Editoriaux - Politique - 17 mai 2019

 Au secours : Benoît Hamon veut créer une « nationalité européenne » !

Depuis son échec à la présidentielle de 2017, l’ancien candidat du Parti socialiste, Benoît Hamon, peine à faire entendre sa voix malgré le lancement de son parti politique, Génération.s, crédité par les sondages de 3,5 % aux élections européennes.

Si la course semble mal engagée, Benoît Hamon compte bien y remédier en révélant, dans Le Parisien, souhaiter l’instauration d’une « nationalité européenne », proposition sulfureuse de nature à attirer à lui tous les contempteurs de la nation française, nombreux à la gauche de la gauche. Car malgré la montée des partis souverainistes, à mettre en rapport avec les déboires électoraux des partis de gauche, Benoît Hamon ne semble pas vouloir remettre en question sa doxa qui voit dans la nation française la source de toutes les oppressions. Le refus de plus en plus massif exprimé par les Français de cette société multiculturelle à l’anglo-saxonne ne semble pas le moins du monde faire vaciller ses convictions : le peuple, face à la crise, cherche un bouc émissaire, voilà tout. Que les Français puissent, à travers leurs suffrages, faire valoir un profond sentiment d’attachement à la France et une inquiétude face au délitement du lien national qu’ils constatent tous les jours lui paraîtra sans doute suspect. Sa volonté de créer une nation européenne en dit, en effet, long sur le complexe d’une grande partie de la gauche française, honteuse d’appartenir à la France et désireuse de trouver au plus vite un cadre d’appartenance européen à même de briser la prétendue malédiction du « nationalisme ».

Mais cette prise de position met surtout en lumière la profonde ignorance de ce qu’est fondamentalement une nation, dont Benoît Hamon s’imagine naïvement qu’on en pourrait décréter l’apparition ! Rappelons à l’infortuné leader de Génération.s qu’une nation « est la possession en commun d’un riche legs de souvenirs » et « la volonté de continuer à faire valoir l’héritage qu’on a reçu indivis », selon les mots d’Ernest Renan. Quoi qu’en dise Benoît Hamon, il n’est point, aujourd’hui, de nation européenne et on ne la fera pas apparaître par décret. La nation française, en revanche, est l’œuvre des siècles, des rois et des républiques. De la bataille de Bouvines, en 1214, où le sentiment national s’exprima pour la première fois par le soutien des milices urbaines au roi de France, à de Gaulle ramassant le glaive brisé de la patrie, en passant par l’épopée de Jeanne d’Arc qui vit les Français se soulever ensemble contre l’invasion, c’est toute l’Histoire de France qui a peu à peu engendré cet attachement à la fois charnel et spirituel à notre pays, sans lequel nul ne comprendra pourquoi tant de Français ont pleuré devant Notre-Dame ravagée par les flammes.

À la lecture des explications fournies par Benoît Hamon, on s’éloigne sensiblement d’Ernest Renan puisqu’il s’agira « d’homogénéiser les destinées des peuples européens et de leur donner des buts communs » ainsi que de « donner à chaque citoyen de l’Union les mêmes garanties en matière de droits humains, sexuels, de fin de vie ou environnementaux ». La nation européenne qu’il nous propose n’en est donc pas une puisqu’elle se réduit à de vagues « projets communs » sans référence à une quelconque histoire commune qui, seule, fonderait le désir de vivre ensemble. De plus, elle se donne pour objectif de garantir des droits alors même que cela est du ressort de la citoyenneté et non de la nationalité. Errare humanum est, perseverare diabolicum, eût dit Sénèque.

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