Le papa de Maria Carolina est-il le vrai héritier du trône des Deux-Siciles ?

Il existe un autre prétendant en Espagne, Pedro de Bourbon des Deux-Siciles, Duc de Calabre qui revendique lui aussi le titre de chef de la Maison royale des Deux-Siciles.
royaume deux-siciles

Les querelles dynastiques traversent les siècles et les pays de notre vieille Europe. Les évoquer, c'est en quelque sorte se plonger dans l'histoire de notre continent. On connaît la querelle, concernant la succession de la couronne de France, entre la branche aînée de la maison de Bourbon, représentée par le prince Louis Alphonse de Bourbon, et la branche des Bourbon-Orléans, représentée par le prince Jean, comte de Paris. On connaît moins la querelle dynastique autour du trône de l'ancien royaume des Deux-Siciles, renversé en 1861, lors de l'unification de l'Italie. Notre ami espagnol José María Ballester nous donne son point de vue sur cette question qui refait surface pour les raisons que l'on sait...

La médiatisation à outrance, suite à la une de Paris Match, il y a deux semaines, de l’idylle qui unit actuellement le président du Rassemblement national, Jordan Bardella, et la princesse Maria Carolina de Bourbon des Deux-Siciles, remet sur le tapis l’une des rivalités dynastiques les plus acharnées entre les maisons royales non régnantes. Les médias français se sont empressés de présenter le prince Charles de Bourbon des Deux-Siciles, duc de Castro (né à Saint-Raphaël en 1963), et père de Maria Carolina, comme le véritable héritier de l’ancien royaume dont le territoire englobe les terres historiques de Naples et de la Sicile.

La réalité est toutefois un peu plus complexe : le prince Charles n’est que l’un des deux prétendants au trône des Deux-Siciles.

Une histoire qui remonte à plus d'un siècle

Un de ses neveux, le prince Pierre de Bourbon des Deux-Siciles*, duc de Calabre (né à Madrid en 1968), fils de son cousin au deuxième degré, l'infant d'Espagne Don Carlos de Bourbon des Deux-Siciles (1938-2015), revendique lui aussi la tête de la maison royale des Deux-Siciles. Et ce, non sans quelques arguments de poids.

La rivalité dynastique entre les deux familles trouve ses racines dans le « traité » de Cannes, enregistré le 14 novembre 1900 dans l’étude d’un notaire de la ville, par lequel le prince Charles de Bourbon des Deux-Siciles (1870-1949), arrière-grand-père du prince Pierre de Bourbon des Deux-Siciles, renonça à ses droits successoraux afin de pouvoir épouser l'infante Marie-Mercedes, sœur aînée du roi d'Espagne Alphonse XIII (1886-1941).

À cette époque, l'infante était l'héritière présomptive de la couronne d'Espagne, le roi étant encore célibataire. Selon les lois dynastiques des Deux-Siciles, datant de 1759, le chef de la maison, ou ses descendants, ne pouvait occuper simultanément le trône de Madrid, même en tant que consort. Don Carlos renonça alors au trône, prévoyant que la couronne espagnole reviendrait à ses descendants. De plus, en 1900, il était le deuxième fils du chef de la maison : l'héritier direct était son frère aîné, le prince Fernando Pío.

Le décès de ce dernier au début de 1960, sans descendance, a déclenché le conflit actuel. Le prince Rainier (1883-1973), troisième fils du comte de Caserte et grand-père de l'actuel duc de Castro, revendiqua pour lui-même et ses descendants la tête de la maison des Deux-Siciles, considérant comme irrévocable la renonciation de Cannes.

Une renonciation au trône réfutée

Cependant, le fils de Don Carlos, l'infant Alphonse (1901-1964), grand-père du prince Pierre de Bourbon des Deux-Siciles, estimait que cette renonciation avait perdu toute validité, la condition qui l'avait motivée n'étant plus remplie, puisque la dynastie espagnole avait perpétué sa lignée à travers la descendance d'Alphonse XIII : le comte de Barcelone, le roi Juan Carlos Ier et l'actuel roi Philippe VI.

L'un des défenseurs de cette thèse est l'historien dynastique José Luis Sampedro Escolar, membre de l'Académie royale de généalogie et d'héraldique que BV avait eu l'occasion d'interroger, récemment, sur un autre sujet. Dans son ouvrage Dinastías de traición (La Esfera de los Libros, 2008), il écrit que « Don Carlos a signé le traité de Cannes en croyant que, en épousant l'héritière de la couronne d'Espagne, il avait l'obligation de renoncer à ses droits dynastiques sur les Deux-Siciles, se conformant ainsi à ce que Charles III avait prévu pour des occasions similaires dans sa Pragmatique de 1759 ». Ce document fut promulgué à l’occasion de la proclamation de Charles III (1716-1788) comme roi d’Espagne et de son abdication en faveur de son troisième fils pour la couronne de Naples, afin de ne pas susciter de soupçon auprès des puissances européennes.

Conclusion de Sampedro Escolar : « Celle-ci [de Don Carlos], comme nous l’avons dit, était erronée, et, par conséquent, la volonté du signataire était viciée d’erreur, de sorte que la renonciation doit être considérée comme nulle. » Tels sont les arguments sur lesquels s’appuient le prince Pierre, son père et son grand-père depuis 1960 dans leur rivalité contre le père de Maria Carolina. Bien que le duc de Castro domine le discours sur la scène française, le duc de Calabre y dispose de solides soutiens, notamment celui du prince Charles-Emmanuel de Bourbon-Parme et, par le passé, celui de feu le baron Hervé Pinoteau (1927-2020), l’un des plus grands généalogistes et héraldistes de son époque.

 

* NDLR : en Espagne, Pedro de Borbón-Dos Sicilias y Orléans

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José Maria Ballester
Journaliste espagnol

Vos commentaires

39 commentaires

  1. Pour M. José Maria Ballester,
    Voici plusieurs remarques afin d’éclairer la question.
    – Le Duc de Castro est l’héritier du trône des Deux-Siciles. La question, née du refus de la branche du Duc de Calabre d’admettre sa position, est complexe et nous la détaillerons totalement, sur notre site ou ailleurs.
    Contrairement à ce que vous indiquez, Rénier et ses successeurs ont été soutenus par tous les Souverains et tous les Chefs de Maison qui se sont prononcés, sauf le Roi Juan Carlos.
    Même le Comte de Paris bien connu ( mort en 1999), soutenait le Duc de Castro, bien qu’une de ses filles ait épousé le Duc de Calabre.
    La renonciation a pu être regrettée, mais elle est demeurée valide. Invoquer postérieurement une erreur, pour justifier la portée d’un acte officiel, ne saurait modifier les conséquences de cet acte entraînées alors, acte qui faisait accéder le frère de Don Carlos à la position d’héritier du trône.
    Plusieurs questions ont pu brouiller ensuite la compréhension de la question par certains, mais c’est une autre affaire, et il n’est pas lieu de les aborder ici.
    Enfin, invoquer Charles-Emmanuel de Bourbon-Parme comme soutien… Ce Prince aimable n’a pas autorité en ces matières, et il n’est qu’un des nombreux représentants d’une branche cadette de la maison de Parme.

  2. Pour M. José Maria Ballester,
    Voici plusieurs remarques afin d’éclairer la question.
    – Le Duc de Castro est l’héritier du trône des Deux-Siciles. La question, née du refus de la branche du Duc de Calabre d’admettre sa position, est complexe et nous la détaillerons totalement, sur notre site ou ailleurs.
    Contrairement à ce que vous indiquez, Rénier et ses successeurs ont été soutenus par tous les Souverains et tous les Chefs de Maison qui se sont prononcés, sauf le Roi Juan Carlos.
    Même le Comte de Paris bien connu ( mort en 1999), soutenait le Duc de Castro, bien qu’une de ses filles ait épousé le Duc de Calabre.
    La renonciation a pu être regrettée, mais elle est demeurée valide. Invoquer postérieurement une erreur, pour justifier la portée d’un acte officiel, ne saurait modifier les conséquences de cet acte entraînées alors, acte qui faisait accéder le frère de Don Carlos à la position d’héritier du trône.
    Plusieurs questions ont pu brouiller ensuite la compréhension de la question par ceertains, mais c’est une autre affaire, et il n’est pas lieu de les aborder ici.
    Enfin, invoquer Charles-Emmanuel de Bourbon-Parme comme soutien… Ce Prince n’a pas autorité, et il n’est qu’un des nombreux représentants d’une branche cadette de la maison de Parme.

  3. Si Marie Caro devient « first lady », devra-t-elle aussi signer un document et renoncer aux deux Sicile ? Dans tous les cas, je préfèrerai l’avoir, elle, en « Première Dame », que Stéphane Séjourné en « Premier Monsieur »…

  4. Vous connaissez la célèbre phrase de Chirac devant ce genre de problème : « Ca m’en touche une sans me faire bouger l’autre. »… Il est certain que dans le contexte mondial actuel, savoir qui est vraiment le le cgef héritier des deux Sicile est on ne peut plus important..

  5. J’ai rien compris. Mais bon, moi je suis roturier. Ce qui me plairait bien c’est que, par inadvertance en quelque sorte, Marie-Caro devenant first lady grâce à Jordie, les deux Siciles deviennent possessions françaises. Chouette, non ? Une annexion à l’ancienne, quoi ! Je suggère, je suggère, on ne sait jamais.

      • En réponse à Gratien,
        L’héritier Carliste est le Chef de la Maison de Parme, et Duc de Madrid.

        En raison d’un désaccord de nature idéologique, l’un des deux Carlismes reste encore représenté théoriquement par son oncle le Prince Sixte-Henri, bien connu, mais celui-ci n’exerce plus depuis longtemps aucune représentation directe. Il n’a pas d’enfants.

        Certains royalistes français pensent que les droits Carlistes sont passés au Duc d’Anjou et de Ségovie, fils d’Alphonse XIII, et grand-père de Louis de Bourbon actuel Duc d’Anjou. Mais c’est parce que les actes de transmission, du dernier représentant de la Branche Carliste vers le Duc de Parme, ne leur sont pas connus complètement.

        Enfin, certains espagnols ont pu croire que les droits Carlistes auraient été obtenus par le Comte de Barcelone, père du Roi Juan Carlos, du fait qu’un groupe de Carliste se sont tournés vers lui car ils refusaient la branche de Parme, en raison d’idées politiques mais ça n’avait aucune portée en matière de droits.

      • En réponse à Gratien,
        L’héritier Carliste est le Chef de la Maison de Parme, et Duc de Madrid.

        En raison d’un désaccord de nature idéologique, l’un des deux Carlismes reste encore représenté théoriquement par son oncle le Prince Sixte-Henri, bien connu, mais celui-ci n’exerce plus depuis longtemps aucune représentation directe. Il n’a pas d’enfants.

        Certains royalistes français pensent que les droits Carlistes sont passés au Duc d’Anjou et de Ségovie, fils d’Alphonse XIII, et grand-père de Louis de Bourbon actuel Duc d’Anjou. Mais c’est parce que les actes de transmission, du dernier représentant de la Branche Carliste vers le Duc de Parme, ne leur sont pas connus complètement.

        Enfin, certains espagnols ont pu croire que les droits Carlistes auraient été obtenus par le Comte de Barcelone, père du Roi Juan Carlos, du fait qu’un groupe de Carlistes se sont tournés vers lui car ils refusaient la branche de Parme, en raison d’idées politiques mais ça n’avait aucune portée en matière de droits.

  6. Jordan Bardella, et la princesse Maria Carolina de Bourbon des Deux-Siciles ont une idylle, oui et alors, cela ne regarde qu’eux et les lecteurs de la presse people qui n’ont rien à faire de leur journée. Quant au problèmes d’héritage des familles royales en quoi voulez-vous que cela nous concerne.

    • Vous avez raison parce que le vrai substitut du roi Philippe VI ce serait le prétendant Louis II, en France Louis XX, petit fils de Franco, et qui a un peu le soutien du parti VOX, le RN espagnol. En tout cas il s’en rapproche.

Commentaires fermés.

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