Editoriaux - Politique - 8 décembre 2018

Le Rassemblement national sous surveillance

L’économiste ultralibéral Jean-Richard Sulzer vient de créer une association qui se nomme Rassemblement national juif visant à lutter contre les dérives antisémites au sein du Rassemblement national. Il ne s’agit pas d’un gag, mais bien de la réalité. Selon l’ex-adjoint aux finances du maire d’Hénin-Beaumont, membre, de surcroît, du Rassemblement national, interviewé dans le magazine Challenges, ce collectif regroupe “des élus, des militants et des sympathisants du Rassemblement national qui ont à cœur de sensibiliser les dirigeants du Rassemblement national au ressenti de la communauté juive au sein du parti. L’association compte une vingtaine de membres et a été officiellement créée en juin dernier. Nous avons aussi déposé le nom “Rassemblement national juif” auprès de l’Institut national de la propriété industrielle (INPI) afin de pouvoir l’utiliser dans d’éventuelles publications ou affiches.”

Qui peut croire sérieusement que l’antisémitisme sévirait dans les rangs du parti fondé et dirigé par Marine Le Pen ? Ne s’est-elle pas exprimée à de nombreuses reprises en faveur de la dédiabolisation en écartant – de manière un peu expéditive, d’ailleurs – son père, Jean-Marie Le Pen, des instances du Front national ? N’a-t-elle pas toujours été la plus claire sur la question de l’antisémitisme ? Il semblerait que non. Quant au « ressenti », il s’agit d’un terme éminemment subjectif et élastique. Comment peut-on définir le « ressenti » ? Depuis des décennies, les médias stigmatisent de nombreuses personnalités qui sont accusées d’antisémitisme d’après un « ressenti » tout à fait contestable au regard de l’objectivité d’un discours ou d’un écrit. Si un membre du Rassemblement national refuse d’obtempérer aux injonctions du CRIF, sera-t-il considéré – parce que « ressenti » – comme antisémite par le Rassemblement national juif ? On voit bien que ce concept est flou, vague, nébuleux et peut donner lieu à de multiples interprétations abusives.

Jean-Richard Sulzer réitère ses accusations par ces mots : “Et, pour le dire clairement […], on soupçonne des penchants antisémites au sein du Rassemblement national, décrivant sa structure comme “un comité de vigilance” […] Si nous ne sommes pas entendus et que nous observons une dérive du parti, la vingtaine de membres de notre collectif n’hésitera pas à claquer la porte du Rassemblement national.” Une menace qui s’apparente à un délire paranoïaque ! Sulzer poursuit tout de même : “Notre démarche est celle d’un soutien bienveillant, mais vigilant, au Rassemblement national. Depuis six mois, nous constatons l’arrivée, dans les instances du parti et l’entourage de Marine Le Pen, de personnalités qui nous inquiètent et, pour le dire clairement, qu’on soupçonne de penchants antisémites. La venue de Steve Bannon, le sulfureux ex-conseiller de , au congrès de Lille en mars n’était pas non plus un bon signal. Cela explique que plusieurs élus et militants du RN aient souhaité créer ce collectif qui agira comme un comité de vigilance.” En affirmant cela, Jean-Richard Sulzer désavoue l’autorité de Marine Le Pen. Comment pourrait-elle accepter que des « personnalités dans son entourage » soient suspectées d’être antisémites ? Steve Bannon est-il antisémite ? On le sait pro-israélien, pas antisémite…

Jouant à se faire peur, Sulzer rappelle, sur sa lancée : À titre personnel, je ne manque pas une occasion de rappeler à Marine Le Pen ma grande sensibilité sur le sujet, souvent avec une pointe d’ironie. Lorsqu’elle avait fustigé “les nomades” Jacques Attali et Daniel Cohn-Bendit au congrès de Lille, j’avais tweeté “les nomades seraient-ils tous bretons ?” Et j’avais accueilli Steve Bannon avec ma kippa sur la tête.” On croit marcher sur la tête.

À quand la fondation d’un “Rassemblement national chrétien” ou d’un “Rassemblement national musulman” ?

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