L’émergence du SRAS-CoV-2 est-elle le résultat d’une sélection naturelle ou de manipulations génétiques au sein d’un laboratoire P4 ?

Le seul fait de s’interroger sur le rôle possible du laboratoire P4 de Wuhan dans l’émergence du SRAS-CoV-2 déclenchait, encore récemment, une riposte immédiate contre les « révisionnistes » des informations officielles : « fake news » ! Faut-il, pour autant, éluder la question ?

Les laboratoires P4 (« Pathogène classe 4 ») sont des laboratoires de haute sécurité autorisés à manipuler des micro-organismes hautement pathogènes, tels que les virus de la variole et des fièvres hémorragiques. Il en existe une trentaine dans le monde, certains étant rattachés au ministère de la Défense, notamment l’USAMRIID (U.S. Army Medical Research Institute of Infectious Disesases) de Fort Detrick (Maryland, ), l’institut Vektor de Koltsovo (Russie) et le P4 français de la Direction générale de l’armement (DGA), à Vert-le-Petit (Essonne). Ces derniers effectuent des recherches dites duales (civiles et militaires) présentées comme uniquement défensives, notamment la recherche vaccinale.

Concernant les manipulations de virus pathogènes, trois étapes à haut risque ont été franchies, ces vingt dernières années, dans des laboratoires de virologie moléculaire.

En 2001, l’université de Canberra publia dans le Journal of Virology les résultats de travaux portant sur le virus de la variole murine (mousepox), virus inoffensif pour l’homme. Ces travaux visaient à stériliser les femelles de rongeurs afin de protéger les cultures australiennes. On introduisit le gène codant pour l’interleukine-4 dans le mousepox, l’interleukine-4 ayant la propriété de stériliser les femelles de souris et de rats en entravant le développement embryonnaire précoce. Dans la nature, le virus est transmis par contact oro-nasal. Mais l’interleukine-4 a également la propriété d’inhiber le système immunitaire. Il se trouve que le virus modifié tua, en quelques jours, toutes les souches de souris infectées, y compris celles qui résistaient naturellement au virus de la variole murine. S’il s’était échappé du laboratoire, ce nouveau virus aurait pu exterminer, sur tout le territoire australien, diverses espèces de rongeurs, y compris le lapin. À l’issue de cette expérience, le risque d’utilisation d’un tel virus par des bioterroristes fut aussitôt évoqué. Le Pr Ronald Jackson déclara : « On peut à coup sûr imaginer que si un fou mettait de l’interleukine-4 humaine dans le virus de la variole humaine, virus proche de la variole des souris, il en accroîtrait la létalité de façon très importante. Quand on voit les conséquences de ce qui est arrivé avec les souris, je ne voudrais pas être celui qui ferait cette expérience. »

En 2003, le Pr Mark Buller (université Saint-Louis, Missouri) reprit les expériences australiennes de 2001 sur les poxvirus. Les travaux furent effectués dans un laboratoire P3 sur le virus mousepox. Mark Buller parvint à créer un virus encore plus dangereux que la construction australienne en modifiant le site d’insertion du gène de l’interleukine-4 dans le génome du mousepox et en utilisant différents promoteurs. Le nouveau virus se révéla capable de tuer la quasi-totalité des souris infectées, même lorsqu’elles étaient préalablement vaccinées contre la variole murine ou traitées par un antiviral, le cidofovir. Franchissant une étape supplémentaire, l’équipe de Buller inséra également le gène de l’interleukine-4 dans le virus de la forme bovine de la variole (cowpox), susceptible d’infecter les humains. Le New York Times révéla ces études, précisant que le Pr Buller travaillait en étroite collaboration avec les chercheurs de l’USAMRIID, cité plus haut.

En 2012, le Pr Ron Fouchier (Centre médical Erasmus, Rotterdam, Pays-Bas) et le Pr Yoshihiro Kawaoka (Département de virologie, Wisconsin, USA) ont réussi à accroître la contagiosité et la virulence des virus influenza A/H5N1 et H1N1 responsables d’épidémies de grippe. Ces travaux ont suscité de vives polémiques sur les risques liés à de telles manipulations et sur l’opportunité de les publier.

Rappelons que Paul Berg (prix Nobel de chimie) proposa, dans les années 1970, un moratoire international sur les manipulations génétiques des micro-organismes afin de pouvoir « en évaluer les dangers potentiels » et présida, en 1975, la conférence d’Asilomar visant à définir les règles de sécurité en matière de génie génétique et les moyens de surveillance des laboratoires de biotechnologie. Cette conférence décréta un moratoire sur les techniques de génie génétique qui fut rapidement levé.

Dans les années 2000, un rapport sur le risque bioterroriste du Pr mit en évidence que de nombreux laboratoires français autres que P4 n’étaient pas en conformité avec la loi pour manipuler des organismes pathogènes. L’astrophysicien britannique Sir Martin Rees, surnommé le « prophète de l’apocalypse », fit le pari, à la même époque, que, d’ici 2020, une « bio-erreur » ou une « bio-terreur » aurait tué un million de personnes ! Le pari de la « bio-erreur » est-il gagné ?

21 avril 2020

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