voire jusqu’à un millier de nos compatriotes actuellement bloqués en Chine, suite à la décision des autorités chinoises de mettre la ville de et quelques autres en quarantaine.

Qui, en France, connaissait le nom de Wuhan avant le début de cette crise du coronavirus ? Qui, en France, pouvait se douter qu’autant de Français s’y étaient plus ou moins temporairement expatriés, si loin de notre Loir gaulois ? Qui, en France, à part Wikipédia prenant comme source un article de la presse chinoise, savait que Wuhan est « la ville de Chine qui reçoit le plus d’investissements français » ?

Car avant d’être l’épicentre, aujourd’hui cadenassé, d’une épidémie déjà bien inquiétante, Wuhan était surtout l’une de ces énormes villes chinoise symbole de la mondialisation heureuse. Pour ne citer qu’eux, les groupes SEB ou PSA (probablement accompagnés de flopées de PME-PMI) y sont implantés depuis belle lurette aux côtés d’autres grandes entreprises occidentales venues ici non par hasard mais par goût du commerce et de l’industrie libres, c’est-à-dire du profit libre. Il faut évidemment comprendre « libre » dans son acception la plus économique. Tout rapprochement de ce terme avec ce qui, de près ou de loin, toucherait à la liberté des individus, voire à la démocratie, serait a priori un contresens.

À Wuhan, on a de la main-d’œuvre à très bon marché, des normes sanitaires et environnementales adaptées aux besoins des entreprises et, j’imagine, une inspection du travail intelligente. Tout le contraire de l’Europe en général et de la France en particulier. Cette France où l’on étouffe les entreprises dans le carcan d’une réglementation absurde, où les chômeurs sont des fainéants refusant les milliers d’emplois qui n’attendent pourtant qu’eux sur le trottoir d’en face et, surtout, cette France peuplée de fonctionnaires parasites ne produisant que de l’impôt ou de la dette. Bref, cette France à réformer, que l’on peut quitter sans un regret, lorsque l’appât du gain se fait sentir en Chine car, oui, vraiment, l’herbe économique y est plus verte.

Mais qu’entend-on, depuis quelques jours ? De petites voix, difficilement audibles, nous parviennent de la lointaine et travailleuse Asie. Des voix, que dis-je, presque des sanglots ! Les Français de Wuhan se souviennent du sein de leur mère patrie et se disent qu’ils préféreraient ne pas attraper le dernier coronavirus à la mode ou bien, s’ils devaient être touchés, qu’ils préféreraient une petite quatorzaine française dans l’un de nos vieux hôpitaux plutôt que la bonne grosse quarantaine chinoise dans un hôpital ad hoc, sorti de nulle part en dix jours.

Alors bon, moi, je ne vois pas d’inconvénient à ce que l’on mobilise des fonctionnaires français pour comptabiliser, rassurer, rapatrier et soigner ces braves gens. À l’heure où l’on tente de faire revenir de Syrie les « présumés innocents des crimes de trahison ou d’attentat », je ne comprendrais pas que l’on ferme la porte à nos ressortissants inconfortablement bloqués en Chine. Mais j’aurais tout de même une petite exigence, teintée d’orgueil blessé : Messieurs les Français partis chercher fortune en Chine car la France vous rognait les ailes, que ne feriez-vous pas bruyamment amende honorable sur nos plateaux de télévision et sur nos ondes radio ? Le libéralisme économique décomplexé vous tendait les bras en Chine. Mais la mort vous y guettait aussi. N’oubliez jamais que c’est la vie que vous êtes revenus chercher ici et que ce sont vos frères français, avec leurs impôts, qui vous l’ont accordée de bonne grâce, même si les délocalisations en Chine les ont parfois, eux, privés d’emploi.