Faut-il rendre à Alger le canon « La Consulaire », pris après le siège d’Alger ?

À Brest depuis 1833, ce canon rappelle aussi le supplice du consul et prêtre Jean Le Vacher, exécuté en 1683.
L'exécution du consul de France, Jean Le Vacher, projeté sur le navire-amiral de Duquesne le 26 juillet 1683. Par Jan Luyken — Amsterdams Historic Museum, Domaine public, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=9489332
L'exécution du consul de France, Jean Le Vacher, projeté sur le navire-amiral de Duquesne le 26 juillet 1683. Par Jan Luyken — Amsterdams Historic Museum, Domaine public, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=9489332

Dans la grande Histoire de ceux qui veulent, une fois encore, faire culpabiliser la France pour son passé colonial, la députée écologiste Sabrina Sebaihi a décidé d’écrire un nouveau chapitre. Elle souhaite déposer une proposition de loi visant à restituer à l’Algérie le canon Baba Merzoug, connu en France sous le nom de La Consulaire, pris après le siège d’Alger et dressé en monument dans l’arsenal de Brest depuis 1833. Selon ses mots, il s’agirait de ne pas construire « l’avenir sur des trophées de guerre » et de mettre fin à une mémoire à sens unique. Pourtant, réduire cette pièce d’artillerie au seul symbole de la conquête française de 1830 revient à effacer près de trois siècles durant lesquels ce canon fut avant tout l’outil de crimes atroces contre des chrétiens et contre les puissances européennes.

La proposition de restitution

Le canon concerné est une pièce de bronze coulée au XVIᵉ siècle, longue d’environ 6,5 mètres et pesant près de 12 tonnes. Installé à l’entrée du port d’Alger, il servait à défendre la rade et symbolisait la puissance de la régence d’Alger. Aujourd’hui, dans l’arsenal de Brest, il est surmonté d’un coq aux ailes déployées, tenant dans ses pattes un boulet.

Sabrina Sebaihi présente sa restitution comme un geste de justice mémorielle envers l’Algérie. Dans son message publié sur X, elle affirme vouloir « réparer l’Histoire », soutenant que la relation franco-algérienne ne pourrait se construire sur la conservation d’un trophée militaire. Un objet pris en toute légalité à l’époque, selon le droit de prise, lors de l’expédition d’Alger, demeurerait, par nature, illégitime sur le sol français. Cette lecture morale, séduisante en apparence, ne tient pourtant que si l’on commence le récit en 1830 et si l’on oublie soigneusement ce que fut ce canon auparavant. Elle suppose aussi une étrange conception de la réciprocité. La France devrait restituer sans cesse, reconnaître toujours davantage, solder indéfiniment les comptes du passé, tandis que l’Algérie, elle, ne rendrait rien, n’admettrait rien et n’aurait aucune dette historique à examiner. Pourtant, la France a laissé en Algérie des ports, des routes, des hôpitaux, des écoles, des infrastructures administratives et urbaines considérables. On demande donc à Paris de rendre un canon, mais aucun des élus issus de la gauche ne semble pressé de faire la moindre demande à Alger.

Le canon des Barbaresques

Bien avant son arrivé à Brest, Baba Merzoug était l’un des instruments militaires des pouvoirs corsaires vivant largement du pillage maritime et de l’esclavage, quand des milliers de chrétiens étaient capturés en Méditerranée entre le XVIᵉ et le XVIIIᵉ siècle. Ce canon n’était pas un paisible objet patrimonial attendant sa future muséification, mais une arme au service d’un système de prédation.

L’épisode le plus célèbre concernant cette arme survient en juillet 1683 lors du bombardement d’Alger par l’escadre de Duquesne. Le consul de France Jean Le Vacher, également prêtre lazariste et représentant de Louis XIV, fut attaché à la bouche du canon par ordre des autorités d’Alger, en représailles aux attaques françaises menées pour mettre fin aux razzias et à l’esclavage pratiqués par les Barbaresques. Le malheureux religieux fut mis à mort dans des conditions d’une barbarie extrême. Son corps fut attaché à la bouche du canon puis déchiqueté et projeté vers la flotte française. Le canon reçut dès lors le surnom de La Consulaire, en mémoire de ce crime.

Lorsque la France s’est emparée d’Alger en juillet 1830, elle saisit dans les fortifications plusieurs pièces d’artillerie ennemies, dont Baba Merzoug. Ce dernier fut envoyé à Brest afin d’être érigé en monument commémoratif officiel de la prise d’Alger. Il est reconnu aujourd’hui par l’Inventaire du patrimoine français.

Un projet tronquant l’Histoire

Oui, le canon fut pris en 1830, arraché à ses propriétaires, mais auparavant, il servait un régime barbaresque, meurtrier et esclavagiste. Il fut l’instrument du supplice de nombreuses victimes, dont Jean Le Vacher.

La France ne conserve donc pas seulement un trophée militaire. Elle conserve la trace matérielle d’un système criminel vaincu et d’une justice historique rendue à ceux qui en furent les victimes. Garder ce canon à Brest rappelle que la puissance qui terrorisait jadis la Méditerranée fut un jour vaincue. Le restituer à l’Algérie reviendrait à transformer l’arme d’un crime en objet victimaire, ce serait dire que la France avait tort de prendre cette arme aux mains d’esclavagistes dont les exactions barbaresques seraient passées sous silence pour entretenir le procès perpétuel à l’encontre de la France. Ce ne serait pas réparer l’Histoire mais la falsifier.

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Eric de Mascureau
Chroniqueur à BV, licence d'histoire-patrimoine, master d'histoire de l'art

Vos commentaires

51 commentaires

  1. Les infrastructures en Algérie étaient bien meilleure qu’en métropole, ils ont été choyés comme aucun autre territoire.
    Ils coûtaient à eux seuls 25% du PIB.
    Donc qu’ils rendent ce que eux nous doivent, sans parler des vies innocentes fauchées par les barbaresque, razzias, crimes de masse, esclavage, attentats, meurtres de civils, Oran, Tibhirine, les pieds noirs, les harkis… On fait les comptes. Ce sont les vainqueurs qui font l’histoire. C’est la France qui a gagné la guerre. De Gaulle s’est débarrassé d’eux. Il a eu raison finalement! Et ces fils ou filles de fellagahs viennent dicter leurs lois aux français! Qu’elle aille y vivre en Algérie cette Sabrina, plutôt de vivre en « harkis » en France ( c’est une insulte pour les algériens) . Ces profiteurs sont tous des traîtres à leur fameux pays!

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