[LE GÉNIE FRANÇAIS] Lavoisier, le père de la chimie moderne
Sa méthode, faite d’expérimentation, de mesure, de rigueur du langage et de coopération internationale, a incarné un idéal de rationalité et de progrès au service de l’humanité. Mais qu’est-ce que ce génie est donc allé faire dans cette galère… la politique ? C’est sa charmante épouse qui, sans le savoir et bien malgré elle, le mettra sur le chemin de la guillotine ; elle l’exécutera plusieurs décennies plus tard. Pourtant Marie-Anne Peaulze, scientifique, illustratrice et traductrice brillante joua un rôle déterminant dans la diffusion des travaux de son mari.
Des talents multiples
Né le 26 août 1743, Antoine Laurent de Lavoisier perd sa mère à l'âge de cinq ans et hérite d'une grande fortune. Plus tard, licencié en droit, il ne plaide pas mais ses études lui permettent d’assister à des conférences sur les sciences naturelles très en vogue. Paris vit dans l’esprit encyclopédique, celui des sciences et des techniques, lesquelles passionnent Antoine.
En plein siècle des Lumières
Nous sommes en plein siècle des Lumières. Les philosophes croient juste d’opposer la science à la foi en Dieu et les savants prennent leurs distances avec l’Église. La franc-maçonnerie s’est implantée en France vers 1725, importée d'Angleterre où elle est restée chrétienne et monarchiste. En France, elle contribue aux changements politiques et sociaux qui, ajoutés à une nouvelle famine, mèneront à la Révolution et à l’effervescence du matérialisme. Personne ne voit alors venir le danger de la Terreur, ni de l’athéisme et des totalitarismes communistes et nazis qui en découleront.
Pour l’instant, la science est résolue à se rendre utile. Les chercheurs doivent mieux comprendre la nature pour mieux l’exploiter. Lavoisier incarne ce renouveau. Il mène de front deux carrières dans lesquelles il excelle : scientifique et administrative. La première lui apportera la gloire, la deuxième fera sa perte.
Car sa femme est aussi la fille du Fermier général qui gère les impôts du royaume au pire moment de son histoire. Les multiples talents de Lavoisier incitent son beau-père à l’employer aussi dans ce secteur.
Membre de l’Académie à 23 ans
Dès l’âge de 23 ans, en cette année 1766, il est lauréat du concours de l’Académie des sciences pour un essai sur l'éclairage public des salles de spectacle et reçoit au nom du roi une médaille d'or. Il est élu membre de l’Académie des sciences le 18 mai 1768 et siège au Louvre à l’âge de 24 ans.
Son intérêt pour la politique lui permet d'acquérir en 1770 une charge de fermier général. À vingt-six ans, il entre ainsi au conseil d'administration de la compagnie qui gère la collecte des impôts par délégation du roi. Cette fonction est à l'origine de ses principales découvertes scientifiques en chimie, car il y dispose d'une balance qui sert à détecter les fraudes. Lui, va s’en servir pour ses expériences et les pesées moléculaires de divers gaz.
Découvrir la nature profonde de la matière
L’alchimie n’a pas évolué depuis le Moyen Âge. La chimie en est encore à ses balbutiements. La grande énigme pour Lavoisier consiste à découvrir la nature profonde de la matière. La définition officielle ne le satisfait pas : tout corps serait une combinaison de quatre éléments primordiaux : l’air, la terre, l’eau et le feu. C’est la théorie d’Aristote.
Antoine veut comprendre le mystère de la composition de l’air. Il lui faudra trois ans pour résoudre cette question. En 1776, grâce à des instruments de laboratoire – tels que balances, calorimètres, respiromètres –, il teste plusieurs théories sur la combustion et réalise une expérience cruciale : en déduisant que l’air est constitué de deux gaz : un gaz respirable auquel il donne le nom d’oxygène (du grec oxy, « acide » et l’autre, mortel qu’il appelle azote, « sans vie ».
Hydrogène et oxygène, des mots nouveaux
Rendons à César… Le Britannique Cavendish est le premier à déterminer les propriétés caractéristiques de l’hydrogène et à le nommer « air factice » ; c’est ensuite Antoine Lavoisier qui, en 1783, l’appelle hydrogène (du grec hydro, « eau », et gène, « générateur »). Il démontre la conservation de la matière dans la combustion et confirme que l’eau est un composé d’hydrogène et d’oxygène.
D’où sa déclaration restée célèbre : « Rien ne se crée, rien ne se perd, tout se transforme. » En 1791, Lavoisier, obsédé de précision, sans laquelle on ne peut progresser, est également sollicité pour participer à l’élaboration du fameux système métrique, cette grande invention universelle qui a permis d’uniformiser les poids et les mesures.
La Terreur coupe court… aux expériences du savant
Hélas, le pauvre malheureux ne profitera pas longtemps de cette gloire. Sa foi en une monarchie constitutionnelle et son passé de fermier général au service du roi vont le faire arrêter sur l’ordre de la Convention. Nous sommes en pleine Terreur, où 17 000 Français sont guillotinés, souvent sans jugements, entre 1793 et 1794, soit 160 par semaine en moyenne pendant deux ans, au nom de…. la Liberté ! La Révolution finira par se retourner contre les Révolutionnaires. La guillotine dévorera ses enfants : Robespierre en tête qui prétend que « le bain de sang était nécessaire ». Comment ne pas penser aujourd’hui à Mélenchon, « blanc et moche », selon ses propres mots ! Et à quelle sauce il sera mangé par les siens…
Martyr de la science
Alors que Lavoisier demande un sursis pour terminer sa nouvelle expérience scientifique, le président du Tribunal aurait déclaré : « La République n’a pas besoin de savants ». Antoine Lavoisier (qui a enlevé sa particule) est jugé de manière expéditive par cette Terreur aveugle et assoiffée de sang, malgré les nombreux témoignages des savants de l’époque. Le mathématicien Lagrange dira : « Il ne leur a fallu qu’un instant pour faire tomber cette tête, et un siècle ne suffira peut-être pas pour en reproduire une semblable ». En effet, il laisse un héritage immense et garde une réputation de génie dans les laboratoires de chimie d’aujourd’hui.
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2 commentaires
Merci de rendre hommage à cet immense savant pour qui l’expérience précédait la théorie. Les experts du GIEC feraient bien de s’en inspirer.
J’ai toujours gardé en tête sa formule: rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme. Il y a quelque chose de philosophique dans cette phrase.