Qui pour les défendre ? Pour l’instant, personne.

Voilà trois mois que nos vieux sont enfermés dans leurs . Sans visites, sans repas autres que pris dans leur chambre, sans animations, sans rencontres. Isolés. Coupés de leurs familles et du peu de vie sociale qui leur restait. Certes, Olivier Véran, en ce 1er juin, s’est fendu d’un communiqué pour annoncer un « assouplissement » des conditions de visite à compter du 5 juin (fêtes des Mère et Père en vue), mais avec de telles contraintes…

Les exemples vivants étant d’un autre pouvoir, comme l’a écrit Corneille, en voici un, bien concret : Clotilde, 104 ans, emprisonnée – il n’y a pas d’autre mot – dans son EHPAD de la Drôme depuis trois mois maintenant. Pourtant, elle pète le feu, Clotilde. Elle en a vu d’autres, en un siècle, et de plus angoissantes qu’un virus. À défaut d’avoir le droit de descendre à la salle à manger ou au jardin, elle arpente les couloirs avec son déambulateur quand toutes les portes sont closes.

Sa petite-fille, les premières semaines, venait lui parler depuis la rue. Sans doute la direction de l’EHPAD a-t-elle craint que le virus ne grimpe le long du mur jusqu’au deuxième étage, car on l’a priée d’aller se promener ailleurs. Fini, les visites ! Lorsque l’autorisation a été donnée d’aménager les salles communes pour que les résidents puissent recevoir un proche, l’organisation a dû paraître insurmontable puisque cela ne s’est fait qu’une fois. Ah, j’oubliais : le personnel a accompagné une fois Clotilde au jardin et une fois à la salle à manger. Le jour de Pâques. Ils étaient six privilégiés. Depuis, plus rien. Pas même les visites aux voisins de chambre : c’est strictement interdit.

C’est normal, il faut protéger les vieux ! disent les précautionneux atteints du syndrome de la cabane, ceux qui ne veulent pas renvoyer leurs ados au collège mais les envoient tous les jours s’ébattre sur les plages. Sans doute faut-il les protéger, en effet. Reste à savoir de quoi, puisqu’il n’y a eu, dans l’EHPAD de Clotilde, aucun cas de Covid-19 chez les résidents et pas un, non plus, parmi le personnel ! C’est bien la preuve qu’on a raison de les enfermer, diront les mêmes… On n’en sort pas.

Pire encore, au nom d’une hypothétique canicule qui se profilerait pour l’été, on parle aujourd’hui de compliquer encore un peu plus ce qu’il leur reste de vie dans les couloirs de la mort.

On nous annonce, en effet, qu’il va falloir prévoir des climatiseurs dans toutes les salles communes, avec un espace de quatre mètres carrés par personne. Et puisqu’on n’aime rien tant que l’interdit, on va supprimer dans les chambres tous les ventilateurs « qui propagent le virus ». Riche idée : les vieux qui ont survécu au Covid-19, à la solitude et au chagrin qu’elle engendre vont donc pouvoir mourir de chaleur. Mais peut-être est-ce le but, au fond ?

La raison de toutes ces décisions scandaleusement inhumaines ? La trouille. Personne n’ose prendre la décision de rouvrir les EHPAD par peur d’être accusé d’y propager la mort. Alors, les parasols s’empilent sur les parapluies : chacun ouvre le sien, un de plus à chaque niveau de décision. Confinons les vieux jusqu’à ce que mort s’ensuive. De toute façon, ils ne descendront pas dans la rue pour protester, et personne ne le fera pour eux…

Dans ce pays, il n’y a que ceux qui gueulent et qui cassent pour réussir à se faire entendre, alors les vieux peuvent bien crever. Sauf s’ils le demandent… Là, pas question ! Ce n’est pas le moindre de nos paradoxes, en effet, et c’est pourquoi Hélène, 100 ans depuis le 6 mars dernier, est aujourd’hui en grève de la faim pour obtenir le droit d’être euthanasiée. Elle l’a dit à France Info : elle ne veut plus « des douleurs croissantes, des difficultés à se déplacer et une vie qui, depuis quelque temps, ressemble à “un jour sans fin” ».

Nous nous glorifions sans cesse d’avoir aboli la peine de mort. On a inventé la peine de vivre. Une trouvaille de la modernité.

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