Le jour où nous sommes devenus Américains !

Une fraîcheur de vivre. Un goût très frais. Voici 75 ans, aujourd’hui, que nous ruminons cette nouvelle friandise venue d’Amérique, cette pâte molle qui a su nous transformer, peu à peu, en mâcheurs de « chewing-gum ». Voici 75 ans que nous sommes devenus Américains !

Il n’est pas de bon ton, aux jours de commémorations, de faire jouer une musique dissonante au milieu du concert des hommages. On honore les héros. On respecte leur mémoire. Il ne s’agit, d’ailleurs, pas, ici, de manquer aux honneurs qui sont dus à ces jeunes Américains de 20 ans venus mourir loin de chez eux, dans la boue et la mitraille, la peur au ventre, au nom de la paix et de la liberté et aux cris de « La Fayette, nous voilà ! » tissant entre nos deux patries et nos deux continents une fraternité d’armes indéfectible.

Mais notre mémoire ne doit pas être sélective. Et à travers l’hommage aux soldats morts, l’heure est aussi à la vérité sur nous-mêmes : ce ne sont pas seulement les Américains, mais la vérité qui rend libre ! Ce que nous commémorons aujourd’hui, avec le D-Day, le débarquement de Normandie et les premières reconquêtes, c’est aussi la fin d’une histoire pour la France et pour l’Europe, le début d’un autre déclin, une bascule de civilisation.

D’une occupation subie, la France est passée sous une tutelle culturelle consentie.
Celle que La Boétie, en son temps, appelait la servitude volontaire. Cette fatigue de soi-même qui pousse à laisser son destin à d’autres, à trouver le nouveau monde plus beau que le sien, plus beau que l’ancien. À troquer maris et foyers pour un beau GI. À laisser l’estafette familiale pour une Jeep ouverte à tous les vents. À confier aux anciens combattants les hymnes patriotiques pour danser le charleston et, bientôt, le rock’n’roll. À oublier les vieux vins pour boire son Coca, à changer ses vieux habits pour le jean boyfriend, à grimer saint Nicolas en père Noël et à donner aux petits du baby-boom des prénoms américains.

Nous ne sommes pas sortis, 75 ans après, de cette nouvelle vague venue du Nouveau Monde. Nous n’avons cessé, depuis, d’être toujours plus Américains, dans nos goûts, nos comportements, nos langages et nos têtes. La France est devenue la 51e étoile du drapeau américain, et le Vieux Continent les États-Unis d’Europe.

75 ans après, le constat est là : nous avons, volontairement, perdu de notre liberté, de notre identité, de notre souveraineté. Non par la volonté des soldats de la liberté, mais par la nôtre. L’Europe, la France, les peuples craquent sous le poids qu’ils se sont imposés de ne plus être eux-mêmes.

Et si le 6 juin était la bonne date pour reprendre notre liberté ? Oncle Sam, nous voilà ! La France est de retour !

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