Lire : une pratique qui se perd à l’adolescence

C’est la nouvelle enquête du CNL qui le révèle : un tiers des 16-19 ans ne lisent plus du tout… mais passent 5 heures par jour sur leurs écrans.
@Unsplash
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Mardi dernier est parue la dernière enquête du Centre national du livre (CNL) sur « Les jeunes Français et la lecture ». Réalisée par Ipsos bva, elle porte sur un échantillon de 1.500 jeunes, bien sûr « représentatifs de la population françaisev». Âgés de 7 à 19 ans, ils couvrent donc l’étendue de la scolarité, depuis le CP où l’on apprend à lire jusqu’à l’âge de sortie du secondaire et, pour les 91,9 % qui ont obtenu le bac en 2025 (96,4 % pour la voie générale), une probable entrée dans le supérieur. On est alors étonné d’apprendre que si « la lecture des jeunes est globalement stable par rapport à 2024 […], elle est toujours bien moins importante chez les 16-19 ans, qui restent nombreux à ne pas lire du tout ». Pire que cela, on apprend que « les adolescents sont beaucoup moins nombreux que les plus jeunes à les comprendre [les livres], les aimer ou les lire facilement ». Faut-il en conclure que, dans un pays où l’on se targue de frôler les 100 % de bacheliers, la plupart ne comprennent pas ce qu’ils lisent ?

Le déclencheur : la lecture des histoires dans la petite enfance

Avant d’entrer dans le détail, une donnée globale s’impose : quelles que soient les injonctions, les alertes et autres mises en garde du corps médical quant aux ravages des écrans sur les jeunes cerveaux, le temps passé devant ne cesse de croître : lorsqu’il s’agit des loisirs, les jeunes leur consacrent dix fois plus de temps qu’à la lecture de livres, tous genres confondus. Le temps de lecture moyen est, quotidiennement, de 18 minutes, contre 3 heures d’écran, atteignant 5 heures pour les 16-19 ans. À noter que si la baisse du temps de lecture est générale, elle existe également dans les catégories jusqu’ici épargnées : les 7-12 ans, les filles et CSP+.

La lecture loisir est prioritairement consacrée aux BD, mangas, et romans pour les jeunes filles (16-19 ans), avec une tendance forte pour la « dark romance » (57 %). C’est, nous dit-on, un dérivé de la romance où la roturière ne rencontre plus le prince charmant, mais qui « met en scène des amours impossibles où les violences psychologiques et sexuelles sont généralement répandues ». Concernant l’activité de loisir des jeunes – activité qui n’est donc pas la lecture, mais pas non plus le sport –, ce sont essentiellement les jeux vidéo, les jeux en ligne et le balayage des réseaux sociaux.

Dans une société qui prétend à l’indifférenciation des sexes, on relève ici que le goût de la lecture, tout comme les conseils pour ceux qui lisent encore, sont donnés par les mères (+22 % par rapport aux pères). C’est un goût et une pratique qui se forgent dans la toute petite enfance par la lecture des histoires, pratique qui tend elle aussi à disparaître, comme en témoignent les 7-9 ans interrogés. De même, l’enquête nous apprend que « la figure d’exemple des parents en matière de lecture a également reculé en 10 ans : 18 % des jeunes déclarent que leurs parents ne lisent pas de livres eux-mêmes (surtout leur père), quand ils n’étaient que 7 % à l’affirmer en 2016 ».

Cachez ces tristes réalités qu’on ne saurait voir

Le plus inquiétant, peut-être, dans cette enquête, est la révélation que la compréhension de l’écrit se perd au fil de la scolarité. C’est en tout cas ce que l’on comprend en lisant que « quand ils lisent un livre pour l’école, les études ou le travail, les plus jeunes éprouvent toujours moins de difficultés que les plus âgés, qui sont beaucoup moins nombreux à comprendre, aimer et lire facilement ».

Redisons-le, c’est extrêmement inquiétant et laisse entrevoir les possibilités de manipulation et d’intoxication de tous ces jeunes cerveaux, particulièrement malléables. Or, il est douteux que nos politiques aient conscience de l’ampleur du phénomène. En témoigne, par exemple, un Jean-François Copé qui claironnait, au micro d’Europe1, le jour même où est sortie cette enquête, combien « la France est remarquable dans des grandes filières industrielles, l’école, l’hôpital ». L’ancien ministre a dû louper quelques épisodes.

Régine Hatchondo, la présidente du CNL, livre quant à elle une information que le maire de Meaux devrait méditer, lui qui court les plateaux pour présenter son dernier livre : Quand les populistes trahissent le peuple. Madame Hatchondo nous apprend en effet que la moitié des 12-19 ans ne sait pas qu’il existe des écrivains vivants. C’est, dit-elle, la première remarque des élèves lorsqu’un auteur leur rend visite dans le cadre des interventions organisées par le CNL. On dit que la vérité sort de la bouche des enfants. Alors, de deux choses l’une : soit Jean-François Copé n’est pas écrivain, soit il est mort et il ne le sait pas !

Picture of Marie Delarue
Marie Delarue
Journaliste à BV, artiste

Vos commentaires

22 commentaires

  1. Le temps moyen de lecture est de 18 minutes par jour, contre 5 heures d’écran chez les 16-19 ans. Oui, mais c’est oublier qu’aujourd’hui l’immense majorité des livres est disponible en format numérique … donc sur écran ! Comme quoi le problème n’est pas tant les écrans que le contenu diffusé sur ces mêmes écrans. Il est bon de le rappeler.

  2. quand les instit considèrent que lire des mangas ou des BD, c’est lire !!!!! et que les parents pensent la même chose ! je ne vois pas comment il peut être démontré aux enfants ce qu’est la vraie lecture
    ces gosses ne savent même plus rêver…à part avec des petits personnages en plastiques mais, c’est par définition limité puisqu’ils ne savent même pas à quoi « rêver »…..

  3. Si triste constat ! Quelle évasion que la lecture ! Pourtant le tout petit aime que sa maman-papa lui lisent des histoires, et dès qu’il commence à savoir lire, il essaie de continuer. Je pense que c’est aux parents d’entretenir ce qui pourrait devenir une habitude Ceci est pour le yaka. Il est vrai que les écrans on raflé la mise. Du facile et de l’immédiat, si bien que s’étant accoutumés au phrasé minimaliste, ils ne comprennent plus ce qu’ils lisent. Pour ceux qui seraient peut-être tentés, l’effort est trop fastidieux. J’ai bien peur que le combat soit perdu.

  4. Moi j’ai une belle tablette et je passe plusieurs heures par jour à lire et à écrire sur son écran : des journaux, des livres, des mails, des paroles de chansons, des SMS… Ecrans et supports de lecture ne sont pas des ensembles disjoints bien au contraire, ils se complètent les uns les autres. Dans ma tablette j’emporte des centaines de livres, j’ai accès à tous les journaux et je peux même écrire des livres entiers.
    Je ne me souviens pas qu’il y a trente ans les ados lisaient ou écrivaient plus qu’aujourd’hui, pas du tout !

  5. Génération « vautrée sur canapé » avec cou atrophié car penché sur l’écran !! Le bon Dieu nous a muni de deux mains ,mais il a oublié de nous en munir d’une troisième pour tenir le téléphone en permanence !!

  6. Mon père ne lisait pas, ma mère oui, mais sur le tard. Par contre, moi, la lecture a toujours été au centre de ma vie. Je commence ma journée et je termine ma journée avec de la lecture: un livre le matin, un autre le soir. Et je lis sur écran pendant environ 3 heures par jour. Il faut aussi rajouter que plus on lit, plus rapide devient la lecture.
    Si même les lycéens ne lisent pas au moins une heure par jour (un vrai bouquin!), alors on peut se demander comment ils vont faire en fac.

  7. Les mômes ni lisent plus ; plus de BD et encore moins de livres.
    Je dévorais ces 2 derniers jusqu’à mes 25 ans. Je connaissais par cœur au moins 10 numéros de téléphone sans parler des auto dictées ! Maintenant, tous les gniards dès l’âge de 12 ans ont un smart et ils sont devenus des fainéants ! Plus aucunes recherche dans un dictionnaire, le Bescherelle ne se vend guère et les tables de conjugaisons se sont envolées. La fabrique du crétin est bien présente en 2026. Et l’Histoire, n’en parlons pas…

  8. C’est bizarre de prendre toujours les problemes par le mauvais cote, peut etre si on lit moins est ce parce que la prposition ne seduit plus du tout. Les livres racontant les galeres de personnages dont on se fout ne font pas rever, qui va arriver a rivaliser avec Martin, Pratchett, hoob ou bien d’autres. Le nombrilisme de nos auteurs ne fait pas recette et condemamne notre jeunesse aux ecrans

    • Ce n’est pas faux, mais on peut tout de même s’intéresser à la littérature au dessus du nombril. Les bons auteurs ne manquent pas et les classiques sont là pour que les lecteurs y fassent leurs premières armes. Le problème vient peut-être du fait que les jeunes ont besoin de conseils de lecture, mais comme leur aînés ne lisent plus, ils sont bien incapables de les orienter.

      • Pour les conseils, ils n’y a qu’à pousser la porte d’une bibliothèque ! Ils y seront accueillis avec gentillesse. Le guide, c’est l’envie !

    • Ce ne sont pas les auteurs qu’il faut critiquer mais les écrans ! Des livres, il y en a des millions
      et il faudrait peut-être un peu regarder en arrière du côté des auteurs classiques… Je crois aussi
      que l’Educ Nat a un peu abandonné ce terrain au profit d’un modernisme insipide !
      Moi j’ai lu beaucoup, mais j’ai eu la chance de ne pas connaître les écrans.

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