Si les Français voulaient se persuader que, depuis deux ans, ils ont été invités à un spectacle unique et permanent, le titre donné par tous les encenseurs du pouvoir leur fournirait un argument : après la « victoire » européenne, requinqué, consolidé, renforcé, le Premier ministre a reçu la confiance de l’Assemblée nationale pour « l’acte II du quinquennat ». Les godillots qui la remplissent ont applaudi, se sont levés et n’ont faibli qu’à la fin, lorsque le laborieux catalogue dénué d’élan d’ s’achevait en manquant de souffle.

Pour un spectacle, le décor a de l’importance. À l’Assemblée, celui-ci recèle une particularité : le public en fait partie, et sa dévotion à l’acteur le transforme en claque. Les vrais spectateurs sont, eux, condamnés au silence. Une impressionnante majorité de 363 députés a donc soutenu le chef du gouvernement pendant plus d’une heure et a voté la confiance. Ce fut plus difficile, le lendemain, au , où il y eut 181 abstentions et 91 voix contre, 71 pour. On cherche, en vain, la France réelle dans ces différents décors en trompe-l’œil. Ni la majorité écrasante de l’Assemblée ni celle hostile du Sénat ne correspondent à la fausse victoire des européennes qui a été une vraie défaite pour le Président et son parti, même si elle a été plus lourde encore pour la majorité sénatoriale.

Lorsqu’on compare les résultats des européennes, si l’on excepte le cas très particulier du pris dans la tempête du , il n’y a guère qu’en France où la majorité au pouvoir, représentée par une liste soutenue par l’ensemble des partis qui la composent – LREM, MoDem, Agir, c’est-à-dire les transfuges précoces des Républicains, et les Radicaux -, n’a atteint que le score de 22,42 % des voix. Moins d’un électeur sur quatre a voté pour l’exécutif ! Partout ailleurs, même lorsque le ou les partis soutenant le gouvernement ont été battus, ce n’était pas dans cette proportion.

Lorsqu’on voit se lever plus de 60 % des parlementaires pour applaudir chaudement le Premier ministre et qu’on sait que les huit députés du Rassemblement national ont pesé plus lourd aux européennes que les 363 qui se lèvent, on se dit, même en se félicitant de l’efficacité du scrutin uninominal majoritaire, que ce spectacle n’a rien de démocratique et qu’il serait urgent de retourner aux urnes, sérieusement, en dehors de la confirmation aveugle du scrutin présidentiel.

La démocratie française, avec M. Macron, est devenue un « village Potemkine » qu’on repeint chaque jour pour désinformer des Français menés d’une priorité à une autre au gré de la seule priorité du pouvoir qui est de perdurer par tous les moyens. La bonne surprise des européennes a résidé, pour lui, dans le résultat des écologistes. Qu’à cela ne tienne, le gouvernement réformateur, appuyé sur une majorité élue pour changer des institutions qui avaient, de manière artificielle d’ailleurs, exaspéré beaucoup de Français lors des de 2017, renonce à vouloir brusquer les choses dans ce domaine pour placer en tête de toutes les préoccupation l’urgence écologique avant même les urgences sociale et économique et, bien sûr, politique.

Certes, il y a des manifestations sanctifiées par les qui y participent, mais soyons sérieux : les problèmes écologiques sont planétaires. La France n’a guère les moyens d’agir sur la température du globe, si tant est qu’elle ait des causes humaines, et il est facile, pour un gouvernement, de lancer des programmes dont on ne pourra jamais mesurer réellement les effets. L’écologie est un alibi faussement moral pour un pouvoir qui place, au contraire, la question de l’immigration qu’il peut traiter en pleine responsabilité parmi les peurs contre lesquelles il faut lutter. Le n’est pas un problème, c’est une , un sentiment, comme l’insécurité naguère.

Comme l’annonce le titre, l’acte II, c’est du théâtre qui veut retrouver la mise en scène soignée du début de l’acte I, mais il est probable qu’elle ne fera plus illusion très longtemps lorsque, dans les domaines où les résultats se constatent, ils ne seront pas au rendez-vous.

14 juin 2019

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