Le détroit d’Ormuz, l’arme fatale des Gardiens de la révolution
Comme nous l’avions supputé, la semaine dernière, le détroit d’Ormuz, est devenu, pour la République islamique, une bien meilleure arme que ne le seraient des missiles balistiques ou une bombe nucléaire : « Avec ses répercussions sur la stabilité (économique) du monde, l'arme la plus redoutable détenue actuellement par les mollahs est l'arme économique. »
Genèse d’une crise
Il y a cinq jours, les Américains changeaient de stratégie : de manière à reprendre les négociations avec l’actuel gouvernement iranien, ils mettaient en place un système de blocus « filtrant » sur le détroit d’Ormuz visant à affaiblir les rentrées financières de ce régime. Cela semblait fonctionner jusqu’à ce vendredi 17 avril où les Gardiens de la révolution, organisation, rappelons-le, classée comme terroriste par l'Union européenne, ont annoncé lever leur propre blocus, avec la condition que la navigation civile reprenne en suivant « leurs propres règles ». Le président Trump était alors prêt à reprendre les négociations interrompues par son vice-président, reparti d’Islamabad en constatant que les négociateurs iraniens, notamment le président du Parlement Mohammad Ghalibaff, ne s’étaient pas pliés à leurs trois conditions sur l’arrêt des recherches nucléaires militaires, la cessation de fabrication des missiles balistiques et la fin du soutien aux milices chiites du Liban, d’Irak et du Yémen.
Mohammad Ghalibaff, nouvel homme fort de Téhéran
Ancien officier des Gardiens de la révolution, ancien chef d’état-major de l’armée de l’air et candidat, quatre fois malheureux, à la présidence de la République islamique, il a également été directeur de la police et maire de Téhéran. Cet homme de pouvoir, né en 1961, est également un ancien combattant de la guerre Iran-Irak, alors qu'il était âgé de 19 ans. Une carrière digne d’un général de notre Révolution française, puisqu’il fut nommé général des Gardiens de la révolution à 22 ans. En outre, il obtint après la guerre une maîtrise et un doctorat de géographie politique à l’université de Tarbiat Modares. Cet homme d’étude et d’action, policière et militaire, n'a fait qu’une bouchée du trio Vance, Kushner et Witkoff en refusant notamment tout net d’arrêter les recherches nucléaires militaires et en maintenant un langage de force, alors que son pays était présumé en ruine et aux abois.

Mohammad Ghalibaf (Capture d'écran YT Rasadkadeh)
L’Occident divisé face à une crise économique avérée
Dans ces conditions, le président Trump lança son blocus filtrant à l’égard des navires venant des ports iraniens (il y en vingt et un, dont « dix-neuf majeurs » répartis sur 2.700 kilomètres de côtes), capables d’absorber quotidiennement 20 % du commerce mondial de pétrole, mais aussi quelque 49,3 milliards de commerce non pétrolier. La menace permanente que fait peser la République islamique d'un lancement aléatoire de drones suicides ou de missiles balistiques sur ses voisins arabes du sud du détroit, y compris sur leurs installations pétrolières, la met en condition de fermer, quand elle le veut, ce détroit par cette seule menace et les mines qu’elle aurait placées au large des côtes omanaises.
Les Européens, de par la conférence en partie virtuelle qui s'est tenue, ce vendredi 17 avril, depuis l’Élysée et qui a regroupé une quarantaine de pays soucieux de rétablir la circulation des navires civils dans le détroit d’Ormuz, se considèrent comme « neutres ». Ils ne veulent pas, pour certains - dont la France -, inscrire politiquement et diplomatiquement ce rétablissement de la circulation des navires civils dans le cadre de l’offensive américano-israélienne. Cette réunion coprésidée par la France et le Royaume-Uni à laquelle se sont déplacés physiquement le chancelier allemand Friedrich Merz et la présidente du Conseil italien Giorgia Meloni, a abouti à une déclaration de principe, un peu comme la « conférence des volontaires » de l’Ukraine, et promet qu’une planification militaire va se poursuivre très prochainement à Londres. On peut se demander quelle aura été l'utilité de cette conférence, à laquelle, du reste, les belligérants en situation actuelle de cessez-le-feu n'étaient même pas invités.
Un prochain sommet de l'OTAN qui promet...
De son côté, le ministre des Affaires étrangères iranien, Abbas Araghtchi, a annoncé la réouverture du détroit d’Ormuz « aux conditions iraniennes », donnant ainsi l’impression de couper l’herbe sous le pied des « 40 neutres », dont le Président Macron et le Premier ministre britannique Starmer qui, eux, veulent une « pleine réouverture », sans droit de passage à payer à l’Iran. Le président Trump, pour sa part, « rejette sèchement la mission européenne pour sécuriser le détroit d’Ormuz » et conseille aux membres de l’OTAN « de garder leur distance ». « Ils ont été inutiles quand on avait besoin d’eux », a-t-il lancé sur son réseau social Truth Social. Le prochain sommet de l’OTAN annoncé en Turquie les 6 et 7 juillet prochains promet donc d’être mouvementé. Mais d’ici là…
La Chine, quant à elle, alliée comme la Russie au régime, hier des mollahs, aujourd’hui des Gardiens de la révolution, reste attentive aux actions des Américains et des Européens. Vendredi, elle participait d’ailleurs à la visioconférence organisée par le Président français. Revêtant une peau d’agneau, le loup chinois dément toute volonté belliciste tout en avançant patiemment ses pions du jeu de go autour de ses adversaires, ou plutôt de ses compétiteurs, comme on dit aujourd’hui.
Et la population iranienne, dans tout cela ?
La « grande oubliée » des pourparlers et de la résolution de la crise américano-iranienne semble bien être la population iranienne. L’attention des Occidentaux étant concentrée sur le prix mondial des hydrocarbures, on a l’impression que le changement de régime, d’ailleurs jamais à l’ordre du jour, côté américain, ne pourra être un objectif atteignable à brève échéance. De quoi conclure que l’Occident est fort en verbe mais faible en action et peu fiable dans ses bonnes intentions. Les 40.000 victimes des exactions des Gardiens de la révolution et de leurs séides des polices en tout genre du régime resteront pour l’instant non vengées. Les Iraniens voient ainsi s’éloigner les chances de redevenir la fière nation du « lion solaire des Pahlavi » qu’elle était encore, il y a cinquante ans.
À l'heure où nous écrivons ces lignes, l’Iran vient tout juste d’annoncer qu’elle avait refermé le détroit d’Ormuz… Et alors ?
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82 commentaires
En Iran c’est un peu comme si Hitler avait été renversé non pas par l’armée mais par la SS. Et à New york, est-ce que ça bouge à l’ONU ? Que fait la « communauté internationale » souvent citée dans nos médias. Pour l’ONU on a une adresse et un téléphone, on connait le responsable, mais pour cette communauté internationale, rien…
Les Nazis n’étaient pas Iraniens mais européens. Je ne sache pas que la Shoah ait été commise par des Iraniens, alors cessez donc de faire comme si c’était le cas !
Bravo, José Bobo.
On peut faire preuve d’ un peu plus de finesse
Si les accords de Trump ne sont pas des manoeuvre, si Trump fait vraiment confiance aux promesses et aux accords promis et signés par ces dictateurs iraniens fourbes, trump me déçoit énormément
Vous voudriez qu’ils les extermine jusqu’au dernier ?
D’accord avec vous, José Bobo
Trump est comme tous les dirigeants démocratiques faxe aux dictateurs. Ils craignent les élections dont se fichent les dictateurs. Alors ils louvoient…
Réflexion uniquement en appui sur le titre de cet article lequel, à lui seul, résume la situation.
Le régime iranien a pris goût à la méthode : bloquer le détroit. Il en mesure et en apprécie toute la puissance. A l’avenir, il mènera le monde occidental par le bout du nez, uniquement par le chantage.
Croire qu’un traité accepté par des musulmans sera respecté, c’est méconnaître et sous-estimer leur rouerie.
Les USA , si possible avec l’aide des européens, seront dans l’obligation de mettre les pieds sur le territoire iranien s’ils veulent réduire définitivement la menace des mollahs. Pas d’autre solution fiable. Dans le cas contraire, il sera nécessaire de revenir à la charge périodiquement car la menace de l’arme atomique resurgira toujours sous ce régime.
« obligation de mettre les pieds sur le territoire iranien » c’est évident depuis le premier jour.
Idem
Trump et les iraniens s’amusent avec l’Europe et comme c’est bien fait.
Les Iraniens auraient demandé la levée des blocus des ports ce que manifestement les US n’ont pas respectée. Donc le détroit d’Ormuz est débloqué.
Il est envisageable que le blocage total des ports iraniens soit la seule arme qui porte. Bientôt la reprise des festivités.
Et ce sont les Européens qui vont payer les pots cassés
Grâce à leur lâcheté!
Tous ces revirements entre américains et iraniens se répercutent sur le monde entier, cette bataille va engendrer une guerre mondiale, nous marchons sur des charbons ardents , ça va mal se terminer . Toute la planète est en conflit.
Où voyez-vous une « guerre mondiale »? Il y a belle lurette qu’ils y a des guerres.
Après 50 jours de bombardements puis de blocus filtrant il bien prématuré d’écrire quoi que ce soit sur l’issue de la guerre. Les 31 provinces, les peuples Kurdes (11 millions) et Baloutches n’ont pas encore bougé. Ne pas oublier que parmi les navires bloquées en mer d’Oman, beaucoup transportent des vivres vers l’Iran qui subit la disette…
On a le sentiment que la réunion de Paris initiée par Macron tend surtout à tailler des croupières à Trump. Exister sans bouger. Parler sans écho. Or ce bloquage du détroit engage l’Europe, qui montre là de quel papier elle est faite. Si l’affaire tourne mal, Macron tirera la couverture à lui, si Trump triomphe il se joindra à lui. Rien ne ressemble moins à la France que cela.
Cnews indique qu’un bateau de croisière, a vide était bien passé hier .
Bloqué depuis 40 j a Dubaï, il est simplement passé par les eaux territoriales omanaises.
C’est a dire au sud du rail ouest-est.
Actuellement.
Ce navire de croisière est en relâche a Mascate .
Contrairement a ce qu’on dit.
Les iraniens ne contrôle que le nord du détroit.
Vu que la côte sud appartient au sultanat d’oman
Si cette guerre déclenchée le 28 février avait mené, grâce aux premières frappes qui ont tué plusieurs personnalités importantes du régime iranien, à la chute des mollahs, tout le monde aurait crié « hourra », Trump aurait été loué et considéré comme le libérateur du peuple iranien.
Seulement, voilà … la chute tans espérée n’a pas eu lieu. Premier problème. Autre problème, il semblerait que les auteurs de cette opération n’aient pas envisagé sérieusement la possibilité d’un échec (du moins à court terme), ni d’ailleurs la réponse de l’Iran avec un blocage du détroit d’Ormuz et des frappes sur les pays voisins touchant des cibles sensibles (installations pétrolières, gazières, usines de dessalement).
La suite on la connaît, la poursuite de la guerre de manière erratique sans qu’on puisse voir clairement les objectifs poursuivis et la stratégie choisie, si bien qu’on a l’impression d’une improvisation permanente.
Par ailleurs, les forces israélo-américaines ont tiré nombre d’engins balistiques autant sophistiqués que coûteux et longs à produire, pour des résultats pas toujours à la hauteur il faut le reconnaître, puisque le régime iranien est toujours en place, bien qu’affaibli, avec une capacité de nuisance toujours bien réelle, bien qu’amoindrie. Les stocks de munitions n’étant pas inépuisables, d’un côté comme de l’autre, on a l’impression que les deux camps ont changé leur fusil d’épaule (si l’on peut dire) pour adopter une stratégie moins offensive, celle du blocus. On se retrouve donc avec un détroit d’Ormuz, capital pour le commerce mondial et les flux énergétiques, bloqué par les deux camps, détroit qui était libre avant la guerre, avec des Européens qui assistent impuissants à cette partie d’échecs grand format. Par-dessus le marché, la Chine observe soigneusement la situation sans laisser transparaître ses intentions, tandis que la Russie, Poutine en tête, se délecte de la situation qui laisse entrevoir quelques opportunités qu’il serait stupide de laisser passer.
Les grand perdants, ceux dont on se garde bien de parler, sont le peuple iranien, bien sûr, mais aussi le peuple libanais pris en étau entre le Hezbollah et Tsahal. Mais à vrai dire, il n’a jamais été vraiment question de ces deux-là à aucun moment du conflit et ce n’est pas demain qu’on va commencer à s’en soucier …
J’ai lu un bon nombre d’ouvrages sur la seconde guerre mondiale, jamais les peuples qui subissent les bombardements ne sont évoqués par les responsables. Je crois qu’après le bombardement inutile de Dresde, Churchill aurait enfin trouvé que ça commençait à mal faire. Et 50 ans après la Reine d’Angleterre se rend sur place pour le pardon ! Alors le peuple et les femmes d’Iran…
Faut-il que Trump soit borné et n’écoute aucun conseil pour n’avoir pas anticipé que le blocage du détroit d’Ormuz serait l’arme centrale du régime iranien ! Tous les autres dirigeants le savaient, mais Trump, non. Un bouffon dirige la première puissance militaire mondiale. Super.
Je pense que Trump le savait, il n’est ni stupide, ni entouré d’incompétents, mais il était si sûr de son coup qu’il s’est jeté la tête la première dans ce guêpier. Les Occidentaux sont tellement persuadés de leur supériorité militaire, technologique qu’ils sous-estiment systématiquement leurs adversaires et courent au désastre. Vietnam, Irak, Afghanistan, … et maintenant l’Iran. Quel beau tableau de chasse !
Je ne suis pas d’accord, il est clair que si l’Iran ferme le détroit d’Ormuz, il se condamne tout seul, car il bloque toute activité commercicale avec ses clients, quel avantage en tire t’il ?? je pose la question ??
Que le monde affamé de pétrole fasse pression sur Trump. C’est le but des mollahs mais je ne comprends pas la tardivité de la réaction du blocus
« Le pouvoir de détruire une chose est le contrôle absolu sur elle. » (Frank Herbert – Dune)
Je me demande si ce n’est pas de cet ordre. Il est aussi possible que l’Iran joue la montre, le détroit bloqué, qui des deux protagonistes tiendra le plus longtemps … les USA ou l’Iran ?
Analyse bien légère!
J’aimerais bien savoir de quelle source M. Arbarétier, l’auteur de cet édito, tient-il que le régime iranien et les gardiens de la révolution ont tué 40.000 manifestants iraniens. Merci pour ce renseignement.
Selon les ong locales iranienne du droit de l’homme .
Vous avez raison car dès qu’il y a « ONG » alors c’est un gage incontestable de « vérité » ! … OU PAS ! …
Les mollahs vous répondraient que quand on aime massacrer des innocents, on ne compte pas !
On peut penser tout ce qu’on veut de la supposée lâcheté des Européens. La vérité, c’est que Trump et son ami Bibi se sont embourbés malgré des tonnes de bombes balancées sur les populations civiles.
Depuis la seconde guerre mondiale, les tonnes de bombes ont enrichi les fabricants d’armes sans régler les problèmes. Il faudrait commencer à le comprendre.
à l’auteur de l’article (il aurait pu donner son grade ; cela me semble normal, il me semble).
Bah !
Vous ne croyez pas qu’il serait préférable, sur la base de vos compétences, d’écrire un article pour inviter les Etats-Unis et Israël (ou plutôt l’inverse) à revenir sur la table des négociations diplomatiques pour que l’on retrouve une paix durable au Proche et au Moyen-Orient ?
Je ne trouve toujours pas, même sous la forme d’un contradictoire (ce que des journalistes « engagés » pro-Israël, ou pro-Pal devraient déjà être capables de comprendre pour être considérés comme de vrais journalistes) un article dans BV qui traite de la nécessité de ces négociations ou, ce qui serait le scénario du pire, du risque d’un enlisement comme au Vietnam après 1965 dont le résultat final sera par exemple, la catastrophe du « Kampouchéa démocratique » après 1975).
J’attends un tel article avec impatience.
Ecrit par vous par exemple. Ce dont je vous remercierai infiniment.
« retrouve une paix durable au Proche et au Moyen-Orient » … WAHOU ! …
C’est juste IM POS SIBLE » ! … cela fait des millénaires que cette zone est en perpétuel conflit ! …
Croyez-vous que « tuer une fourmis élimine et fait disparaître une fourmilière » ? …
Même un empereur romain y a trouvé la mort, à l’époque où les grands chefs allaient à la guerre, sur place et s’y battre.