L’avertissement lancé, ce jeudi 27 août, par Jean-Yves Le Drian, ministre des Affaires étrangères, a de quoi faire réfléchir : « Le risque, aujourd’hui, c’est la disparition du . » Au-delà de l’effet d’annonce, il ne s’agit nullement d’une phrase en l’air.

L’explosion qui a ravagé le port de Beyrouth, le 6 août dernier, le drame de trop ? Celui qui, en tout cas, a parachevé de discréditer la classe politique locale, toutes factions confondues. Il s’agit, évidemment, d’une faillite économique et financière, imputable à ces mêmes factions pratiquant un clientélisme éhonté tout en laissant s’effondrer ce qui demeure d’autorité de l’État et d’infrastructures publiques, mais également d’une faillite politique.

En 1943, le Pacte national stipulait que le Liban, pays alors de toutes pièces créé par la France, ne devait s’aligner ni sur les pays d’Orient ni sur ceux d’Occident. Ce qui fit dire à un éditorialiste d’alors que « l’addition de deux négations ne constitue pas une nation ». Mais un vœu pieux, sûrement, le pays du Cèdre étant, depuis longtemps, le théâtre de bataille de ces puissances n’osant pas toujours s’affronter directement, mais obligeant les Libanais à prendre parti pour l’une ou l’autre des forces en présence.

C’est encore plus vrai aujourd’hui, le Liban étant écartelé, en résumant à grands traits, entre ceux qui regardent vers l’Arabie saoudite et les USA (sunnites du Courant de l’avenir et Phalanges chrétiennes) ou du côté de l’Iran et de la Russie (Hezbollah chiite et chrétiens du Courant patriotique libre, partisans du président Michel Aoun).

Des décennies durant, la prospérité libanaise a été largement assurée par les Saoudiens. Mais c’était avant que Dubaï ne devienne une place forte bancaire plus importante que Beyrouth, ville dont le port se trouve désormais supplanté par celui de Djeddah, en Arabie saoudite. Pour aller court, le Liban n’est plus la plaque tournante financière qu’elle fut naguère. Et depuis que Téhéran n’en finit plus de consolider l’arc chiite allant de Téhéran à Beyrouth tout en passant par Damas, Riyad n’a plus le moindre cadeau à faire à Beyrouth. Ou quand l’économie se retrouve otage de la politique.

Ce qui pose, par ailleurs, le problème de ce Hezbollah sous influence iranienne, formant aujourd’hui un quasi-État dans ce qui reste d’État. Une position qui paraît pesante à nombre de Libanais, qui lui sont pourtant reconnaissants d’avoir, en 2006, libéré le Sud-Liban, alors occupé par les troupes israéliennes. C’est encore en grande partie grâce à lui que les islamistes de Daech, discrètement soutenus par l’Arabie saoudite, ont été vaincus et n’ont pu exporter leur guerre au pays du Cèdre.

Les Saoudiens entendent donc ne pas se faire oublier. Ainsi, ce 27 août, dans L’Orient-Le Jour, Scarlett Haddad écrit-elle, à propos de la formation d’un éventuel futur gouvernement : « Tous ceux qui sont en contact avec eux révèlent que ce qui compterait pour ces derniers, ce serait que le Liban soit doté d’un gouvernement sans le Hezbollah, voire hostile à cette formation. » À croire que les exigences de Riyad soient bien plus brutales que les seules influences de Téhéran…

Et comme si ces ingérences ne suffisaient pas, Antoine Basbous, directeur de l’Observatoire des pays arabes, propose, dans L’Opinion de ce jeudi : « Pour stopper cette descente en enfer, il faudrait […] considérer que le patient libanais est hors d’état de se soigner et de réformer, que son système politique est pervers et que l’armée du Hezbollah ne peut être démantelée dans les circonstances actuelles. » Et le même de conclure : « Il s’agit en fait de placer le Liban sous mandat international, de le soustraire aux ingérences régionales qui en ont fait le théâtre privilégié des conflits du Levant depuis Nasser jusqu’à Khamenei, en passant par Arafat et les Assad. »

En revenir au Pacte national de 1943, donc. Antoine Basbous verrait assez bien dans ce rôle de tuteur. Mais le Liban en a-t-il le souhait ? Et la France encore les moyens ?

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