Editoriaux - Santé - 9 avril 2019

Le cannabis thérapeutique : une fausse bonne idée !

La semaine dernière, le Premier ministre a rouvert le dossier du cannabis en déclarant qu’il serait absurde de s’interdire d’étudier la possibilité de libéraliser l’usage du cannabis thérapeutique.

Cette déclaration eut lieu lors d’un voyage en Creuse où des élus locaux souhaiteraient développer la culture de chanvre à usage thérapeutique afin de revitaliser la région.

Cette proposition relance le débat sur l’usage thérapeutique du cannabis en particulier et sur l’usage du cannabis en général.

En ce qui concerne son usage thérapeutique, le cannabis n’est pas dénué d’intérêt et peut participer à l’amélioration de certaines pathologies (tout comme l’alcool et la nicotine) à condition d’être strictement contrôlé et délivré sur ordonnance selon la formulation habituelle des médicaments : gélules, suppositoires, solutions, etc.

Il existe déjà trois médicaments autorisés en France à base de cannabinoïdes pour des pathologies neurologiques, mais dont la distribution reste confidentielle pour d’obscures raisons commerciales, semble-t-il.

On peut parfaitement envisager la culture et la production de chanvre destiné à l’industrie pharmaceutique dans un cadre légal et très encadré pour offrir de nouvelles chances thérapeutiques aux médecins. Mais cela suffirait-il à redonner un essor économique à des régions défavorisées ?

Si tel est le cas, tant mieux ; cependant, derrière le discours du Premier ministre, les esprits chagrins verront sans doute la possibilité d’une prochaine libéralisation de la culture et de la consommation du cannabis à des fins récréatives sous couvert d’un relatif intérêt thérapeutique.

En effet, il semble difficile de pouvoir limiter la culture et la vente de cette plante à la seule industrie pharmaceutique sans que de pseudo-herboristes ne réclament le droit d’en disposer pour une clientèle rétive à l’usage des suppositoires, et si on élargit ainsi l’usage du cannabis, le marché devient énorme et peut être extrêmement rentable pour les producteurs et les vendeurs de cannabis et de produits dérivés, comme c’est le cas dans certains États des États-Unis, qui en ont autorisé l’usage et permis, ainsi, à certains de faire fortune.

Le débat dépasse largement le cadre de l’intérêt thérapeutique du cannabis dans la pharmacopée, où son usage peut être intéressant sans être cependant indispensable, et doit porter sur l’opportunité, ou non, de libérer la culture et la vente d’un produit à effet psychotrope et addictif au même titre que l’alcool et le tabac déjà autorisés.

Jusqu’à présent, son interdiction n’a pas entraîné une diminution d’utilisation et la vente entretient une économie souterraine florissante. La légalisation et l’encadrement juridique de la production et de la vente de cannabis auraient le mérite de contrôler la qualité du produit utilisé, de faire cesser cette économie souterraine et de pouvoir rapporter de l’argent à la collectivité sous forme de taxes.

Le bon sens voudrait que ce soit selon ces critères et uniquement sous cette forme que s’engage le débat sur l’opportunité, ou non, d’autoriser la culture et la vente de cannabis en France.

Il faudra cependant se rappeler que, même autorisé, le cannabis reste dangereux (comme l’alcool et le tabac) et que son usage devra être sanctionné en cas d’usage prohibé, comme lors de la conduite automobile.

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