On a les dynasties de son temps. Je ne parle pas de celles portant ou ayant porté couronne, roulant ou ayant roulé carrosse, autrefois, jadis ou naguère. Tous « comtes » faits, elles ne se débrouillent pas trop mal pour tenir leur rang et poursuivre leur bout de chemin à coups de siècles, voire de millénaires. Non, je veux parler de ces familles qui se transmettent leur métier de génération en génération ou qui en font, justement, une affaire de famille.

Plusieurs façons de voir la chose. Sous un angle sociologique, genre Pinçot-Charlot. On parlera de reproduction sociale, de codes sociaux, de trucs savants et compliqués qui m’échappent. Tout cela est sans doute vrai. Sous un angle plus simpliste, on se dira qu’il (ou elle) a fait le métier de son père (ou de sa mère) parce qu’il (ou elle) n’avait pas le courage de faire autre chose. Ou encore parce que, lorsqu’il (ou elle) le (ou la) voyait rentrer du boulot, ce dernier (ou cette dernière) n’avait pas l’air trop malheureux (ou malheureuse). La paresse ou le goût du bonheur comme mode de sociale : vous avez trois heures et on ramasse les copies. Des collections de familles de notaires, de militaires, de médecins, on en a tout plein à vous citer. Mais aussi de paysans, d’artisans, d’artistes. Et même d’ecclésiastiques. Mais dans ce cas, en général, on essaye de se repasser la soutane d’oncle à neveu. C’est ce qu’on appelle, à l’origine, le népotisme !

Des métiers disparaissent. C’est le cas du bourreau : les Sanson se transmirent la charge de 1688 à 1847. A contrario, de nouvelles professions émergent. Aurons-nous, dans un siècle, des galeries d’ancêtres ayant exercé les nobles et beaux métiers de consultants, startupper ou community manager ? Allez savoir !

Il y a aussi des dynasties de l’honneur ou, tout du moins, des honneurs. Le professeur Raoult aime à rappeler, dans les interviews qu’il donne, entre deux bougonnements, qu’il est la troisième génération de décorés de la Légion d’honneur. On ne pense pas, cependant, qu’il souhaite revendiquer le titre de chevalier en vertu de l’ordonnance royale de 1814, signée de Louis XVIII ! Une ordonnance qui conférait le titre de chevalier et la noblesse héréditaire aux membres de la Légion d’honneur à la troisième génération de légionnaires, sous certaines conditions.

Enfin, on peut trouver de véritables dynasties dans des domaines tout à fait inattendus. Comme celui de la délinquance, par exemple. Voyez la famille Traoré. Certes, ils ne justifient pas des trois générations, comme le professeur Raoult dans la Légion d’honneur, mais l’on peut dire qu’ils ne commencent pas trop mal. En prenant avec précaution les pincettes de la comparaison, ils sont, en quelque sorte, de véritables Bonaparte dans leur domaine de compétence. J’entends par là que collectionner, à la première génération, une couronne impériale, cinq couronnes royales et une couronne grand-ducale, ce n’était pas trop mal pour l’époque, pour les enfants d’un petit avocat corse. Eh bien, d’une certaine manière, c’est un peu pareil, pour les Traoré. En effet, si je me réfère au site La Voix du gendarme, un magazine que l’on imagine, par construction et habitude professionnelle, bien renseigné, le tableau d’honneur de la maison Traoré, comme on dit dans le Gotha, et ce, dès la première génération, est plus que porteur d’espérance pour les générations futures.

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