[LE GÉNIE FRANÇAIS] Victor Hugo, un des plus grands poètes de tous les temps

Dramaturge, poète, romancier, il demeure le génie du XIXe siècle et un des plus grands de l’histoire de la littérature.
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Impossible de résumer en quelques lignes un tel géant de l’écriture. Raconter Victor Hugo est obligatoirement subjectif et partiel.

Redécouvrons le poète de génie

Nous choisirons ici trois exemples tirés de la vie de Victor Hugo pleine de rebondissements, de joies autant que de drames. Enfant, il avait découvert avec ses frères, dans le grenier, une Bible dont les personnages de la Genèse lui inspireront plus tard ses plus purs poèmes. Extrait de Booz endormi, dans la Légende des siècles :

Quel dieu, quel moissonneur de l’éternel été
Avait, en s’en allant, négligemment jeté
Cette faucille d’or dans le champ des étoiles.

Dans la Genèse, Caïn a tué son frère Abel. Sa conscience est magnifiquement personnifiée par l’œil de Dieu qui le poursuit partout :

Puis il descendit seul sous cette voûte sombre.
Quand il se fut assis sur sa chaise dans l’ombre
Et qu’on eut sur son front fermé le souterrain,
L’œil était dans la tombe et regardait Caïn.

La mort de la fille du poète, Léopoldine, noyée avec son époux, à 19 ans, va marquer Hugo profondément, provoquant chez lui révolte et tristesse. Il ne s’en remettra jamais vraiment. Au point de ne plus rien publier pendant plusieurs années. Mais son inspiration s’en trouvera décuplée dans « Les Contemplations » (chanté ici par les Frangines) :

Demain, dès l’aube, à l’heure où blanchit la campagne,
Je partirai. Vois-tu, je sais que tu m’attends.
J’irai par la forêt, j’irai par la montagne.
Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps.

La fécondité de l’apprentissage par cœur

Chacun de nous ne garde-t-il pas pour toujours en mémoire quelques vers qu’il a appris enfant ? L’Éducation nationale ne devrait-elle pas imposer dans les programmes scolaires l’apprentissage par cœur jusqu’à la classe de terminale ? N’est-ce pas un bonheur d’entendre un enfant autant qu’un adulte, à l’instar de Luchini, réciter de la poésie ? Pourquoi cette matière précieuse devrait-elle disparaître à l’adolescence ? Loin d’être inutile, elle fait travailler la mémoire, améliore la diction, donne de l’assurance, développe l’art de parler en public et fait toucher au beau.

Premiers alexandrins et début de la popularité

Victor Hugo est né en 1802 à Besançon. Dès l’âge de dix ans, armé d’une solide éducation et de principes altruistes inculqués par sa mère, Sophie Trébuchet, il se passionne pour la littérature et écrit ses premiers vers. Il n’a que 14 ans quand il déclare : « Je serai Châteaubriand ou rien. » À 15 ans, il obtient une mention en participant au concours de la poésie de l’Académie française.
On dit que Hugo produisait des vers aussi naturellement qu’un pommier des pommes. Au lycée, il rendit un jour une dissertation entièrement composée de vers de douze pieds. Au professeur surpris, il répondit simplement : « Pardonnez-moi, je n’ai pas eu le temps de la faire en prose ! »
Il amusait également la galerie avec ses aphorismes, calembours, charades à tiroirs et citations célèbres*.
À vingt ans (1822), il lance avec ses frères un mouvement littéraire : « Le romantisme », qui s’oppose aux règles classiques. C’est aussi l’époque de son mariage ; il épouse son amie d’enfance, Adèle Fouchet, qui lui donnera cinq enfants.

Avec les pièces de théâtre Hernani en 1830 et Ruy Blas en 1838, Victor Hugo fait la conquête de Paris. Il engage la bataille des romantiques contre les classiques, attachés aux règles du XVIIe siècle. Lui veut s’affranchir des trois unités (de temps, de lieu et d’action). Les critiques sont féroces mais ses plus grands confrères sont venus le soutenir, dont Dumas, Gautier, Musset, Vigny, Nerval.

Notre-Dame de Paris

1831. Il publie le roman Notre-Dame de Paris, une œuvre monumentale où le bien triomphe sur le mal et où la pureté de l’amour est glorifiée. Le roman a rendu la cathédrale mondialement célèbre.
Poète prodigieux, romancier populaire à l’imagination débordante, tribun politique redouté, il deviendra tout cela à la fois, grandi encore par un exil de vingt ans dans les îles britanniques de Jersey et de Guernesey. Exil causé par son opposition au pouvoir. La vie de Victor Hugo est le reflet de ses livres : passionnée, tragique, sensible et révoltée ; traversée par une histoire pleine de mouvements, entre Révolution, monarchie et République. Sa plume s’attaque à l’injustice, défend les humiliés. Il transforme la littérature en force politique. Royaliste sous Louis XVIII, qui lui verse une bourse pour financer son travail, il se heurte à Napoléon III, qu’il considère comme un dictateur, et bascule dans l’opposition.

Les Misérables

À Guernesey, il écrit une de ses œuvres majeures les plus lues au monde, Les Misérables, où se retrouvent tous ses idéaux. Publiée en 1862, elle dépeint la souffrance humaine mais aussi l’espoir. Le personnage central est le fameux forçat Jean Valjean, devenu un homme de bien qui sacrifiera sa carrière et sa vie pour faire le bonheur de Cosette en l’arrachant au couple Thénardier, cruel et cupide. Œuvre régulièrement adaptée au théâtre et au cinéma.
1870. Défaite du Second Empire et de Napoléon III face à la Prusse. Et début de la IIIe République. Victor Hugo revient en France, accueilli en héros national. Il est élu à l’Assemblée.
Il mourra en 1885 à 83 ans. Une grande ferveur et des millions de Français - du jamais-vu - lui rendent hommage et l’accompagnent de l’Arc de Triomphe au Panthéon. Le grand homme, touche-à-tout de la littérature, capable des plus grands sentiments à la colère la plus noire, nous laisse en héritage une œuvre plurielle et impérissable.

 

* Voir l’excellent livre Pour tout l’or des mots, de Claude Gagnière (Laffont) aux Amoureux de la langue française

Cet article a été mis à jour pour la dernière fois le 05/05/2026 à 12:02.

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Antoine de Quelen
Ex-publicitaire et rédacteur pour la télévision

Vos commentaires

40 commentaires

  1. Un grand écrivain parmi d’autres…chacun ses préférences et on peut apprécier sa prose mais pas sa personnalité. Nous sommes si gâtés en littérature qu’il est impossible de choisir chacun apporte ses goûts et ses critères et aucun ne surpasse un autre et quand la politique s’en mêle on a vite fait de démolir ou tresser des couronnes.

    • En tant que romancier il est écrasé par Balzac et en tant que dramaturge par Shakespeare, et Racine et Corneille.

  2. Malgré des critiques toujours faciles, personne ne niera qu’ Hugo est un monument de la littérature !
    Je lui dois beaucoup car, issu d’une famille très pauvre, les seuls livres que j’avais à la maison, c’était la
    collection de Victor Hugo, que ma mère adorait, que j’ai lue adolescent et que j’ai aussi adorée …

  3. Victor Hugo est le trésorier de notre langue qu’il a fait fructifier dans toutes ses œuvres. Comme certains autres, avant et après lui, il a su la faire chanter en nos cœurs et nous donner la fierté de l’apprendre avec pour but de la maîtriser dans toute sa beauté et sa subtilité afin de la transmettre au plus grand nombre. Oui, le français est une des plus belles langues qui mérite l’effort et le respect qui lui sont dus. Merci à Antoine de Quelen.

  4. Grand b…seur devant l’éternel. Pas eu besoin de l’EVARS pour sauter sur tout ce qui « bougeait » !

      • Détrompez-vous, cela n’a rien d’anodin, et procède même du roman national ! Totor, icône républicaine, incarnait la force virile du peuple, pour ne pas dire qu’il représentait à lui seul l’acmé de la franchouillardise, réputation colportée par tous ses thuriféraires, qui voulaient faire croire que le Père du peuple restait en pleine forme génésique – alors qu’il est mort sénile, incapable d’aligner deux rimes, et ne se préoccupant plus de longue date de trousser sa lingère, sa cuisinière, en plus de sa femme – Juliette Drouet étant morte. Mais il fallait entretenir cette légende glorieuse face à la déliquescence des élites impériales puis bourgeoises. Le plus grand poète se devait d’être le plus grand géniteur !

      • JLP : Qu’est-ce que sa sénélité a à voir avec son oeuvre immense ? Dites
        plutôt que vous ne l’aimez pas, ce serait plus simple et plus franc …
        Et si ça se trouve, vous n’avez pas lu une ligne des « misérables » !
        On ne juge pas une oeuvre sur la vie privée d’un auteur. Et heureusement !

  5. Il est bon de considérer Victor Hugo comme l’un des plus grands, mais le considérer « les plus grands poète de tous les temps » paraît plutôt ridicule, monsieur Quelen. J’ai lu Notre Dame de Paris il y a quelques années et j’ai trouvé cette oeuvre magnifique. Je crois que cette oeuvre à elle seule suffirait à le consacrer comme un grand écrivain. Mais les éloges de Monsieur Quelen me semblent excessifs, voire futiles.

    • Sans doute le titre est un peu exagéré. Mais »éloges futiles » : est-ce le mot approprié ?

  6. Merci Mr de Quelen pour ce portrait rapide de notre monument national, Victor Hugo.
    Peut-être faut-il rappeler son engagement politique? Il fut pair de France et dut s’exiler à plusieurs reprises pour éviter les oukases du pouvoir. Il mena un combat exemplaire contre la barbarie turco-islamiste en Grèce.
    Et il sera le premier, dans le combat à venir des Buisson, des Ferry et des Clemenceau pour la Laïcité.
    « L’état chez lui, l’église chez elle! » avait-il proclamé.

  7. Oui c’est un immense génie aux multiples talents. Oui il a du souffle. Mais est-il pour autant « le plus grand poète de tous les temps »(sic) ? On préférera la formule « un des plus grands poètes français sans aucun doute » car aux cuivres hugoliens il est permis de préférer le violoncelle de Baudelaire et Verlaine ou surtout le sublime et délicat piano de Péguy.

  8. Et l’immense génie savait aussi composer des poèmes légers, admirablement mis en musique aujourd’hui, tels que « Gastibelza » (Georges Brassens), « Je ne songeais pas à Rose » (Julos Beaucarne) et tant d’autres.

  9. Voilà une chronique qui nous valorise, nous français. C’est suffisamment rare pour le souligner…

    • Les français vont pouvoir se prendre pour Victor Hugo et être fiers d’eux même.

      Il rare en effet que boulevard Voltaire valorise un homme de gauche, et cela va contribuer à augmenter en même temps que votre « valeur » celles de la gauche et ses valeurs ?

    • Il en faut peu pour vous sentir valorisé:
      Il suffit d’oublier « français » dans la phrase « le plus grand poète de tous les temps » et vous êtes pouvez vous sentir fier.

      La France est bien sûr éternelle, mais elle n’est malheureusement pas la seule.

    • Il a assez vite perdu son idéal royaliste . La vieillesse est un naufrage ou les royalistes étaient devenus répugnants?

      • Pour mémoire, la royauté est tombée, telle un fruit mûr, en juillet 1830. Ensuite ce n’est plus – avec le fils du régicide – qu’une monarchie bourgeoise, préfigurant la société marchande, elle-même s’effaçant devant une éphémère république et un président qui restaure l’Empire. Les combats de Totor n’ont pas été contre les royalistes, qui ne gouvernaient donc plus depuis belle lurette, mais pour le peuple, ou l’idée qu’il s’en faisait (Les Misérables…) , et contre l’ordre bourgeois. Ce n’est pas aux royalistes qu’on peut reprocher le plus ou moins exact « Enrichissez-vous » de Guizot, et « Napoléon le petit », petit à petit, est réhabilité par les historiens non-marxistes…

      • Tout a fait JLP, et il est souvent difficile de faire la différence entre la chute d’un « fruit mûr  » et celle d’un fruit pourri.
        Actuellement la République, avec Macron en chevalier servant, a l’air très mûre. Il ne manquerait plus que les 2 siciles deviennent 3 et que Jordan premier monte sur le trône pour que le ridicule soit empereur.

    • OK mais il faudrait expliquer et justifier… Sinon votre critique facile n’a pas de valeur

  10. Plus grand poète, ça se discute
    Apollinaire, Baudelaire, Ronsard, Boileau, Heredia, Supervielle, tous avaient une plume de poète aussi belle qu’Hugo

    • Il manque surtout le mot « français ».
      Difficile de comparer des poètes de langues différentes .
      Mais bien-sûr certains diront que le français étant la plus belle langue, le plus grand poète est nécessairement français.
      Les grecs peuvent aller se faire voir chez eux.

      • Que cela vous plaise ou non, la langue française est l’une des plus belles, et la plus subtile. Encore faut-il savoir la manier.

  11. Pour ceux, qui par leurs inconstances, leurs traîtrises et leurs lâchetés nous ont foutus dans ce chaos,
    voici donc Victor Hugo :
    « ….Lorsqu’un traître, un fourbe tortueux, Commet de certains faits rares et monstrueux,
    Tout homme a droit, sur son passage,
    De venir lui cracher sa sentence au visage »

  12. Hugo est un très grand auteur français. Les siècles passés nous fournissent des auteurs à foison, mais qu’en est-il à l’heure actuelle? Nous apprenions des fables de La Fontaine, des extraits du Cid par exemple. En principe, cela devrait encore se pratiquer?

    • O tempora o mores. J’ai jadis appris la tirade de Ruy Blas :
      « Bon appétit ! messieurs ! Ô ministres intègres !
      « Conseillers vertueux ! Voilà votre façon
      « De servir, serviteurs qui pillez la maison !
      « Donc vous n’avez pas honte et vous choisissez l’heure,
      « L’heure sombre où l’Espagne agonisante pleure !
      « Donc vous n’avez ici pas d’autres intérêts
      « Que remplir votre poche et vous enfuir après !
      « Soyez flétris, devant votre pays qui tombe,
      « Fossoyeurs qui venez le voler dans sa tombe !
      « Mais voyez, regardez, ayez quelque pudeur.
      « L’Espagne et sa vertu, l’Espagne et sa grandeur,
      « Tout s’en va. »
      Si ce n’est Lagarde et Michard, c’est notre prof qui nous expliquait que sous le mot Espagne il fallait lire France, et qu’il s’agissait d’une condamnation du régime monarcho-bourgeois de Louis-Philippe. Et quand on lit ça, on se dit que de l’orléanisme au macronisme, les ministres sont bien de la même eau…

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