L’installation du fils de ben Laden dans une petite commune de l’Orne normande, charmante région verdoyante et a priori paisible, pourrait passer pour anecdotique ou incongrue. Ce n’est pas exactement le cas : l’Orne connaît depuis des décennies des phénomènes d’immigration. Dans des villes comme Alençon ou Flers, qui fleurent bon le terroir et la ruralité. Et comme partout ailleurs sur le territoire de cette France archipellisée, les mêmes mutations se font de manière insidieuse.

À en croire le magazine américain Vice, Omar ben Laden, qui a manifestement décidé de rompre avec son passé et cette « marquée par la violence », est « un citoyen comme les autres ». Adonné à l’élevage des chevaux et à la peinture, on le croirait presque de la race de ces « néo-ruraux » avides d’une nouvelle vie au vert loin des mégapoles et qui se sont trouvé de nouvelles vocations à l’ère du coronavirus. À un détail près : les allers-retours fréquents entre la Normandie et le Qatar d’Omar ben Laden pour le bien de ses affaires n’en fait pas tout à fait un Normand comme les autres…

Il en faudra sans doute plus pour troubler le calme apparent de la région, qui en a vu d’autres en matière de migrations. C’est dans les années 70 que le développement industriel des petites villes a poussé à l’importation d’une main-d’œuvre étrangère sans considération autre que l’immédiat gain financier. À cette époque, à Flers, la communauté turque a posé ses valises et n’est jamais repartie. Comme ailleurs en France, elle est restée unie et non intégrée. Ces dernières années, elle subit sa propre , au découragement de certains de ses membres qui rasent les murs et n’osent plus dire « qu’ils ne votent pas Erdoğan ». Pour ces réfractaires, « le sentiment patriotique a été décuplé » depuis 2016. Ils déplorent : « Si on a le malheur d’exprimer un autre point de vue, on est taxé de traître à nos origines. », rapporte Le Figaro dans un reportage du 27 février dernier. La pression est mise sur le groupe dans une ville qui compte 3.000 habitants de nationalité turque pour 14.000 Français de souche. Triste échec d’une intégration ratée, les Turcs eux-mêmes le reconnaissent : « À Flers, nous sommes restés traditionnels, un peu rustiques peut-être, à l’ancienne. »

Qui imagine que l’Orne, ce coin de France qui a connu les épisodes glorieux de la chouannerie normande menée par Louis de Frotté, servi de décor aux aventures des héroïnes de la comtesse de Ségur et de berceau familial à sainte Thérèse de Lisieux, soit devenu un abri pour une diaspora sur laquelle compte Ankara ?

Un peu plus loin, c’est à Alençon, capitale de la dentelle et patrie des époux Martin, qu’a été éduqué un certain Fabien Clain, ce Français de souche parti faire le djihad en Syrie qui a revendiqué les attentats du 13 novembre.

À quelques encablures de là, Sées, diocèse fécond qui a connu bon nombre d’installations de communautés religieuses, est une ville au patrimoine riche qui compte pas moins de seize édifices religieux. Parmi eux, beaucoup sont vides, victimes de la des vocations dans l’Église. Deux écoles hors contrat d’ s’y sont installées. L’occasion, pour des familles, de réinvestir les lieux.

 

Addendum : Sabine de Villeroché et l’équipe de Boulevard demandent à M. Mostepha Maachi, maire de Sées, s’il s’est senti blessé par cet article publié le 6 mars 2021, de bien vouloir accepter leurs excuses.

 

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