Editoriaux - Politique - 17 mai 2019

Le désir monte : Ségolène Royal is back 

L’art de se faire désirer : Ségolène Royal en connaît un rayon. Le désir, visiblement, c’est son truc à elle. Ou plutôt les désirs, car chez Ségolène Royal, on met le désir au pluriel, comme la gauche à une lointaine époque. Désirs d’avenir : c’est le nom de l’association de soutien à sa candidature à la présidence de la République en 2007. C’est aussi le titre d’un livre qu’elle publia en 2006 par la même occasion. Depuis, elle a créé une fondation : Désirs d’avenir pour la planète. L’art d’accommoder les restes, de recycler les slogans, les formules, de faire du marketing, de développer la marque. On dira qu’en 2007, Ségolène Royal prit ses désirs pour des réalités, désirs présidentiels qui se fracassèrent à la dure réalité sarkozyste du moment.

On ne va pas refaire le parcours de la Désirable depuis 2007, avec ses bas et ses hauts, et venons-en au fait du jour : Ségolène Royal s’apprêterait à apporter son soutien à la liste Renaissance, si l’on en croit une information des Échos. Mais Ségolène Royal sait se fait désirer. Sa déclaration aurait lieu lundi. Avec Ségolène Royal, on n’arrive pas à la grande scène du II comme ça, tout de go. Ça se prépare. On fait monter la tension, le désir. Tout un art. On ne fait pas dans le furtif, dans le vite fait bien fait. Pas question de se rallier comme ça, banalement, comme sa rivale d’antan, Élisabeth Guigou. Ségolène Royal, c’est un peu la Belle de Cadix : « Les caballeros sont là/Si, dans la posada/On apprend qu’elle danse ! » Les caballeros de la Macronie et de la liste Renaissance sont aux anges, la langue pendante comme le loup de Tex Avery. « Une excellente nouvelle » » pour Stanislas Guerini qui, décidément, nous épate avec son sens des formules historiques. Pascal Canfin, la caution écolo de la liste Renaissance, se félicite, lui aussi, de ce ralliement.

L’art de se faire désirer, disions-nous. En août 2013, à l’occasion de la défunte université d’été du PS à La Rochelle, alors qu’elle avait encaissé un an avant une défaite aux élections législatives dans cette même ville, Ségolène Royal déclarait au Figaro : « Je ne cours après plus rien. Je n’attends rien. » Sept mois plus tard, elle entrait au gouvernement… Fin août 2018, lors de la démission de Nicolas Hulot, elle affirmait n’être « candidate à rien ». Son ambassade pour les Pôles suffisait largement à sa peine. En politique, on n’est vraiment mort que six pieds sous terre. Ségolène Royal, qui n’est pas tombée de la dernière pluie, le sait très bien. Après tout, en septembre, elle n’aura que 66 ans : la vie devant elle, en ces temps où il est question de repousser l’âge de départ à la retraite. Alors, se rallier à la liste du PS, ce PS qui, d’ailleurs, lui fit tant la misère jadis ? Pour la beauté du geste ou par charité ? Ségolène Royal est très volontiers dame catéchiste mais pas trop du genre dame patronnesse. Elle veut bien sauver la planète, mais pas les éléphants du PS ou, tout du moins, ce qu’il en reste. Et si la liste Renaissance n’arrivait pas en tête le 26 mai prochain, on peut imaginer un remaniement gouvernemental. Et qui sait, alors…

« Mon premier c’est désir/Mon deuxième du plaisir/Mon troisième c’est souffrir/Et mon tout fait des souvenirs », chantaient Laurent Voulzy et Véronique Jannot. Apparemment, Ségolène Royal n’a pas fini de faire souffrir et ne se résigne pas aux souvenirs.

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