Editoriaux - Education - Politique - 11 juillet 2019

Le bac 2019 fut-il le « bac de la honte » ?

C’est ce qu’on pourrait croire en lisant le témoignage d’un professeur dans Valeurs actuelles. Son auteur ne mâche pas ses mots : « Le bac le plus injuste, le plus absurde depuis 1968 », « tripatouillage », « mascarade », « bac soviétique »… Il est un moment où la démesure dessert les intentions les plus légitimes. Faire du buzz sur les manquements qui ont pu avoir lieu, ici ou là, ne risque-t-il pas de discréditer davantage un examen qu’une majorité de candidats ont passé dans des conditions normales ? Pire : n’occulte-t-on pas les véritables critiques qu’on peut porter contre la réforme du lycée ?

Il est certain que le ministre a cherché à minimiser les perturbations résultant de la rétention de plusieurs milliers de copies, suite à un mot d’ordre de grève lancé par des syndicats. Le témoignage cité par Valeurs actuelles est sans doute authentique, malgré ses excès de langage. On pourrait en donner d’autres exemples, comme ce centre de l’académie de Versailles où des universitaires, présidents de jurys, ont refusé de se prêter à des opérations qu’ils jugeaient illégales et ont été remplacés. Faut-il, pour autant, en conclure que ce bac fut « le bac de la honte » ou un « bac soviétique » ?

Jean-Michel Blanquer a beau jeu d’expliquer qu’on « ne peut pas créer le désordre et crier au désordre ». Il a cherché, non la meilleure solution possible, mais la moins mauvaise. Il aurait sans doute pu retarder la publication des résultats dans les centres touchés (cela s’est déjà produit). Certains recteurs d’académie ou le Service interacadémique des examens et concours (SIEC) en Île-de-France ont fait preuve de zèle pour répondre aux attentes du ministre. Mais accuser de « docilité » des professeurs qui ont accepté de remplacer, au pied levé, des membres du jury défaillants, c’est leur faire insulte, car ils étaient plus conduits par leur conscience que par leur intérêt.

Il est vrai que le bac 2019 est entaché de manquements, mais on semble ignorer que les sessions « normales » sont loin d’être irréprochables : barèmes laxistes, harmonisations toujours vers le haut, objectif utopique de conduire 80 % d’une classe d’âge au baccalauréat. Dans l’incapacité de mener les élèves au niveau du baccalauréat, on a mis le baccalauréat au niveau des élèves. Les meilleurs se retrouvent en classes préparatoires aux grandes écoles ou dans des filières sélectives. Mais combien échouent dans l’enseignement supérieur !

Les déclarations de Jean-Michel Blanquer sur sa réforme du lycée manifestent, en paroles, une volonté d’exigence. L’attaquer sur les disparités entre établissements, parce que tous n’offriront pas toutes les spécialités, c’est oublier que les possibilités de choix et d’options sont déjà très diverses selon la taille des lycées, leur situation géographique, leur population scolaire. La seule solution, c’est d’assouplir la carte scolaire, de créer davantage d’internats, y compris des internats d’excellence.

Il faut, surtout, relever l’exigence des enseignements et des programmes, quitte à réduire le taux de réussite. Rompre avec le culte de l’égalitarisme, renoncer au tronc commun en français, philosophie, enseignement scientifique, histoire-géographie, langues vivantes, qui se traduira par un alourdissement des effectifs des classes et une baisse de niveau. L’expérience prouve que, chaque fois qu’il y a eu un regroupement de filières, il en est résulté une diminution des exigences. Qu’est-ce que la série S actuelle a à voir avec l’ancienne série C ou A’ ? Mais, sur ces points, les syndicats qui ont appelé à la grève sont loin d’être d’accord !

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