Editoriaux - Religion - 9 avril 2019

Le christianisme en stade terminal

Après la mort de Dieu, la sortie de la religion, notre époque connaîtrait « le stade terminal de la déchristianisation ». Tel est le constat que fait Jérôme Fourquet dans son livre L’Archipel français. L’entretien que Causeur consacre au directeur de l’IFOP m’a été l’occasion de relire l’article, écrit en 1958, par le cardinal Ratzinger : Les Nouveaux Païens dans l’Église. Tout y est dit, de manière pénétrante, sous la plume du futur Benoît XVI.

Cela fait 400 ans, dit Joseph Ratzinger, que l’Europe est devenue le berceau d’un nouveau paganisme « qui ne cesse de croître au cœur même de l’Église et menace de la saper de l’intérieur ». Au point que l’Église est devenue « une Église de païens qui sont, même s’ils se nomment encore chrétiens, des païens… L’Église devra démanteler sa coïncidence avec le monde extérieur et redevenir une communauté de croyants : sa force missionnaire ne fera que croître. » À condition de voir les choses d’en haut. C’est-à-dire ? Que le salut repose « sur la dialectique du petit nombre et de la multitude. C’est ce petit nombre qui, à la manière d’Archimède, soulève la multitude, avec le mystère de la substitution du Christ. »

Or, c’est une vision inverse de l’Église qui s’est fait jour ces dernières années. On a fait fi de cette dynamique du nombre et de la multitude au profit du nombre. Or, si on s’éloigne de cette dynamique, c’en est fini du sel de la terre. Dans son livre Brève Apologie pour un moment catholique, Jean-Luc Marion voit, dans notre temps, une occasion favorable pour « le petit troupeau ».

Le soubassement anthropologique catholique a-t-il craqué, comme le dit Fourquet ? La date de 2013 serait-elle un tournant ? En 2012, avait-on prévu LMPT ? Qui en a toujours peur ? Si je vois le désarroi de beaucoup, je crois au ferment qui fait lever la pâte tout entière.

Joseph Ratzinger parlait du salut hors de l’Église : c’était en 1958. Depuis, nous avons franchi un pas : qui parle de salut ? Ce n’est pas Dieu qui disparaît, c’est l’homme. Alors, serait-ce la fin de la religion populaire qui a fait chuter le christianisme ? Disons plutôt que les découvertes scientifiques, l’intelligence artificielle, la manipulation du vivant posent, de manière radicale, la foi dans l’existence d’un Dieu transcendant loin de toute bondieuserie. Devenu Benoît XVI, Ratzinger a écrit des livres que tout le monde devrait connaître : ses discours, donnés dans les capitales européennes, sont des perles. Or, c’est dans une rupture entre une élite qui se vante d’avoir « perdu » la foi comme son porte-clés et un peuple ignorant de sa foi que réside, aussi, le déclin du christianisme. Quand la foi n’est plus chevillée au corps ni nourrie, arrivent les temps ténébreux que nous vivons : dans et hors l’Église.

La France a une tradition et une école de spiritualité qu’il faut revivifier à tout prix. Car ce que le christianisme apporte est inouï : non pas une vie artificiellement augmentée mais la victoire de la vie sur la mort.

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