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Coronavirus - Editoriaux - Réflexions - 29 mars 2020

Le confinement, aux confins de la vie intérieure

L’obligation légale de confinement se répand dans le monde par mimétisme, mesure désespérée et controversée pour interrompre la chaîne de transmission du Covid-19. Cette mesure sanitaire ne fait pas l’unanimité et le débat s’agite autour du concept de confinement. C’est l’occasion de redécouvrir les diverses facettes et ressources de ce terme. En effet, chacun peut le vivre comme une obligation insupportable à contourner ou comme une invitation favorable à s’interroger.

Vécu comme une obligation insupportable, le confinement nous place face à nous-mêmes, dans un espace clos et silencieux. Révélateur de notre vie intérieure, il nous force à nous considérer tel qu’on est, sans fard ni artifice ; à évaluer notre réel degré de profondeur ; à ressentir la phobie du vide existentiel. Connoté négativement par l’Histoire (peines d’enfermement, de relégation, d’interdiction), la biologie le définit comme la situation d’une population animale ou végétale trop nombreuse qui manque d’oxygène et de nourriture dans un espace trop restreint.

Or, nos « intérieurs meublés », suréquipés en moyens d’évasion mentale, nous incitent à y échapper. Les moyens de communication et de distraction, omniprésents, nous donnent la possibilité de nous abrutir devant des écrans de jeu ou d’information continue. On peut aussi s’égosiller sur son balcon pour se donner, une fois de plus, l’illusion rassurante mais éphémère d’une communion sociale, dans une mise en scène connectée qui fait passer le « village mondial » à l’échelle d’une rue, bientôt d’un salon et d’une chambre. Pour qui veut se réfugier dans sa libido, des sites pornographiques offrent même des promotions « spécial confinement », relayées par des médias à l’esprit XXL dont certains sont inattendus, comme Le Figaro. Tout est là pour se fuir.

Autre choix possible, le confinement peut être vécu comme une invitation à la méditation, aux « confins » de la vie intérieure, et à l’écriture. Face au silence vécu comme une épreuve angoissante et oppressante, le cardinal Robert Sarah nous rappelle, dans La Force du silence : contre la dictature du bruit, que la vie est une relation silencieuse entre le plus intime de l’homme et son Créateur. Car « le silence n’est pas l’absence de bruit », nous explique Alain Corbin, dans son Histoire du silence. De la Renaissance à nos jours. Il réside dans notre citadelle intérieure, lieu intime que pratiquent les penseurs, les savants, les religieux volontairement cloîtrés. Montaigne avait fait le choix fécond de s’enfermer pour « renforcer sa vue au-dedans » et rédiger ses Essais, se considérant lui-même comme la matière de son propre livre, modèle de la nature humaine.

Pourquoi pas chacun d’entre nous ? Le caractère forcé du confinement sanitaire, qui paraît enfreindre notre liberté de mouvement et d’action, n’empêche pas le libre consentement d’un choix de vie contraignant mais épanouissant, altruiste et responsable. Nous sommes de toute façon confinés sur une planète aux dimensions et aux ressources finies, que l’exploration spatiale ne fait qu’agrandir de quelques unités de grandeur physique. La liberté absolue n’est qu’un leurre, mais nous pouvons cultiver notre espace infini de vie intérieure.

Ainsi, cette crise est déjà révélatrice à plus d’un titre des errements de l’Homme moderne, à l’échelle individuelle et collective. Ironie de l’histoire économique, les trafics criminels d’animaux sauvages en provenance d’Afrique vers les marchés asiatiques, de stimulants sexuels et autres plaisirs malsains contaminent, en retour, le continent d’origine des pangolins et d’autres animaux en voie de disparition sacrifiés à l’écœurante loi des marchés, contaminant au passage l’Occident et le reste du monde, dépendants de la Chine. De problème de santé publique, la pandémie de Covid-19 devient un enjeu de santé morale et spirituelle dont les gagnants ultimes pourraient être les êtres humains et notre environnement naturel, qui reprend son souffle.

Signe des temps ou des cieux, cette pandémie nous offre aussi une métaphore éclairante et une chance inédite, certes forcée mais pourquoi pas consentie, de nous libérer des formes d’assuétude de « la vie moderne », aliénante. Si nous le décidons, elle peut avoir des effets salutaires et bénéfiques, aussi contagieux que le Covid-19 mais avec une durée d’incubation plus courte et de survie plus longue, à effet sans limite d’inoculation-réinoculation intellectuelle et spirituelle. Les références et les modèles, porteurs sains « asymptomatiques », ne manquent pas.

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