Le sport est un élément central de l’espace social. Il était donc écrit qu’il serait, lui aussi, instrumentalisé et dévoré par tous les pseudo-combats sociétaux qui ont pourri une année 2020 déjà cauchemardesque pour bien d’autres raisons.

Soutien à George Floyd, aux Ouïghours, hostilité à l’égard de Trump : de nombreux sportifs ont sauté dans le train en marche, à coups de hashtags sur Twitter, d’écrans noirs sur Instagram, de poings levés, de minutes de silence et autres incantations réservées aux causes planétaires de la pensée libérale libertaire. On imagine le désarroi de Mohamed Ali, contemplant depuis le ciel le combat de sa vie, l’antiracisme originel, devenir un mot de passe prononcé par des usurpateurs égocentriques pour rester visibles et fréquentables. Car c’est bien de cela qu’il s’agit.

Tandis qu’Alain Delon, Brigitte Bardot et Gérard Depardieu s’illustrent régulièrement par leurs sorties médiatiques sans filtres, Juliette Binoche, Marina Foïs et Corinne Masiero sont de toutes les pétitions pour les migrants, les combats MeToo et les marches pour le climat. Les premiers sont protégés par leur talent et leur carrière, qui leur confèrent liberté de parole et indépendance d’esprit ; tandis que les seconds doivent payer leur dîme, pour obtenir des rôles dans des téléfilms politisés. Leur fragilité et leur vulnérabilité les condamnent à sucer la roue et aboyer avec la meute, sous peine d’exclusion et de disparition.

Cette clé d’analyse est tout à fait transposable au sport de haut niveau. Tony Parker, Teddy Riner, Zinédine Zidane, Stéphane Diagana, Thierry Dusautoir ont écrit les plus belles pages du sport tricolore et figurent parmi les personnalités préférées des Français, totalement indifférents à la couleur de leur peau. Sans doute parce que l’anticipation dont ils ont fait preuve pendant leur carrière (diplômes, investissements, projets de reconversion) et leur discrétion leur permettent d’exister sans avoir à donner des gages, contrairement à d’autres, qui nous parlent à longueur d’année de races, de racisme systémique et de discrimination.

Ces polémiques racialistes sont le lot des anciens sportifs à la reconversion ratée (Lilian Thuram, Vikash Dhorasoo), ceux dont la carrière pas encore achevée est en déliquescence (Thierry Henry, Jo-Wilfried Tsonga, Demba Ba), les américanisés déconnectés (Tony Yoka, Yannick Noah, Antoine Griezmann), ceux qui tentent de se faire un prénom (Marcus Thuram, Joachim Noah) ; et toute la clique de consultants et chroniqueurs qui, pour conserver leur strapontin à « Stade 2 » ou au « Canal Football Club », doivent souscrire aux vagues d’indignation antiracistes ou feindre l’émerveillement devant le football féminin et le handisport.

Au crépuscule de sa vie, Nietzsche a constaté que « se formait une nouvelle classe d’esclaves, et qu’il fallait veiller à ce qu’elle s’accompagne d’une nouvelle noblesse ». Les idiots utiles du politiquement correct, ces corps rampants, gluants d’obéissance, de tolérance et de conformisme, épousant mécaniquement toutes les lubies et idéologies du moment, sont les esclaves d’aujourd’hui. Ceux qui restent debout et gardent la tête hors de l’eau en seront demain les maîtres.

21 décembre 2020

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