Editoriaux - Société - 10 février 2020

La mère de Vanille : coupable ou victime ? Coupable ET victime ?

Le 7 février, en début d’après midi, , petite fille âgée de un an, a été étranglée ou étouffée par sa mère qui souffrait de graves troubles psychiatriques et jetée dans un container de vêtements. Elle devait la remmener à 17 heures 30 à sa référente de l’aide sociale à l’enfance.

Vanille était placée dans une famille d’accueil et sa mère, depuis un an, vivait dans un foyer. Elle pouvait ainsi, seule, voir sa fille avec des horaires précis alors qu’elle avait dû la rencontrer, durant un certain temps, en présence d’un tiers.

Apparemment, elle apparaissait en voie de normalisation.

Comme l’humain n’est pas une science exacte, il serait indécent de rechercher en amont des responsables de ce crime. Peut-être, d’ailleurs, cette mère sera-t-elle déclarée irresponsable ?

Mais j’ai le droit, comme je le faisais en cour d’assises, de questionner à partir de mes propres doutes et incertitudes et d’user de ce billet pour interroger tous ceux qui me feront l’honneur de le lire.

Parce que je ne suis sûr de rien, sinon qu’à un certain moment, dans l’évolution de la personnalité de cette mère, on a estimé qu’elle ne représentait plus de danger pour sa petite fille et que cette dernière avait besoin des quelques heures de chaleur et d’affection qui lui étaient données.

À supposer que ces sentiments se soient extériorisés et qu’ils aient franchi le cap du déséquilibre intime.

Guérit-on jamais de troubles psychiatriques graves ? Ou plutôt les apaise-t-on suffisamment pour qu’on puisse être rassuré sur les rencontres d’une mère ainsi atteinte et de sa toute petite fille ?

L’humain n’est pas une science exacte. L’histoire personnelle de cette mère l’a conduite d’un état très préoccupant – au point de la contrôler avec la présence d’un tiers – à une situation où on l’a laissée seule face à Vanille ; je suis persuadé qu’on a cependant envisagé le pire : une crise venant mettre à bas les défenses, l’irruption brutale, meurtrière, de pulsions qui, apparemment, avaient été mises en sommeil.

Il me paraît évident que, sauf à tomber dans une naïveté psychiatrique absolue – il y a chez les meilleurs experts, quoi qu’ils en aient, un savoir indiscutable mais modeste mêlé à un humanisme qui est susceptible de leur dissimuler les ombres à venir, les menaces virtuelles parce qu’elles ne seraient pas « convenables » -, nul n’a pu adoucir le régime de cette mère sans être pétri d’angoisse. Cette normalité, cette amélioration allaient-elles être durables ou l’orage, la fureur, la dépossession de soi par une folle transgression allaient-ils tout bouleverser ?

Le crime de Vanille, c’est cela. Quelque chose a craqué dans une psychologie étant retombée dans l’obscur alors qu’on espérait en sa clarté probable et continue.

On a pris un risque. Il est consubstantiel à une forme de progressisme. On croit que les natures, les personnalités même les plus malades, les plus troublées vont forcément s’améliorer. Penser le contraire serait désespérant pour beaucoup.

Mais comme l’humain n’est pas une science exacte, à rebours de l’optimisme qui préside aux analyses psychiatriques préférant l’epsilon d’espoir aux sombres et implacables pronostics, une amélioration effective à la rareté toujours possible, plausible du crime, le principe de précaution ne devrait-il pas s’imposer, toujours, dans ce domaine tremblant, fragile, où les certitudes sont inconcevables et les craintes toujours à l’horizon ?

Vanille est morte.

Sa mère est coupable. Ou victime ? Coupable ET victime ?

Dites moi.

Extrait de : Justice au Singulier

À lire aussi

Les masques, un mensonge d’État ? Ou plutôt le paroxysme d’une incurie française ?

Trois mois de pur mensonge ou trois mois si révélateurs d'un mal chronique français ? …