Accueil Editoriaux La France n’est peut-être pas une dictature…
Editoriaux - Politique - Tribune - 27 janvier 2020

La France n’est peut-être pas une dictature…

mais elle n'est pas une démocratie non plus !

Dites que la France est une dictature, et vous verrez la plupart de vos interlocuteurs s’exclamer : « Une dictature, oh non, quand même pas… Vous n’y pensez pas… Vous ne vous rendez pas compte ! Allez voir en… Mais vous ne savez pas ce que c’est … Mais ceci… Mais cela… » Donc, admettons ! La France n’est pas une dictature… Mais est-elle, pour autant, une démocratie ? Et suffit-il, pour cela, de voter tous les cinq ans ?

Une démocratie, étymologiquement et par définition, est un régime où le peuple a le pouvoir, où il commande, dirige et prend les décisions qui lui paraissent les meilleures pour une grande majorité de citoyens. La volonté générale, l’intérêt de tous prend le pas sur les intérêts particuliers, comme ceux d’un petit groupe de financiers – ce qu’on appelle oligarchie !

Mais peut-on dire qu’on est en démocratie lorsque le seul pouvoir donné au peuple est de choisir, tous les cinq ans, au terme d’une campagne/matraquage médiatiquement orientée, entre bonnet blanc et blanc bonnet (Jospin/Chirac, Sarkozy/Hollande), ou pour empêcher un fascisme mythologique (Chirac/Le Pen), d’élire un Président qui fera ce qu’il voudra, et surtout la même chose ?

Est-on en démocratie lorsque le parti du Président récolte plus de 350 députés à l’Assemblée, soit la majorité absolue, avec moins de 17 % des inscrits et une abstention de plus de 57 % ?

Est-on en démocratie lorsque jamais, au cours de ces cinq ans, un référendum n’est organisé, alors que la Constitution de la Ve République reconnaît ce moyen d’expression vraiment démocratique – et c’est pour cela que le général de Gaulle y recourait fréquemment jusqu’à celui de 1969 à l’issue duquel il démissionna ?

Est-on en démocratie lorsqu’un des rares référendums organisés vit triompher, en 2005, le non au traité établissant une Constitution pour l’. Un non qu’on transforma en oui, en 2008, au Parlement…

Est-on en démocratie quand, pendant des mois, on voit des citoyens manifester tous les samedis et que la seule réponse du gouvernement est la matraque et les Flash Ball™ qui mutilent et éborgnent, et l’organisation de débats en vase clos devant des invités choisis, où il fait sa propagande ?

Est-on en démocratie quand les gouvernants bénéficient de multiples avantages de toutes sortes, pendant que les plus modestes souffrent, se privent, et qu’ils leur demandent sans cesse de se serrer la ceinture au lieu de donner l’exemple ?

Est-on en démocratie lorsque la liberté d’expression recule chaque jour un peu plus ; qu’on ne peut plus parler du moindre problème ou contrarier la doxa médiatique sans être traité de raciste, de sexiste ou d’homophobe, de populiste et de fasciste, et lorsqu’il faut subir, sous peine de poursuites et de procès, la loi de minorités de plus en plus agressives ? Que des lois liberticides sont votées sous prétexte de lutter contre les fausses informations ?

Est-on en démocratie lorsque le seul et dernier argument reste de tout ramener à Hitler et aux nazis, c’est-à-dire à une histoire vieille de plus de quatre-vingts ans, et que peu de gens, en France, aujourd’hui, ont vécu ?

Est-on en démocratie lorsque démagogie et théâtrocratie remplacent la sincérité du discours politique et que, si le théâtre consiste à montrer la vérité par l’illusion, la politique fait du mensonge et de l’enfumage la prétendue vérité ?

Est-on en démocratie lorsqu’on laisse impunément certains groupes casser des vitrines de librairie comme, jadis, les nazis le faisaient contre des magasins juifs ?

On pourrait poser la question à l’infini et multiplier les exemples.

Alors, si l’on n’est pas en dictature, il est temps d’inventer un nom pour cette nouvelle forme de démocratie : la démocratie dictatoriale ou la démocrato-dictature ou, peut-être mieux, la dictat-démocratie ?

À lire aussi

Et si on déconfinait la cérémonie des Molière !

Mais peu importent les nominés, sortis toujours du même moule à gaufre théâtral, l’importa…