La Boisserie, lâchée par les héritiers du Général et convoitée par l’État
À Colombey-les-Deux-Églises, La Boisserie incarne bien davantage qu’une simple maison de campagne. Acquise en 1934 par Charles de Gaulle, elle fut à la fois un refuge familial, un lieu de réflexion politique et le théâtre de moments majeurs de l’Histoire nationale. C’est dans cette demeure que le Général s’est éteint le 9 novembre 1970, laissant derrière lui un héritage considérable. Depuis plusieurs mois, cette maison est au cœur d’un bras de fer entre ses héritiers et l’État français.
Les héritiers du Général
Après la disparition de l’amiral Philippe de Gaulle en mars 2024, ses quatre fils ont hérité de la propriété et, rapidement, leur volonté de s’en séparer s’est précisée. Les quatre petits-fils du Général, Pierre, Charles, Yves et Jean, présentent alors des profils contrastés et parfois opposés.
Pierre de Gaulle, le plus médiatisé, issu du monde de la finance, est connu pour ses prises de position politiques, notamment favorables à la Russie, ce qui suscite des inquiétudes au sommet de l’État comme dans sa famille. Charles s’est engagé en politique, il a été député européen du Front national de 1999 à 2005. Jean, pour sa part, a suivi un parcours presque similaire, mais il s'est s’investi au sein de l’UMP avant d’exercer des fonctions à la Cour des comptes. Enfin, Yves, plus discret, a mené une carrière de haut fonctionnaire avant de rejoindre le secteur privé.
Leur décision de vendre s’inscrit dans une logique patrimoniale et financière assumée. Cette démarche a débuté par une vente aux enchères organisée en 2024, portant sur près de 350 souvenirs ayant appartenu au Général. Elle a rapporté plus de 5,6 millions d’euros, selon nos confrères de L’Express. L’État est intervenu dans cette opération en exerçant son droit de préemption. Il a acquis certaines pièces majeures, dont le manuscrit de l’appel du 18 juin 1940. Reste, désormais, un bien emblématique à céder : La Boisserie elle-même.
L’État s’inquiète et agit
Face à cette perspective, l’État français a multiplié les initiatives. La décision des héritiers est juridiquement légitime, mais La Boisserie n’est pas une demeure comme les autres et l'enjeu de sa préservation dépasse largement les intérêts privés.
Sous l’impulsion du Président Emmanuel Macron, un objectif a été fixé : faire entrer la propriété dans le giron public afin d’en garantir la conservation. Une procédure de classement au titre des monuments historiques a été engagée en urgence, traduisant la volonté de verrouiller l’usage du site. L’ancien ministre de la Culture, Rachida Dati, a également rencontré Yves de Gaulle afin de négocier l'acquisition. L’estimation de la demeure varie fortement : elle oscille entre 800.000 euros et 3 millions d’euros. Difficile d’attribuer une valeur à un lieu dont l’importance historique excède largement les critères immobiliers classiques.
La Boisserie, mémoire vivante du gaullisme
Au-delà du conflit actuel, La Boisserie demeure un symbole puissant, intimement lié au destin de Charles de Gaulle et à l’Histoire de la France du XXe siècle. Acquise en 1934, la maison de Colombey-les-Deux-Églises devient très vite un refuge pour le futur chef de la France libre. Il y trouve un espace de retrait propice à la réflexion, loin de l’agitation parisienne, et s’y installe durablement avec son épouse Yvonne et leurs enfants.
C’est entre ces murs que de Gaulle rédige une grande partie de ses Mémoires de guerre, œuvre majeure publiée entre 1954 et 1959. Il y livre sa vision du conflit et du destin de la France. La Boisserie devient également un atout politique lorsqu’elle accueille des chefs d’État comme le chancelier allemand Konrad Adenauer en septembre 1958, dans un moment hautement symbolique de la réconciliation franco-allemande.
Cette demeure est aussi le théâtre de tristes événements intimes. En février 1948, la famille de Gaulle y traverse l’épreuve du décès d’Anne, la fille cadette du Général, atteinte de trisomie 21, à laquelle il était très attaché. C’est également dans cette maison que Charles de Gaulle s’éteint le 9 novembre 1970, victime d’une rupture d’anévrisme, alors qu’il se trouvait dans sa bibliothèque.
Aujourd’hui encore, La Boisserie conserve cette atmosphère singulière où se mêlent vie privée et destin national. Le mobilier, les objets, l’agencement même des pièces témoignent de l’intimité du Général. Propriété d'une famille, elle représente un fragment essentiel de l’Histoire nationale et une pièce majeure de l’héritage gaullien auquel beaucoup de Français sont attachés. Reste à savoir si La Boisserie ne perdra pas un peu de son authenticité en quittant le giron de la famille de Gaulle pour celui de l'État, qui n'a pas brillé par ses soins à un lieu autrement emblématique : le Louvre.
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64 commentaires
Si l’Etat s’en mêle, bientôt nous y retrouverons des migrants comme occupants…
La visite de la Boisserie, lorsqu’elle était ouverte au public, constituait un puissant parcours d’émotion.
Du bureau du Général, là où il a écrit ses Mémoires », l’on apercevait la campagne que lui même contemplait de son fauteuil. Et son quotidien familier, les sentiers de promenade qu’il empruntait… un lieu de mémoire qui doit rester dans le patrimoine national.
Quelques minutes devant l’église de Colombey, qui en comptait deux, face à la vaste tombe de pierre blanche où reposent De Gaulle et son épouse Yvonne, pour achever ce pèlerinage patriotique…
Dati a raison pour une fois: les domaines doivent préempter ce cœur de France, ce noyau dur de la Nation France.
Que toutes les grandes gueules qui se reclament du gaullisme fassent un geste….le LR en premier
On comprend bien que le problème se pose si la maison n’a pas assez de visiteurs pour payer son entretien et ses charges. Comme dans toutes les familles, on peut admettre qu’un des enfants ne peut la reprendre seul et que les héritiers décident de la vendre. Rien de choquant. Je l’ai visitée moi-même. Cela n’enlèvera rien à la grandeur du Général et ne changera rien à l’avenir de la France. Une plaque suffira.
Cette maison pourrait devenir un musée dédié au Général de Gaulle.
SI … la France était aisée financièrement et CAPABLE de gérer ne serait-ce ce qu’elle possède déjà… Ce qui est de loin inenvisageable…
Si les commentateurs avaient un château ou un domaine à entretenir (entretien + personnel + impôts fonciers), ils seraient moins catégoriques. Seuls l’Etat ou la Région ont le poids nécessaire pour envisager l’achat de ce monument historique, et sa transformation muséale.
Vous finissez votre article en rappelant les mésaventures du Louvre et vous le commenciez par: « Sous l’impulsion du Président Emmanuel Macron, un objectif a été fixé : faire entrer la propriété dans le giron public afin d’en garantir la conservation ». Est-ce cela le « en même temps » de la pensée complexe du phare du palais? Aurait-il l’intention de changer les fenêtres de cette demeure? Quand on es pas foutu d’entretenir ce que l’on a, on ne se met pas une autre charge sur le dos! Une initiative privée et pérenne serait la bien venue. La vente des biens de 2024 aurait permis la création d’une fondation.
L’Etat devrait ou devra exercer un droit de préemption. Il est en effet impensable que cette propriété puisse devenir un bien privé.
Le manuscrit de l’appel du 18 juin avait été acheté par Alain Delon… Comment se fait il qu’il soit à nouveau en vente.
Il ne l’avait acheté que pour le rendre à la famille ! (Et je soupçonne qu’il y a plusieurs « états » du manuscrit : le brouillon, le propre, et peut-être des états intermédiaires ?). Et puis, il n’est « à nouveau en vente » puisqu’il est entré aux Archives nationales en 2025…
Si « l’État »prend soins de La Boisserie comme du reste, c’est pas gagné! Et beaucoup de notre patrimoine est revendu ou…prend feu.
Quand on lit les commentaires, il y a de quoi pleurer
Lâché par ses héritiers petits-enfants, tout est dit …
Les héritiers voient cette maison comme une maison familiale, les français eux la voient comme un e maison historique
Non, rien n’est dit. Il se passe la même chose partout. Les maisons des gens les plus célèbres ne sont pas toutes devenues des musées. Et on s’en porte très bien. Que celui qui n’est pas content l’achète !
En général, les héritiers doivent vendre la propriété pour payer les droits de succession. Ils n’ont pas le choix.
Oui ! !! Les droits et taxes de succession constituent un racket de plus, de l’état et souvent une destruction du patrimoine dont le mercantilisme va se charger !
En général …. c’est le cas de le dire !
La « famille » LR et consorts pourrait être bien inspirée de s’y intéresser…
Gardons-la , De Gaulle le mérite , même ses descendants auraient pu grâce à des mécènes l’entretenir et l’ouvrir au public comme musée , ils n’ont aucun respect de leur grand-père , dommage
Je suis de vote avis !
toujours facile de jugé derrière un écran, quand on est pas directement concerné ! je trouve çà affligeant…
Ne pas laissé cette demeure tombée dans le domaine de l’État, qui est un très mauvais gestionnaire immobilier. L’état est déjà incapable de rénover et d’entretenir ses casernements domaniaux (gendarmerie), je ne vois pas ce quelle pourrait bien faire de « la Boisserie », un musé ???