Le débat sur la pédocriminalité vient d’être relancé en France à l’occasion de la parution du Consentement, de Vanessa Springora. Dans cet ouvrage autobiographique, Mme Springora dénonce et raconte l’emprise destructrice d’un homme, l’écrivain , qui a entretenu des relations sexuelles avec elle en profitant de leur écart d’âge et de statut social : il avait 50 ans et elle 14, au moment des faits.

Certains voudraient défendre l’écrivain au nom de sa valeur littéraire et de la critique d’un esprit « puritain » qui se développerait en France. Rappelons donc, ici, certaines évidences : les pédophiles ne méritent aucune excuse et M. Matzneff n’est certainement pas la victime d’un ordre moral particulièrement rigide. Son comportement criminel, jusqu’ici impuni, protégé, a détruit la vie de cette femme (et de combien d’autres ?) et non l’inverse. C’est bien lui le monstre et c’est bien elle la victime.

J’ai été surprise de noter que Mme , notre secrétaire d’État à l’Égalité entre les femmes et les hommes, pourtant d’ordinaire si prompte à se saisir de tous les faits divers relevant du périmètre de son portefeuille ministériel, a, à cette occasion, assuré un service minimum. La secrétaire d’État s’est fendue d’un seul tweet, dans lequel elle ne nommait ni le bourreau ni la martyre, rappelant très sommairement que « le supposé talent n’est JAMAIS une excuse ».

Pourquoi prendre tant de précautions pour condamner un acte aussi immonde et impardonnable que l’acte pédophile ? Sans doute parce que, Mme Schiappa le sait, l’« affaire Matzneff » pointe les écueils de sa loi contre les violences sexuelles et sexistes, et notamment les dispositions censées renforcer la protection des mineurs contre les violences sexuelles.

Voyons plutôt : au moment des faits décrits par Mme Springora, la victime avait 14 ans et le pédophile avait 50 ans. Ce dernier est aujourd’hui âgé de 83 ans. La loi Schiappa avait rallongé le délai de prescription pour des viols commis sur des mineurs de 20 à 30 ans. Le viol de Matzneff est donc prescrit aujourd’hui (d’autant que la loi n’est pas rétroactive).

D’autre part, on se souvient que le gouvernement avait refusé de faire de la présomption de non-consentement des mineurs de moins de 15 ans à une relation sexuelle avec une personne majeure un des piliers de cette loi contre les violences sexuelles et sexistes. On comprend, avec cette sordide affaire Matzneff, à quel point cette disposition constitue une protection cruciale et nécessaire pour lutter contre la pédophilie.

Avec l’imprescriptibilité des viols sur mineurs, la présomption de non-consentement des mineurs de moins de 15 ans constitue bel et bien ce qui manque encore à notre arsenal juridique. Avis à Mme Schiappa.

1 janvier 2020

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