[LIVRE] Laïcité et catholicisme : peut-on les marier ?
Qu’est-ce donc que cette chose étrange et mouvante que l’on nomme laïcité ? Étrange, puisqu’elle est, dans sa forme actuelle, une spécificité française que rien ne justifie véritablement, en dehors des attentes qu’en ont nos oligarques républicains. Mouvante, puisque après avoir régi, des siècles durant, les rapports entre le spirituel et le temporel, sans que son nom ne soit jamais prononcé avant 1871, elle a été « inventée », ou plutôt réinventée, par ces mêmes républicains pour légitimer et servir un programme de destruction du rôle de liant et moteur de la vie sociale que jouait encore le catholicisme, en cette fin de XIXe siècle, malgré les massacres révolutionnaires et deux premières expériences républicaines.
Bouffe-curé et garde-chiourme
Une fois cette première basse besogne accomplie, la laïcité est supposée être devenue un garde-fou contre d’éventuelles hégémonies religieuses. La voilà qui guette les moindres signes d’un retour toujours possible du catholicisme (on lutte contre les croix au coin des rues et contre les crèches dans les mairies). La voilà aussi qui, en évacuant le catholicisme, a fait place nette à l’islam, fait mine de lutter contre d’éventuels empiètement de ce dernier dans la sphère publique. Tâche rendue impossible en pratique, du fait de la communautarisation que le laïcisme républicain favorise par son caractère anomique, et qui profite pleinement au développement de l’islam.
Benoît Dumoulin, patron de l’association catholique Ichtus, est aussi professeur d’histoire des idées politiques. Et c’est donc en expert qu’il nous retrace, à travers ce livre, Quelle laïcité pour demain ? (publié chez Boleine), l’émergence et le cheminement de cette laïcité, élément structurant de la vie politique en France depuis son origine, par l’équilibre, toujours difficile, qu’elle proposait d’installer au cœur de la vie publique. Un préalable indispensable à une contextualisation correcte du sujet, et sans lequel deviennent immanquablement bancales les interventions, sur cette question, de tous ceux pour qui tout commence avec de sanglantes révolutions et pour qui la nation française est née en 1789 et la laïcité lors de la Commune de Paris.
Par ailleurs, s’il y a une « actualité » de la laïcité - nous serions même tentés de dire une urgence -, c’est qu’elle n’est pas seulement un épicentre de la France républicaine, mais aussi une réalité problématique, et qui pose bien des questions.
Laïcité apaisante ?
Quand François Furet nous vendait, en 1989, comme d’autres à sa suite, l’idée d’une France apaisée, réunie autour d’une laïcité consensuelle, il était bien optimiste. L’apaisement n’était que de façade, et l’ouvrage de Benoît Dumoulin l’illustre bien. La laïcité républicaine comme point d’équilibre et de concorde n’est qu’un leurre et un abus de langage. C’est bien d’un laïcisme qu'on parle en réalité, c’est-à-dire d’un outil militant qui, plus ou moins ouvertement, plus ou moins brutalement, sert des objectifs idéologiques qui n’ont rien d’amical, à l’encontre du catholicisme notamment.
Un catholicisme qu’il fallait faire taire, marginaliser, amoindrir, faute de le faire disparaître, mais aussi remplacer. Le culte de l’Être suprême faisant un peu poussiéreux, pourquoi pas la laïcité comme religion républicaine ? Sans dieu, donc sans risque, messieurs dames. Et cela fait plus de deux siècles que, faute d’avoir beaucoup de fidèles, elle a ses prêtres. La sortie de l’ancien ministre socialiste Vincent Peillon, à laquelle l’auteur a la bonne idée de faire allusion, est un modèle du genre. « Il faut inventer une religion républicaine », expliquait-il, car la laïcité « serait plus forte, aujourd’hui, si on la concevait comme une véritable spiritualité. Il faut créer une mystique alternative à la religion catholique. »
La laïcité comme praxis
Pourtant, la colle ne prend pas. Et comment prendrait-elle ? Car d’évidence, constate justement Benoît Dumoulin, le laïcisme républicain n’est que « soustraction », « négation ». C’est dans son ADN. Il n’a été inventé que pour cela et ne pourrait être ce qu’il voudrait remplacer. Nulle transcendance, nul sacré véritable, nul amour sincère et authentique, dans l’idéologie laïcarde. Et cette logique de la table rase qui a été la sienne, et celle du vide qui lui sert de bilan, sont évidemment problématique. La France ne va pas bien car elle a mal à l’âme. Benoît Dumoulin milite pour un retour à « une laïcité comme praxis » et pour un « humanisme intégral » où le catholicisme retrouverait sa place d’inspirateur au service du bien commun. Soit. Mais cela est-il possible dans le cadre institutionnel actuel ? La question, qui n’a pas trouvé réponse positive depuis deux siècles, reste donc posée.
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