Economie - Editoriaux - Social - Société - 10 décembre 2019

Le droit de manifester prime-t-il le droit de travailler ?

Les manifestations se multiplient, tant en France qu’à l’étranger. C’est un signe. Signe que les peuples n’en peuvent plus de se sentir ignorés, humiliés, quand ce n’est pas maltraités. Signe que ces mêmes peuples refusent d’être dirigés par des élites autistes et corrompues, qui ne pensent qu’à elles-mêmes et qui font semblant d’ignorer leurs aspirations les plus légitimes.

Mais quel point commun entre les Libanais, les Irakiens, les Chiliens, les Iraniens, les Hongkongais et nos cheminots, nos gaziers, nos électriciens, nos aiguilleurs du ciel, bref, toutes les corporations dotées d’un pouvoir de nuisance ? Aucun. Les uns luttent pour leur liberté, leur soif de démocratie et de bonne gouvernance, une Constitution plus juste ; les autres se battent pour défendre des avantages acquis sur des gouvernements lâches et des citoyens faibles.

La comparaison ne s’arrête pas là.

Là où les peuples cessent de travailler pour défendre leurs droits essentiels, voire existentiels, les autres, sous prétexte de défendre leurs droits, souvent mal acquis, empêchent les autres de travailler.

Le principe est choquant. S’il est constitutionnel de manifester, la manif pour la défense des droits catégoriels n’a rien d’un droit constitutionnel. C’est une atteinte à la liberté fondamentale des autres citoyens. Et quand il s’agit de services publics, et que ce sont les salariés dudit service qui empêchent les usagers de les utiliser, c’est clairement une atteinte à la Constitution. Car un service public ne peut, ne doit, sauf raison de sécurité, être interrompu. C’est tout un pays, un peuple qui est pris en otage par, selon le cas, des catégories socioprofessionnelles ou des communautés d’intérêts. Il faut quand même bien distinguer une manifestation de la Nation à la Bastille avec le blocage des trains ou du métro.

Au fait, ces grévistes se rendent-ils comptent de l’impact de toutes ces journées de perdues à manifester, à bloquer des raffineries, à exercer un droit de retrait futile, à paralyser le trafic sur les réseaux, etc. ? Et nous ne parlerons pas, par charité, de l’impact carbone.

Que nenni, ils s’en f… !

Il y a là quelque chose de choquant, d’individualiste et, pour tout dire, d’anticivique.

Et tout ça pour quoi ? Toutes ces manifestations sont rarement efficaces, au moins sur le long terme. Car le problème posé est économique. Ce qui n’a pas été réglé en 1995 se repose en 2019 et se reposera. En attendant, le déficit se creuse, salaires et pensions stagnent, la situation s’aggrave. Demain, il faudra payer avec les intérêts en sus. Qui chiffrera le coût du chantier en plan, des malades non soignés, des enfants non scolarisés, des commerces désertés, des produits frais perdus, etc. ?

Le pire, c’est que personne, du sommet de l’État à la base des gilets jaunes, n’imagine une seconde que les Gaulois ne sont pas seuls sur cette planète. Dans la compétition internationale, nos concurrents se frottent les mains. Pendant que nos forces vives s’épuisent à se battre sur le montant des retraites, des avantages mal acquis par des groupes privilégiés, etc., nos compétiteurs profitent de notre mauvaise image et du terrain commercial laissé libre pour prendre notre place. Ce n’est pas par hasard que nous ne fabriquons plus de téléviseurs, d’électro-ménager, de smartphones et si nous sommes absents des grands noms du Net. Des peuples entiers en Europe, en Asie ou en Amérique sont prêts à des concessions sociales pour vivre ou pour survivre.

Finalement, ce que nous vivons, ce sont les convulsions d’un monde qui refuse le changement et l’adaptation à un autre monde de plus en plus dur et de moins en moins social. Puissent nos élites entendre le message. Mais eux aussi ont tellement de privilèges…

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