Le détroit d’Ormuz, l’arme fatale des Gardiens de la révolution

À l'heure où nous écrivons ces lignes, l’Iran vient tout juste d’annoncer qu’elle avait refermé le détroit d’Ormuz... Et alors ?
Capture d'écran YT f_ajabshir
Capture d'écran YT f_ajabshir

Comme nous l’avions supputé, la semaine dernière, le détroit d’Ormuz, est devenu, pour la République islamique, une bien meilleure arme que ne le seraient des missiles balistiques ou une bombe nucléaire : « Avec ses répercussions sur la stabilité (économique) du monde, l'arme la plus redoutable détenue actuellement par les mollahs est l'arme économique. »

Genèse d’une crise

Il y a cinq jours, les Américains changeaient de stratégie : de manière à reprendre les négociations avec l’actuel gouvernement iranien, ils mettaient en place un système de blocus « filtrant » sur le détroit d’Ormuz visant à affaiblir les rentrées financières de ce régime. Cela semblait fonctionner jusqu’à ce vendredi 17 avril où les Gardiens de la révolution, organisation, rappelons-le, classée comme terroriste par l'Union européenne, ont annoncé lever leur propre blocus, avec la condition que la navigation civile reprenne en suivant « leurs propres règles ». Le président Trump était alors prêt à reprendre les négociations interrompues par son vice-président, reparti d’Islamabad en constatant que les négociateurs iraniens, notamment le président du Parlement Mohammad Ghalibaff, ne s’étaient pas pliés à leurs trois conditions sur l’arrêt des recherches nucléaires militaires, la cessation de fabrication des missiles balistiques et la fin du soutien aux milices chiites du Liban, d’Irak et du Yémen.

Mohammad Ghalibaff, nouvel homme fort de Téhéran

Ancien officier des Gardiens de la révolution, ancien chef d’état-major de l’armée de l’air et candidat, quatre fois malheureux, à la présidence de la République islamique, il a également été directeur de la police et maire de Téhéran. Cet homme de pouvoir, né en 1961, est également un ancien combattant de la guerre Iran-Irak, alors qu'il était âgé de 19 ans. Une carrière digne d’un général de notre Révolution française, puisqu’il fut nommé général des Gardiens de la révolution à 22 ans. En outre, il obtint après la guerre une maîtrise et un doctorat de géographie politique à l’université de Tarbiat Modares. Cet homme d’étude et d’action, policière et militaire, n'a fait qu’une bouchée du trio Vance, Kushner et Witkoff en refusant notamment tout net d’arrêter les recherches nucléaires militaires et en maintenant un langage de force, alors que son pays était présumé en ruine et aux abois.

Mohammad Ghalibaf (Capture d'écran YT Rasadkadeh)

L’Occident divisé face à une crise économique avérée

Dans ces conditions, le président Trump lança son blocus filtrant à l’égard des navires venant des ports iraniens (il y en vingt et un, dont « dix-neuf majeurs » répartis sur 2.700 kilomètres de côtes), capables d’absorber quotidiennement 20 % du commerce mondial de pétrole, mais aussi quelque 49,3 milliards de commerce non pétrolier. La menace permanente que fait peser la République islamique d'un lancement aléatoire de drones suicides ou de missiles balistiques sur ses voisins arabes du sud du détroit, y compris sur leurs installations pétrolières, la met en condition de fermer, quand elle le veut, ce détroit par cette seule menace et les mines qu’elle aurait placées au large des côtes omanaises.

Les Européens, de par la conférence en partie virtuelle qui s'est tenue, ce vendredi 17 avril, depuis l’Élysée et qui a regroupé une quarantaine de pays soucieux de rétablir la circulation des navires civils dans le détroit d’Ormuz, se considèrent comme « neutres ». Ils ne veulent pas, pour certains - dont la France -, inscrire politiquement et diplomatiquement ce rétablissement de la circulation des navires civils dans le cadre de l’offensive américano-israélienne. Cette réunion coprésidée par la France et le Royaume-Uni à laquelle se sont déplacés physiquement le chancelier allemand Friedrich Merz et la présidente du Conseil italien Giorgia Meloni, a abouti à une déclaration de principe, un peu comme la « conférence des volontaires » de l’Ukraine, et promet qu’une planification militaire va se poursuivre très prochainement à Londres. On peut se demander quelle aura été l'utilité de cette conférence, à laquelle, du reste, les belligérants en situation actuelle de cessez-le-feu n'étaient même pas invités.

Un prochain sommet de l'OTAN qui promet...

De son côté, le ministre des Affaires étrangères iranien, Abbas Araghtchi, a annoncé la réouverture du détroit d’Ormuz « aux conditions iraniennes », donnant ainsi l’impression de couper l’herbe sous le pied des « 40 neutres », dont le Président Macron et le Premier ministre britannique Starmer qui, eux, veulent une « pleine réouverture », sans droit de passage à payer à l’Iran. Le président Trump, pour sa part, « rejette sèchement la mission européenne pour sécuriser le détroit d’Ormuz » et conseille aux membres de l’OTAN « de garder leur distance ». « Ils ont été inutiles quand on avait besoin d’eux », a-t-il lancé sur son réseau social Truth Social. Le prochain sommet de l’OTAN annoncé en Turquie les 6 et 7 juillet prochains promet donc d’être mouvementé. Mais d’ici là…

La Chine, quant à elle, alliée comme la Russie au régime, hier des mollahs, aujourd’hui des Gardiens de la révolution, reste attentive aux actions des Américains et des Européens. Vendredi, elle participait d’ailleurs à la visioconférence organisée par le Président français. Revêtant une peau d’agneau, le loup chinois dément toute volonté belliciste tout en avançant patiemment ses pions du jeu de go autour de ses adversaires, ou plutôt de ses compétiteurs, comme on dit aujourd’hui.

Et la population iranienne, dans tout cela ?

La « grande oubliée » des pourparlers et de la résolution de la crise américano-iranienne semble bien être la population iranienne. L’attention des Occidentaux étant concentrée sur le prix mondial des hydrocarbures, on a l’impression que le changement de régime, d’ailleurs jamais à l’ordre du jour, côté américain, ne pourra être un objectif atteignable à brève échéance. De quoi conclure que l’Occident est fort en verbe mais faible en action et peu fiable dans ses bonnes intentions. Les 40.000 victimes des exactions des Gardiens de la révolution et de leurs séides des polices en tout genre du régime resteront pour l’instant non vengées. Les Iraniens voient ainsi s’éloigner les chances de redevenir la fière nation du « lion solaire des Pahlavi » qu’elle était encore, il y a cinquante ans.

À l'heure où nous écrivons ces lignes, l’Iran vient tout juste d’annoncer qu’elle avait refermé le détroit d’Ormuz… Et alors ?

Picture of Vincent Arbarétier
Vincent Arbarétier
Ancien officier, docteur en sciences politiques, expert géopolitique et militaire

Vos commentaires

82 commentaires

  1. Il est large comment … ce détroit… Comme la Manche à Calais
    y’a pas de cote iranienne, libanaise ?
    il y a bien eu une mer françaises pour arraisonner un bateau russe

    Cet accord de mers internationales date de quand ?

    Questions de quelqu’un qui n’y comprend rien à part le prix de l’essense qui s’envole.

  2. Macron et Barrot ont indiqué que c’était inacceptable, « Cela n’ pas de sens! » a même surenchéri Macron… et Barrot s’apprête à « exiger »… Sinon… rien… enfin, c’est déjà une belle réussite de la diplomatie française défensive!

  3. On ne peut pas laisser un régime comme celui d’Iran accéder à la bombe nucléaire et développer les porteurs capables d’inquiéter le monde entier ! Ce régime sanguinaire doit être destitué, la technique actuelle est de l’affaiblir pour ensuite porter l’estocade !

    • On ne pas non plus laisser un régime extrémiste comme celui qui est en place en Israël accéder à la bombe nucléaire et développer les porteurs capables d’inquiéter le monde entier. Ce régime particulièrement répressif dans les « territoires occupés » de Palestine doit être désavoué fermement par les citoyens de ce pays, la technique étant de l’intimider systématiquement pour l’acculer à sa disparition, restant à lui infliger l’estocade finale appropriée.
      C’est mieux, non ?

  4. En dépit des destructions subies et de la mort des anciens dirigeants, il me semble que l’ Iran l’emporte actuellement en terme d’image auprès de ses alliés.
    L’ Occident n’ impressionne plus grand monde, me semble-t-il.
    Quant à Trump, il navigue désormais au doigt mouillé.
    A-t-il été mal conseillé? Je pencherais plutôt vers l’effet d’un égo … mortifère. En tous cas il donne l’impression de ne plus savoir que faire exactement et, en une expression, d’ être « à la ramasse ».

    • Je pencherais plutôt pour un abus de faiblesse subi par M. Trump à l’instigation des néo-conservateurs et du gouvernement israélien (c ‘est tout un). On se rappelle que M. Trump a 80 ans et donc cette éventualité n’ est pas à exclure.
      Sinon, je partage votre analyse.

  5. Il me semble malheureusement évident que le double blocus irano-américain du Détroit d’Ormuz tournant au vinaigre, les opérations de guerre reprendront à la fin de la trêve le mardi 21 avril prochain. Trump a claironné (Fox News, etc.) ne pas envisager l’extension du cessez-le-feu, et vient de réunir son cabinet de guerre.
    La PATIENCE des Iraniens qui feront le dos rond en encaissant durement des tonnes de missiles et bombes fait face à l’IMPATIENCE de Trump. Contrairement à ce qu’il dit, il est tenu par le temps et doit obtenir très vite un résultat probant, mais en est-il capable ?
    N’oublions pas que le placide mais matois Xi Jinping l’attend de pied ferme à Pékin le 14 mai 2026. Et ce d’autant que l’Iran vend 80 % de sa production pétrolière à la Chine qui, à elle seule, absorbe 33,4 % de tout le pétrole moyen-oriental transitant par de Détroit d’Ormuz.
    Sauf à venir en position défavorable, Trump est donc obligé de remporter d’ici là quelque chose ayant plus ou moins l’air d’un « succès (?)» dans sa guerre d’agression contre l’Iran. Je rappelle que l’importante visite d’Etat de Trump en Chine était de longue date programmée pour le 31 mars 2026, et qu’il l’a reportée le temps de « régler l’affaire iranienne ». Un nouveau report de ce voyage ou son ajournement sine Die signerait son échec et lui ferait perdre sa crédibilité. Attendons de voir.

  6. Au XXe siècle l’Iran a été mis en coupe réglée par les USA et le RU qui ont même fini par lui imposer un roi à leur solde pour mieux pouvoir exploiter ses ressources pétrolières. Finalement la population s’est révoltée et a mis au pouvoir des Mollahs qui sont la version musulmane de ce que serait un parti communiste ou une monarchie de droit divin en Occident. Les Iraniens ont ainsi chassés les USA et repris leur destinée en main, car même si les mollahs sont évidemment loin d’être un gouvernement idéal c’était un gouvernement irano-iranien ! Alors les Américains et les Européens ont poussé l’Irak à livrer une guerre sans merci à l’Iran, guerre qui a fait un-demi million de morts, ruiné les deux pays et duré presque 10 ans, toute une génération sacrifiée pour assouvir la vengeance des USA de la prise en otage de leurs diplomates et pour briser la résistance de ce pays pétrolier et antisioniste…
    Quand il s’est avéré que cette guerre n’aurait jamais les effets escomptés les USA se sont attaqués à l’Irak de Saddam Hussein qui, entre temps, s’était révélé tout aussi antisioniste que l’Iran, il ont dû s’y reprendre à deux fois avant de détruire entièrement ce pays qui est le cœur du monde arabe, mais maintenant c’est fait, leur réussite est incontestable !
    Restait l’Iran qui maintenait son indépendance et détestait Israël et les USA pour tout ce qu’ils lui ont fait subir pendant presque un siècle et pour leur volonté de dominer le Moyen-Orient afin de capter ses ressources pétrolières et de protéger son grand alliée Israël… C’est pour cela qu’ils ont attaqué l’Iran le mois dernier, pour briser son indépendance et en faire de nouveau un Etat soumis. Mais ces 70 ans de guerre et de résistance ont fait de l’Iran un Etat militaire capable de se battre avec l’énergie du désespoir qu’ils n’arriveront pas à soumettre, même avec leur alibi habituel, qu’ils ont utilisé du Vietnam à Cuba en passant par l’Irak, qui consiste à prétendre qu’ils œuvrent pour la démocratie et pour sauver le Peuple Iranien (en le bombardant et en détruisant son pays).
    Israël a réussi à emmener Trump dans une guerre qui n’a qu’un but : détruire le plus possible l’Iran, son armée et son économie… Mais Israël et les USA sont les gentils, les démocrates, et les Iraniens sont les méchants, n’est-ce pas ?

    • Pas du tout d’accord avec vos allégations !
      Le peuple Iranien n’est pas du tout représenté par les Mollahs, mais tenus sous dictature de barbares qui sont capables d’en massacrer des dizaines de milliers s’ils font mine de relever la tête !

  7. La grosse erreur de D Trump a été de méconnaître la fourberie naturelle de l’islamisme. En revanche, il a bien compris qu’il ne pouvait, et ne pourrait pas compter, sur une aide efficace de l’europe, ses « dirigeants » n’étant capables que de parler. Seule possibilité pour sortir de ce bourbier, une intervention de la Chine. Diplomatique, bien sûr.

  8. Les détroit d’Ormuz appartient-il entièrement aux eaux territoriales iraniennes ? Je pense que non. Ce bocage relève donc d’une agression contre contre la communauté internationale dont les économies dépendent de la liberté de passage. Cet envahissement des eaux internationales est un acte de guerre à l’encontre de l’ensemble des pays du monde. Un Pays peut-il prendre en otage le monde entier sans qu’aucun réagisse ?

  9. Je me répète vue les milliards dejas engloutis dans cette guerre , Oman et les autres pays du golfe pourraient sérieusement penser à creuser un canal ce qui coûterait certainement moins cher et qui du coup coupera l’herbe sous les pieds des iraniens et qui nous donnerait à nous occidentaux les moyens de fermer le golfe d’Oman à notre guise pour assécher l’Iran si il le fallait, messieurs les stratèges une idée à creuser.

    • Bonjour. Quel trajet proposez-vous pour votre suggestion de creusement d’un nouveau canal au Moyen-Orient afin d’éviter le Détroit d’Ormuz et piéger les Iraniens ? D’où partirait-il et où aboutirait-il ? Sur quelle longueur ? Combien d’écluses pour tenir compte des données altimétriques des zones traversées ? Quels pays ou quelles compagnies le financeraient, quel en serait le coût (selon vous « certainement moins cher ») et combien de temps cela prendrait-il pour le creuser, l’aménager et le mettre en service ?

    • Creuser un canal?…Il faut remettre un maximum de nucléaire « en marche » afin de ne plus être tributaires du pétrole. Pour le reste de la marchandise, c’est à discuter de manière intelligente. Là c’est pas gagné…

  10. Depuis le début je pensais avec déception que la volonté de fermer le détroit par l’Iran ne laissant passer que les navires qui leur convenaient par intérêts les États Unis pouvaient eux aussi le fermer complètement au grand dés avantage de l’Iran la privant de rentré de devises.

  11. Chronique d’une mort annoncée. L’OTAN a vécu. Le machin été appelé a l’aide par les USA, sans reponse. On verra rapidement les subventions americaines baisser, voire disparaître. En 2019 Macron avait annoncé que L’OTAN etait en situation de mort cérébrale, c’est bien la seule fois où il n’a pas menti.

      • Et oui, Maria William ; il y a en effet l’UE qui n’est pas tout de suite en mort cérébrale, mais qui subit une dégénérescence du cerveau qu’elle fait subir à ses Etats membres (du moins ceux dont les dirigeants ne sont pas conformistes).

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