Au cours d’une récente interview donnée à Valeurs actuelles, Mathieu Bock-Côté a dit : « La gauche a été si longtemps dominante qu’il lui suffit aujourd’hui d’être critiquée pour se sentir assiégée, tandis que la droite a été si longtemps dominée qu’il lui suffit d’être entendue pour se croire dominant. ». Cette déclaration résume parfaitement la situation.

Contrairement à ce que semblent penser beaucoup de gens de droite, la gauche est toujours en situation de domination culturelle, même s’il est vrai qu’à droite, il y a plus d’intellectuels qu’il n’y en avait il y a vingt ou trente ans. Cela dit, dans les médias, dans les écoles, les collèges, les lycées et les universités, mais aussi dans le monde de la culture et des arts, l’hégémonie de la gauche est évidente.

L’illusion d’une hégémonie intellectuelle des droites est liée, en fait, à l’affaissement des idéologies dures de gauche (socialisme et communisme), lequel est une conséquence de l’effondrement du bloc soviétique et nullement celle d’une victoire intellectuelle des droites. Le sondage réalisé pour François Billot de Lochner, en 2017, a montré que la plupart des idées phares de la gauche sont portées par une majorité de Français et que certaines d’entre elles le sont par près de la moitié des électeurs des droites (une seule exception : le rejet de l’immigration, qui est majoritaire dans tous les électorats).

Une autre illusion, concernant la domination électorale des droites, s’est dissipée depuis 2017. Avant les dernières élections nationales, l’addition des voix des centristes à celles de la « droite républicaine » donnait l’impression que la droite était très majoritaire, ce qui n’était, en fait, pas le cas. Les sondages réalisés au cours de ces derniers mois montrent que les droites « républicaine » et « populiste » pèsent respectivement 13 et 30 %. Ces chiffres recoupent le résultat d’un sondage réalisé en 2017 qui indiquait que 11 % des Français se considéraient comme étant d’extrême droite et 30 % de droite (mais 10 % des personnes consultées n’avaient pas répondu ; le pourcentage total des Français de droite et d’extrême droite serait donc voisin de 45 %).

La « droite de gouvernement » a perdu son aile gauche qui est libérale et qui se reconnaît mieux dans le discours macronien, ce qui n’est pas surprenant puisqu’il est libéral. Les libéraux qui s’étaient associés avec les droites pour combattre les socialistes et les communistes n’ont plus de raison de pérenniser cette association qui fut conjoncturelle ; ils retournent donc d’où ils sont venus, à gauche (Guillaume Bernard : « L’avenir de la droite libérale, c’est de redevenir la gauche »).

La plupart des idéologues de gauche ont abandonné leurs oripeaux socialistes ou communistes mais, pour autant, la gauche ne disparaît pas au plan intellectuel. Depuis 1990, elle reformule son discours qui n’est plus ni socialiste ni communiste mais libéral-libertaire ; elle s’est recyclée en concoctant une version ultra du libéralisme et de l’individualisme qui lui est consubstantiel. Les nouveaux piliers de la gauche sont l’idéologie des droits de l’homme, le cosmopolitisme, le multiculturalisme, l’ouverture au monde et la disparition de toutes les frontières, de toutes les limites et de tout attachement aux héritages culturels et aux traditions.

Cette idéologie molle semble sans doute, à beaucoup de nos contemporains, moins dangereuse que ne l’étaient le socialisme et le communisme, mais elle met en péril nos cultures, nos modes de vie et nos institutions de la même façon, et peut-être même de façon plus radicale, que ne le firent les régimes socialistes et communistes.

En matière de contre-attaque intellectuelle et culturelle, nous n’en sommes qu’aux balbutiements. Le discours qui permettra aux droites de devenir dominantes n’a pas encore vu le jour, même si certains de ses éléments apparaissent ici ou là. Le travail intellectuel et la diffusion des idées sont indispensables parce qu’il n’y a pas de victoire politique pérenne sans victoire intellectuelle préalable.

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