Editoriaux - Justice - Religion - 8 janvier 2019

Le cardinal Barbarin au tribunal des hommes

Du 7 au 9 janvier, le cardinal Barbarin va être jugé devant le tribunal correctionnel de Lyon pour non-dénonciation d’agressions sexuelles sur mineurs. Il est poursuivi par neuf victimes du père Bernard Preynat, rassemblées dans l’association La Parole libérée (Le Parisien).

Il risque trois ans d’emprisonnement et 45.000 euros d’amende.

Alors qu’on avait évoqué la possibilité qu’il ne soit pas présent mais représenté par son pugnace avocat, aux dernières nouvelles, sa comparution serait acquise : il l’aurait décidée. L’inverse, à mon sens, aurait été catastrophique. Son absence, même légalement autorisée, serait apparue comme la continuation d’une sorte d’indifférence. Pour l’avoir croisé dans un débat, à l’évidence il n’avait pas une personnalité à fuir le procès, d’abord le sien, bien plus que celui de l’Église qu’avec délectation on nourrit depuis plusieurs années.

Quelle aubaine de pouvoir, à chaque fois qu’il est question de pédophilie, rattacher exclusivement ces horreurs à l’Église comme si elles n’avaient eu cours qu’en son sein (Le Monde) !

Si j’éprouve le besoin, aujourd’hui, de consacrer à nouveau un billet – mon post du 10 mars 2016 : “Dieu est contre la pédophilie !” – au cardinal Barbarin et aux douloureuses péripéties sur lesquelles il se serait tu et qui ont meurtri, cela tient au fait que je mesure avec quelles œillères sa défense va être examinée. Je devine l’étau dans lequel il va se trouver. Pourtant, il comparaît pour un délit, il est donc un prévenu ordinaire et, à ce titre, il a évidemment le droit de contester puisqu’il nie avoir commis cette infraction.

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En même temps, on attend du cardinal qu’il est, d’ailleurs très affaibli puisque ciblé par une pétition qui réclame sa démission, un comportement qui ne soit pas banal. Qu’il reconnaisse humainement ce que le prévenu discute juridiquement.

Le cardinal Barbarin est assez lucide et conscient de ses responsabilités pour savoir qu’en dehors même du droit pénal, il a sans doute des fautes à se reprocher mais cela devrait-il le conduire à admettre sa culpabilité judiciaire alors qu’une enquête préliminaire le concernant a été classée sans suite et que, pour la période antérieure à 2014, la prescription serait acquise ?

Faudrait-il que, par une sorte de sincérité, d’un sens extrême de l’honneur et d’une compassion inouïe, il dépasse le champ strict de l’incrimination pénale pour s’abandonner à un aveu plus profond et plus dévastateur pour lui mais très éclairant pour une Église ayant été trop souvent du côté de la discrétion et de l’étouffement plus que de la révélation ?

J’espère que, dorénavant, il n’y aura plus l’ombre d’une hésitation et qu’on rendra à César, et vite, ce qui doit lui être rendu. La pédophilie est une affaire de police et de Justice d’abord. Après, on a tout le loisir de se livrer à des compréhensions, des explications, des repentances internes. Parce que l’essentiel aura été accompli et que cela, nulle part, dans quelque Église et hiérarchie que ce soit, ne devra dorénavant prêter à discussion.

Cela ne m’interdit pas, sans minimiser le traumatisme lourd des victimes, de songer aujourd’hui au cardinal Barbarin.

Il sait, il sent que le droit n’est pas tout. Il sera dans l’attente du jugement d’ici mais j’éprouve comme l’impression qu’il a déjà rendu le sien.

Extrait de : Justice au Singulier

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