L’art de la délation gagne ses lettres de noblesse au Québec

Le Québec participe à ce grand nettoyage des écuries d’Augias qui ambitionne de mener à l’abattoir tous les mâles qui refusent d’obtempérer aux desiderata d’un féminisme destiné à réguler les comportements en société. Il faut dire que la médiatisation de l’affaire Weinstein a mis le feu aux poudres d’un phénomène d’hystérie collective qui dépasse tout ce que nous avons pu observer de… mémoire d’homme !

Les médias sociaux, après avoir passé au collimateur une poigné de porcelets mal dégrossis, s’en prennent, désormais, à tous les animaux dotés d’un taux de testostérone supérieur aux normes prescrites par nos apôtres de la rectitude politique. Il convient donc de « repérer et de traiter » les représentants d’un genre qui est assimilé à la violence et à la prédation : le mâle dans son plus simple appareil. Agresseur en puissance qu’il convient de neutraliser par tous les moyens, quitte à réécrire l’Histoire.

C’est ainsi qu’un acteur célèbre, Gilbert Sicotte, vient de faire les frais de cette chasse aux sorciers qui ressemble à un grand règlement de comptes transhistorique mené par une inquisition virtuelle qui frappe partout où ça bouge. C’est-à-dire là où des hommes de pouvoir, susceptibles d’avoir de l’argent ou de l’influence, auraient le malheur d’en mener un peu trop large au goût des gardiens de la rectitude politique. Les premières histoires de sexe n’étaient qu’un prétexte pour s’attaquer à cette fameuse notion élastique d’« abus de pouvoir » qui régale les adeptes de la théorie du genre, dans un contexte où le mâle qui ronge nos sociétés doit être éradiqué une fois pour toute.

Gilbert Sicotte, professeur au Conservatoire d’art dramatique du Québec, aurait abusé de son autorité pour « humilier », « faire chanter » ou, même, « casser psychologiquement » une vingtaine d’anciens étudiants qui ont attendu plus d’une décennie avant de porter l’affaire devant les tribunaux virtuels des médias. Radio-Canada – diffuseur officiel du Dominion canadien et média particulièrement attaché à la rectitude politique – a sauté sur l’occasion, démolissant la réputation du professeur par le truchement d’un reportage à charge donnant la parole à quelques victimes autoproclamées. Un jeune reporter en a profité pour soumettre à « la question » le tortionnaire d’étudiants en lui demandant s’il avait osé « crier », voire « sacrer », dans le cadre de son enseignement – une approche pédagogique qui n’est plus tolérée de nos jours.

La diffusion de la plaidoirie, aux heures de grande écoute, accompagnée d’une vigoureuse campagne sur les réseaux sociaux auront suffi à convaincre la direction de la maison d’enseignement de suspendre le bouillant pédagogue, le temps de mener une investigation selon les règles de l’art. Il n’aura fallu qu’une poignée de témoignages enregistrés à toute vapeur et quelques délations anonymes pour vouer aux gémonies un acteur parmi les meilleurs de sa génération. Toute cette cohorte n’aurait-elle pas profité de l’« effet Weinstein » pour régler ses comptes avec un homme réputé pour son talent, sa générosité et sa passion pour le travail bien fait ? Pas besoin d’être un prophète pour comprendre que les maisons d’enseignement ne perdront pas de temps à réécrire leurs politiques en matière de déontologie. Puisque, désormais, quiconque osera faire preuve d’un peu de virilité devra s’attendre à être rapidement mis au pas, voire à être rayé de la carte.

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