Editoriaux - Santé - 11 août 2019

La prévention d’Alzheimer : mens sana in corpore sano ?

Tout comme certains cancers, parce qu’elle est incurable, la maladie d’Alzheimer fait peur et, à défaut d’annoncer la découverte d’une thérapeutique efficace, les médias publient régulièrement des recommandations destinées à éviter, si possible, cette démence.

Le ministère de la Santé définit la maladie d’Alzheimer comme étant très liée à l’âge et à une pathologie multifactorielle pour laquelle la prédisposition génétique et les facteurs environnementaux entrent en interaction. Ne pouvant pas intervenir sur les facteurs génétiques, il nous reste la possibilité d’agir sur les facteurs environnementaux pour essayer de ne pas favoriser la survenue de cette pathologie.

C’est ainsi qu’un récent article paru dans Le Monde affirme qu’une bonne hygiène de vie et un bon niveau de santé cardio-vasculaire diminuent grandement le risque de développer la maladie d’Alzheimer. L’article se réfère à une publication de l’INSERM parue dans le British Medical Journal, le 8 août dernier, qui conclut que les personnes de 50 ans qui suivent les recommandations du « Life’s Simple 7 » (score de santé basé sur différents facteurs morphologiques et biologiques pour calculer le risque cardio-vasculaire) ont moins de chance de développer plus tard des démences, dont celle d’Alzheimer.

Mens sana in corpore sano (« ce qui est bon pour le corps est aussi bon pour le cerveau »), raisons pour lesquelles toutes ces études recommandent de prendre soin de son cœur, de se faire suivre régulièrement pour contrôler sa tension, l’apparition de diabète ou d’un trouble lipidique afin d’éviter des dégâts irréparables.

Parmi les recommandations à respecter, on note également l’incitation à pratiquer une activité physique régulière pour stimuler la circulation sanguine et l’oxygénation des tissus, y compris le cerveau, la nécessité de pratiquer une activité stimulante intellectuellement afin d’avoir un effet protecteur sur le développement de la maladie, en jouant sur l’adaptabilité permanente de notre cerveau pour compenser la fonction des neurones perdus, et avoir un temps de sommeil suffisant, car il semble que c’est pendant le sommeil que le cerveau évacue ses déchets, et notamment les protéines bêta-amyloïdes caractéristiques de la maladie d’Alzheimer.

Les médecins recommandent également de manger sainement et d’avoir un indice de masse corporelle normal si l’on veut diminuer les risques de développer cette maladie. Ce qui implique de supprimer à peu près toute alimentation d’origine industrielle et de favoriser un régime équilibré riche en fruits et en légumes.

Toutes ces recommandations ne peuvent être que bénéfiques, tant sur le plan somatique que psychique. De là à penser, comme l’affirme un professeur du CHU de Lille, que « avec une hygiène de vie parfaite, 80 % des démences seraient évitables », c’est peut-être aller un peu vite et oublier que les facteurs génétiques jouent un rôle très important dans le déclenchement de la maladie. C’est aussi faire l’impasse sur d’autres facteurs de risques non évoqués dans cette enquête, comme l’usage nocif des benzodiazépines (anxiolytiques et somnifères) à long terme, signalé par une étude de l’INSERM de Bordeaux, il y a déjà quelques années, ou comme le rôle probable joué par l’aluminium dans le déclin cognitif et qu’on retrouve en quantité anormalement élevée dans le cerveau des personnes atteintes de maladie d’Alzheimer.

Cependant, ces recommandations ne peuvent être que bénéfiques. Mais méfions-nous des conclusions hâtives.

Dans les années 1980-90, des études très sérieuses nous incitaient à manger du poisson car les populations nordiques, qui en consommaient quotidiennement, avaient beaucoup moins d’affections cardio-vasculaires que nous. Trente ans plus tard, lors de méta-analyses, on s’aperçut que, certes les Nordiques avaient moins de maladies cardio-vasculaires que les Français, mais que malgré le cassoulet, nous vivions plus longtemps !

Qu’en conclure ?

À lire aussi

Obésité des ados : les Français comme les Américains ?

Presque 20 % des adolescents étudiés sont en surcharge pondérale et, parmi eux, plus de 5 …