Le président du Sénat, pour ouvrir les yeux, doit ouvrir les livres !

Paris Match a publié, le jeudi 20 juin, un entretien entre le philosophe et historien Marcel Gauchet et le président du Sénat Gérard Larcher (LR). À la première question posée par Bruno Jeudy, rédacteur en chef du service politique de l’hebdomadaire :« Pourquoi avez-vous souhaité débattre de la laïcité ? », Gérard Larcher répond :« Pour moi, tout commence en 2015, après l’attentat de Charlie Hebdo et de l’Hyper Cacher. » Et le président du Sénat de raconter que, le Président Hollande ayant « demandé aux deux présidents des assemblées parlementaires de lui livrer leurs réflexions sur l’état de la société française », il a « scruté le pays, rencontré, dialogué ».

Aussi a-t-il perçu « deux éléments importants : une France « d’à côté » qui a le sentiment de ne plus être écoutée, d’être reléguée au « bout de la table »« Ce sont, ajoute-t-il, les personnes que l’on a trouvées aux ronds-points en novembre, décembre 2018. » (L’a-t-on entendu lors de la crise des gilets jaunes ?) Il a également ressenti « la segmentation de la société et la montée des communautarismes ». Il s’est alors rendu compte que « la laïcité était au cœur du débat » et a « souhaité y consacrer une réflexion approfondie avec Marcel Gauchet ».

La question de la laïcité serait au cœur du débat depuis l’attentat contre Charlie Hebdo et l’Hyper Cacher en 2015 ? C’est une plaisanterie ! Cela fait des années que le débat est houleux. Cela fait dix-sept ans que l’historien Georges Bensoussan a publié Les territoires perdus de la République, avec des témoignages antérieurs à la date de publication de l’ouvrage.

Combien d’autres livres amers et irrités par la surdité, la suffisance et l’insuffisance des politiques ! Citons, au hasard, celui du professeur Shmuel Trigano, La Démission de la République. Juifs et Musulmans en France, celui de l’ancien membre du Haut-Conseil à l’intégration Malika Sorel-Sutter, Décomposition française: comment en est-on arrivé là ? ou celui de l’ancienne conseillère régionale d’Île-de-France Céline Pina, Silence coupable, qui accuse certains élus locaux d’avoir pactisé avec les islamistes au mépris de la laïcité, ou encore celui de Gaïdz Minassian, enseignant à Sciences Po Paris, Zones grises, quand les États perdent le contrôle ou, enfin, le livre collectif dirigé par la démographe Michèle Tribalat, Histoire de l’islamisation française, 1979-2019, publié en mars dernier.

On pourrait ajouter celui de Matthias Küntzel, Djihad et la haine des juifs, sorti en Allemagne en 2002, publié en français en 2015, avec un avant-propos dans lequel Boualem Sansal écrit : « Qui veut comprendre l’islamisme, mais pas seulement, le monde arabe et musulman aussi, ainsi que ses relations au monde, doit lire ce livre et le garder à portée de main… »

Le président du Sénat est resté beaucoup trop longtemps aveugle pour être aujourd’hui crédible. La ville de Rambouillet, dont il fut conseiller municipal et maire de 1979 à 2014, est située à quelques kilomètres de Trappes, une ville de 30.000 habitants, rongée par le communautarisme islamiste depuis des années. En trente-cinq ans, cet élu de terrain, comme il aime se définir, n’a-t-il donc rien vu venir, rien entendu, rien lu ? Lui a-t-il fallu attendre 2015 et les attentats contre Charlie Hebdo et l’Hyper Cacher pour ouvrir les yeux ?
Newton n’aurait pu voir la loi de la gravitation universelle à l’œuvre dans la chute d’une pomme en se contentant de la regarder tomber. On n’appréhende pas la réalité d’un pays et les forces destructrices qui la travaillent en se contentant de serrer des mains. Le terrain ne prend tout son relief qu’éclairé par les livres. C’est la raison d’être des bibliothèques dans nos assemblées parlementaires. Le président du Sénat fréquente-t-il la sienne ?

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