La présidente du Rassemblement national a surpris son monde en se rendant sur l’île de Sein, à la veille de la cérémonie commémorative de l’appel du 18 juin, le discours que prononça le général de Gaulle à la BBC pour sonner la révolte face au joug nazi et la collaboration française. Concernant cette dernière, Robert Aron parlait d’épée gaulliste pour suppléer le bouclier pétainiste. Et, au-delà de la profonde meurtrissure que ressentit la droite nationale après la fin de l’Algérie française, entend se réapproprier une ligne idéologique que la droite libérale – Les Républicains et La République en marche, aujourd’hui – a abandonnée officiellement depuis la création de l’UMP, en 2002 ; une réappropriation qui date, pourtant, de près de dix ans déjà.

De plus, quel est le contexte actuel ? Il y a eu, en premier lieu, la manifestation du 13 juin, censée demander la « justice pour Adama (Traoré) » et prétendant dénoncer les « violences policières » contre les enfants des « quartiers populaires », mais qui a été un tournant avec, probablement, 15 à 20.000 participants, dont le véritable objectif était d’imposer l’indigénisme dans l’Hexagone. En deuxième lieu, Marion Maréchal est sortie subitement de son silence médiatique pour affirmer, sur la Toile, qu’elle n’avait pas à s’excuser pour les morts d’Adama Traoré et de George Floyd, ainsi que pour la colonisation française (le 10 juin). Ce à quoi sa tante a répondu à brûle-pourpoint : « Se mettre sur un plan racial, c’est tomber dans un double piège. Celui des indigénistes, des racialistes, alors qu’il faut rester sur un plan républicain. C’est aussi tomber dans le piège de l’américanisation, alors que rien ne se construit, en France, en fonction de communautés », a-t-elle communiqué à BFM TV. En bref, le bon vieux laïcisme républicain contre le modèle libertarien des Anglo-Saxons. Seulement, derrière cette opposition, en demeure une autre : les Lumières contre les anti-Lumières. Ou deux stratégies pour en finir avec l’extrême centrisme d’essence giscardo-rocardienne, c’est-à-dire le macronisme.

Mais la brouille est plus complexe qu’il n’y paraît : à l’image de sa participation remarquée à la convention des conservateurs américains, en février 2018, Marion Maréchal use d’une alliance forte avec le Tea Party, ce qui n’est pas la culture politique de Marine Le Pen. En effet, cette dernière semblait plus proche d’un certain libertarisme sociétal au temps de la Manif pour tous, entre 2012 et 2013, ayant fait valoir sa non-participation face à sa nièce qui, elle, n’avait pas hésité à battre le pavé parisien. Elle s’est, par la suite, opposée clairement à la GPA et à la sans père.

Voilà autant d’éléments qui manifestent une fracture qui risque de coûter cher au camp national à la présidentielle de 2022. Car le camp d’en face peut, ainsi, être sûr de continuer de mener son projet financiariste, immigrationniste et quelque peu darwiniste, dans un pays où chacun fait désormais ce qu’il veut, notamment le Black Bloc, ou le trafiquant arabo-musulman, ou bien tchétchène ! Enfin, c’est dans ce décor – après les récentes batailles interethniques survenues à Dijon – que la cheffe du RN a fait le constat, le 16 juin, de la libanisation de la nation française. Une terre en ruine où la liberté des individus est devenue un trou noir avalant tout sur son passage, jusqu’à l’autorité de l’État ! Alors, prions pour qu’une union politique forte voie le jour au plus vite !

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