Audio - Entretiens - 30 avril 2019

Joseph Thouvenel : « L’extrême gauche qui casse dans les manifestations, c’est pas nouveau »

En cette veille du 1er mai, fête du Travail, Boulevard Voltaire a interviewé Joseph Thouvenel, de la CFTC. Il s’exprime sur le sujet des violences commises par l’extrême gauche en marge des manifestations ainsi que sur les annonces faites par Emmanuel Macron la semaine dernière.

Un cortège de manifestations est prévu le 1er mai. Doit-on attribuer les violences de ces manifestations au climat social délétère qui règne depuis plusieurs mois ?

Le mal-être social joue, mais les casseurs d’extrême gauche dans les manifestations ne sont pas nouveaux. Tout au long du cortège des manifestations du contrat de première embauche, de petits groupes essayaient d’incendier des voitures et de casser des vitres. J’ai le souvenir, également, des Nuits debout, où des milliers d’extrême gauche faisaient régner leur ordre place de la République pendant que les autorités s’en désintéressaient. De même, des Veilleurs, pacifiquement assis près du canal Saint-Martin, se faisaient violemment agresser par ces milices et ces Black Blocs. Quand on laisse des groupes comme ceux-là s’organiser, ils se sentent évidemment très forts.

Seriez-vous partisan pour supprimer les Black Blocs ?

Je suis partisan pour sanctionner tous ceux qui ne respectent pas l’ordre public normal dans un pays démocratique. On a le droit de penser et de dire ce que l’on veut, mais la violence ne doit pas être employée. En France, la liberté de pensée est mise à mal. Derrière ces groupes, il y a des idéologues. En toute impunité, ils prêchent la violence. Certains de ces idéologues enseignent dans les facultés publiques. Ils sont salariés de l’État. Ils appellent systématiquement à faire des actes de violence face à leurs opposants qui, idéologiquement, ne sont pas dans leur camp.

À qui pensez-vous, précisément ?

Je pense à ceux qui étaient derrière Nuit debout. De façon très claire, ces idéologues se sont exprimés. Ils déclaraient, en réunion publique, qu’ils trouvaient normal qu’ils incitent des gens à aller dans les réunions publiques pour leur interdire de se tenir. C’est inacceptable !
Dans le principe, la liberté d’expression et la liberté d’opinion doivent être défendues. Dans notre pays, elle est très mal ou pas défendue. Cette extrême violence et ces risques de dérapages en sont le fruit.

Serez-vous présent dans le cortège de demain ?

Traditionnellement, la CFTC ne manifeste pas le 1er mai. Cela ne veut pas dire que nous ne faisons pas d’actions et qu’il n’y a pas de rassemblements, mais nous ne manifestons pas. À titre personnel, j’aurais beaucoup de mal à manifester. Parmi les cortèges du 1er mai, il y a les syndicats et les braves gens qui manifestent avec des portraits de Lénine, de Trotski et de tous ces amis de l’humanité. Je ne me sens pas manifester sous les portraits des dictateurs.

Cette manifestation intervient alors que le président de la République a annoncé ce qu’il avait retenu du grand débat et les grandes lignes de ce qu’il comptait faire. Doit-on se réjouir ou s’inquiéter ?

Il y a motif d’inquiétude lorsqu’on voit la situation sociale et économique de notre pays. On a l’impression que nous avons des gens candidats à une élection et qu’ils nous présentent leur programme. Après deux ans au pouvoir, ils nous disent « Voilà notre projet ». On peut avoir quelques craintes sur le sérieux de ces personnes.
Concernant la remise en cause des 35 heures, nous sommes dans la com’, ou alors, que quelqu’un me montre le texte qui interdit un chef d’entreprise de faire travailler ses salariés au-delà de 35 heures. Personne ne peut me le montrer puisqu’il n’existe pas.
En revanche, si je demande à un salarié de travailler au-delà de 35 heures, en heures supplémentaires, le salarié est obligé, sinon il risque une sanction qui peut aller jusqu’au licenciement. Pour un certain nombre d’entreprises, le problème est de payer des heures supplémentaires qui pourraient obérer sa rentabilité.
On n’a pas un problème de durée du travail mais un problème de coût du travail. Tant qu’on n’aura pas la capacité de nommer les choses dans leur réalité et qu’on se cachera derrière de l’idéologie, on n’arrivera pas à résoudre les problèmes.

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