Vendredi soir, les députés italiens ont, très largement (330 voix sur 549, alors que 275 suffisaient), voté la confiance à leur gouvernement de coalition social-souverainiste et approuvé le budget 2019. C’est un défi ouvert à Bruxelles, qui avait rejeté le budget italien, menaçant toute une nation souveraine de sanctions financières. Pour faire un geste et se donner le beau rôle, le président Conte (remarquable stratège) avait abaissé ce déficit de 2,4 à 2,2 % (au lieu de 1,8 % en 2018). Bruxelles aura alors le choix entre punir (et être un peu plus haïe) ou laisser faire, encourageant ainsi d’autres pays (Espagne, mais aussi France) à assouplir leurs règles budgétaires. Avec un possible effondrement de l’euro par les marchés ou par simple dissensus allemand.

Il y aura certes probablement, dès lundi matin, une réaction des marchés – réactions spéculatives, attentistes, punitives. Mais il était inévitable qu’un jour ou l’autre, on en arrive là. Car une cause produit toujours des conséquences. L’euro a provoqué des récessions économiques dans plusieurs pays et cette récession provoque des rejets politiques. Quel esprit borné osera dire qu’il ne fallait pas s’y attendre ?

L’ a estimé que la vision comptable et monétaire imposée par Bruxelles était, à la fois, insupportable socialement, et inepte s’agissant de son vital besoin de relance. Certes, elle devra gérer à la fois une hausse des publiques (financement du « revenu citoyen » pour les plus pauvres) et une baisse, en pourcentage, du taux des impôts. Toutefois, le gouvernement table sur une relance de la production et, donc, une augmentation de la masse imposable. Plus une lutte durcie contre la fraude fiscale. Et des économies en matière de coûts migratoires.

Une fois le vote de la nation italienne acté, on se demande ce que Bruxelles pourra bien dire mercredi prochain, jour où la Commission est censée émettre son ultime jugement.

Est-ce la fin programmée de l’euro ? La fin de l’OMC que a déjà bien affaiblie ? La fin de l’Europe à la suite du dont Mme May n’a pas pu faire valoir sa version light ?

En tout état de cause, l’Italie ne pourra relancer sa production intérieure qu’en sauvant ses grosses PME manufacturières, qui furent parmi les meilleures d’Europe. Et pour cela, il faudra abaisser les charges, adapter la monnaie à l’économie (et non pas l’ à la monnaie), reprendre la maîtrise de la finance et stopper les importations mortifères. Toutes choses interdites par Bruxelles. Contre le plus élémentaire bon sens.

8 décembre 2018

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