Culture - Editoriaux - International - Musique - 12 février 2020

Kora, piano, violoncelle, clavecin… quand les services de sécurité US détruisent des objets précieux !

Nous avons frisé l’incident diplomatique entre le et les États-Unis, ce qui, je n’ai aucun doute là-dessus, laisse assurément Monsieur Trump dans une totale indifférence.

En cause, le zèle des agents de sécurité portuaires (TSA) de l’aéroport JFK, à New York, qui auraient mis en pièces la kora du musicien malien .

La kora est un instrument de taille impressionnante : une harpe-luth à 21 cordes, dotée d’un très long manche et dont la caisse de résonance est faite d’une demi-calebasse percée d’ouïes et tendue d’une peau. C’est un instrument traditionnel mandingue, joué dans toute l’Afrique de l’Ouest.

Ballaké Sissoko rentrait d’une tournée à travers les USA ; hélas pour lui, quand il a récupéré sa kora, celle-ci était en pièces, accompagnée, pour toute explication, d’un avis d’inspection de l’administration fédérale de la sécurité des transports (TSA). En espagnol !

La productrice de la tournée de Sissoko s’est indignée : « Ce type de kora fabriqué sur mesure est tout simplement impossible à remplacer », dit-elle sur Facebook. En écho paraissait sur Facebook un communiqué du ministre de la Culture malien, N’Diaye Ramatoulaye Diallo, réclamant réparation aux États-Unis : l’instrument a été « fortement endommagé lors du transport de ce patrimoine vers le Mali », et « si son caractère délibéré reste à établir, cet immense préjudice culturel nous interpelle et nous fera entreprendre tout ce qui est juridiquement et diplomatiquement possible pour obtenir réparation », écrit-elle.

Les services américains ont démenti. Bien sûr, ils ne nient pas que la kora ait atterri en miettes à Paris, mais ils assurent n’y être pour rien, disent que n’importe qui a pu glisser ce papier dans la boîte. Le ton monte… avant de redescendre. Bizarrement, deux jours plus tard, c’est le ministre malien qui publie, lui aussi, un communiqué sybillin : « Il a été posté sur la page du ministère de la Culture un communiqué relatif à un dommage causé à la kora de Ballaké Sissoko. Nous sommes au regret d’indiquer que ce communiqué ne provient pas du ministère de la Culture. »

Il faut donc croire que le communiqué est parti tout seul, tout comme la kora de Ballaké Sissoko s’est détruite toute seule dans son étui qui, lui, n’a pas été endommagé… Comprenne qui pourra.

Toutefois, Corinne Serres, l’agent de Ballaké Sissoko, s’est opportunément interrogée : « Les douanes américaines auraient-elles osé démanteler un Stradivarius ? » Eh bien, figurez-vous qu’on est tenté de répondre oui !

Cette affaire, en effet, n’est pas la première du genre et d’autres musiciens de renommée internationale ont eu à subir le zèle destructeur des douanes américaines. Ainsi, en 2001, traumatisés par le 11 septembre, les mêmes agents de la TSA, à l’aéroport JFK, ont pulvérisé le Steinway D du pianiste polonais Krystian Zimerman, un instrument qu’il avait fait modifier, au motif que la colle utilisée par l’ébéniste « sentait bizarrement »… Même sort funeste pour le violoncelliste allemand Alban Gerhardt qui joue, lui, sur un Matteo Goffriller de 1710… En 2014, c’est Boujemaa Razgui, un musicien canadien, qui a vu ses treize flûtes, fabriquées en roseau et bambou, partir à la broyeuse, les douaniers de l’aéroport JFK – toujours eux – ayant estimé qu’il s’agissait de « produits agricoles ». Dans un autre genre, on signalera les clavecins et autres épinettes qui ont traversé les siècles intacts mais pas l’océan… Ils arrivent amputés de leurs claviers, lesquels sont brûlés au prétexte que les touches sont en ivoire…

L’enfer est pavé de « bonnes intentions », dit-on. Il faut, hélas, y ajouter l’ignorance, la bêtise et, désormais, la paranoïa…

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