La véritable cause de la mort de Louis XIV enfin révélée

Une nouvelle étude suggère que le plus puissant des monarques aurait succombé face au plus petit des êtres qui soient.
@Wikimedia commons
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Après avoir élucidé les causes de la mort du philosophe Voltaire, le professeur Philippe Charlier, médecin légiste et paléopathologiste reconnu, apporte un nouvel éclairage sur une figure majeure de notre Histoire de France : Louis XIV. Le Roi-Soleil, mort le 1er septembre 1715 après un règne de 72 ans, est officiellement décédé d’une septicémie provoquée par une gangrène à la jambe. Pourtant, grâce aux avancées spectaculaires de la paléoprotéomique, une équipe de chercheurs a réexaminé son cœur embaumé. Cette enquête a alors révélé des indices troublants qui remettent en cause la version classique de son décès, suggérant que le plus puissant des monarques aurait succombé face au plus petit des êtres qui soient.

Le roi est mort

À l’été 1715, le château de Versailles est enfermé dans un silence solennel. En effet, le vieux roi, usé par l’âge et les maladies chroniques, souffre depuis plusieurs jours d’une vive douleur à la jambe gauche. D’abord interprétée comme une simple sciatique, la situation s’aggrave rapidement lorsque l’infection se propage et commence à corrompre ses chairs. Le 24 août, le chirurgien royal Georges Mareschal comprend que la gangrène s’est installée, mais il est déjà trop tard pour l’enrayer. Ainsi, le 30 août, Louis XIV entre dans l’agonie. Fidèle à son image de monarque absolu, il organise même ses adieux avec une mise en scène presque théâtrale, avant de rendre son âme à Dieu le 1er septembre 1715.

Le lendemain, son corps est autopsié et embaumé selon les rites royaux. Les viscères sont extraits et traités avec des produits antiseptiques destinés à ralentir le pourrissement des chairs. Ses entrailles sont ensuite déposées dans la cathédrale Notre-Dame de Paris, son cœur momifié dans l’église Saint-Paul-Saint-Louis des Jésuites et son corps exposé dans le salon de Mercure avant d’être conduit en cortège vers la basilique Saint-Denis, le 8 septembre, pour reposer parmi ses augustes prédécesseurs.

Le destin d’un cœur

Cependant, le repos éternel du roi sera de courte durée. En effet, en octobre 1793, en pleine Révolution française, les tombeaux de la basilique de Saint-Denis sont profanés. Les révolutionnaires détruisent les symboles de l’Ancien Régime, brisent les sarcophages et fondent les reliquaires pour en tirer du métal. Le cœur de Louis XIV ne fait pas exception : son reliquaire est fondu à la Monnaie de Paris pour fabriquer des pièces et des médailles, tandis que le contenu est vendu à Louis François Petit-Radel, un architecte et dessinateur.

Ce dernier n’hésite pas alors à revendre ou utiliser certains restes royaux à des fins artistiques. En effet, à l’époque, un pigment très prisé par les peintres, le « brun momie », est fabriqué à partir de corps momifiés notamment venus d’Égypte. Le cœur embaumé de Louis XIV sert ainsi partiellement à produire ce pigment rare. Teinte extrêmement rare, on raconte que Delacroix aurait employé ce brun momie dans son célèbre tableau La Liberté guidant le peuple.

En 1817, après avoir été partiellement utilisé, le cœur de Louis XIV est enfin restitué à Louis XVIII avant d’être redéposé au sein de la crypte de la nécropole royale de Saint-Denis, où il repose depuis en paix.

Une véritable enquête scientifique

Plus de trois siècles après la mort du monarque, le cœur de Louis XIV est devenu un véritable objet d’étude scientifique. Sous la direction du professeur Philippe Charlier, une équipe de chercheurs a obtenu une autorisation exceptionnelle des familles royales Bourbon et Orléans, du ministère de la Culture ainsi que des autorités ecclésiastiques pour prélever et analyser un infime fragment de ce cœur momifié. L’objectif est alors de percer le mystère de la véritable cause de la mort du Roi-Soleil.

Pour cela, les scientifiques ont mobilisé plusieurs techniques de pointe. Une datation au carbone 14 a d’abord permis de confirmer l’authenticité de l’organe. Ensuite, grâce à une imagerie en micro-scanner, ils ont pu explorer l’intérieur du cœur sans l’endommager, révélant certains détails anatomiques. Des analyses chimiques ont ensuite mis en évidence la présence de 17 pollens différents, mais aussi des traces de mercure, de cuivre et d’autres métaux, témoins à la fois des pratiques d’embaumement de l’époque et de la composition de l’ancien reliquaire fondu à la Révolution.

Cependant, la découverte la plus marquante vient de la paléoprotéomique, une méthode novatrice qui permet d’identifier les protéines et les micro-organismes conservés dans des tissus très anciens. Les chercheurs ont ainsi mis en évidence des traces d’un champignon pathogène appelé Cyphellophora europaea. Ce micro-organisme, rare mais bien connu des médecins, provoque des infections cutanées et sous-cutanées, particulièrement dangereuses chez les personnes affaiblies ou diabétiques, un état qui correspond précisément à la santé déclinante de Louis XIV à la fin de sa vie.

En croisant ces données scientifiques avec le rapport d’autopsie de 1715, qui mentionne une gangrène noire à la jambe gauche, les spécialistes proposent une lecture nouvelle des événements : ce que les médecins de l’époque interprétaient comme une simple gangrène bactérienne pourrait en réalité avoir été une infection fongique sévère, entraînant une septicémie généralisée et la mort du roi.

Grâce à une enquête rigoureuse et respectueuse des vestiges royaux, Philippe Charlier et son équipe ont ainsi écrit un nouveau chapitre sur l’histoire et la mort de nos plus grands souverains. Le Roi-Soleil, symbole de puissance et de grandeur, aurait succombé non pas à une armée ennemie ni à une conjuration de cour, mais bien face à un minuscule champignon, invisible mais redoutable, capable de terrasser un organisme affaibli, fût-il même celui d’un monarque de droit divin.

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Eric de Mascureau
Chroniqueur à BV, licence d'histoire-patrimoine, master d'histoire de l'art

Vos commentaires

12 commentaires

    • Vous, vous saviez… D’autres comme moi ignorions ces dernières découvertes. Merci à l’auteur pour ces informations intéressantes.

  1. Va pour le champignon alors… Mais Je suis davantage boulversé par le traitement infligé par les révolutionnaires au grand roi que la découverte scientifique.

  2. Les départs sont tous de la même origine. Les parcours: tous différents mais les arrivées: toutes pareilles. Retour comme il est écrit dans la génèse: Tous deviendront poussière….

  3. Quand le système immunitaire est trop affaibli toutes sortes d’infections se développent simultanément et conduisent au décès du patient !

  4. Quel intérêt ? Quand on nous demande de l’argent pour financer « la recherche », est-ce pour finaliser ce genre de recherches ?? Que d’argent gaspillé en bêtises !

  5. Moi ce qui m’étonne est que le roi ait atteint 76 ans vu les conditions d’Hygiène déplorables de l’époque
    et une médecine plutôt  » restreinte », alors que dans l’Antiquité on savait faire beaucoup plus d’actes médicaux même lourds

  6. Cette approche anthropologique médicale, passionnante, n’est pas nouvelle mais nous disposons maintenant d’outils scientifiques de premier ordre pour approcher la vérité. Je me souviens d’études très circonspectes mettant en phase les migrations des peuples et les maladies affectant particulièrement certaines localisations. La génétique et le diagnostic post mortem au service de l’historien. Concernant Louis XIII, j’aimerais en savoir plus sur sa paternité tardive et ne pas me contenter de la certitude que le roi soleil était bien son fils…ce dont je doute sans aucune certitude.

  7. Ce pauvre coeur de Louis XIV ayant été tellement malmené au cours de différentes époques , le résultat de cette enquête est il à mettre au conditionnel ?

Commentaires fermés.

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