Joseph Thouvenel : « Les syndicats, comme la plupart des corps intermédiaires, sont à peu près rayés de la carte ! »

C’est la troisième semaine de mobilisation des gilets jaunes. Sans têtes d’affiche, loin de toute organisation syndicale traditionnelle. Joseph Thouvenel, au micro de Boulevard Voltaire, explique pourquoi cette révolte de ceux qui s’appauvrissent se passe des corps intermédiaires comme des syndicats. Une révolte qui perdurera sous une forme ou sous une autre tant que les problèmes ne seront pas réglés.

Le mouvement des gilets jaunes entre dans sa 3e semaine de mobilisation. Cette mobilisation est assez exceptionnelle, puisqu’elle fonctionne sans têtes d’affiche et, surtout, sans le concours des syndicats. Avez-vous observé ce mouvement et qu’en pensez-vous ?

Premièrement, les gilets jaunes fonctionnent sans les syndicats. C’est à juste titre, parce que le rôle des organisations syndicales se passe dans les entreprises, et au service des salariés de l’entreprise. Les gilets jaunes réunissent des salariés, des indépendants, des professions libérales, des commerçants, des artisans et des agriculteurs. C’est beaucoup plus vaste.
Deuxièmement, il y a une perte de confiance dans ce qu’on appelle les corps intermédiaires, ce qu’est normalement une organisation syndicale.
À la fois de l’apparition des gilets jaunes et à la fois de la « disparition » ou, en tout cas, ressenti comme tel par une forte majorité de la population, des corps intermédiaires sont la conséquence directe des politiques menées sous ce gouvernement et sous les gouvernements précédents. Les aspirations normales et légitimes des Français ne sont ni écoutées ni entendues et les corps intermédiaires sont à peu près rayés de la carte.
Le 1er des corps intermédiaires est la famille. Si on regarde l’état de la politique familiale depuis des décennies, on constate une régression constante. Il ne faut pas oublier qu’en France, 98 % des salariés sont couverts par des accords collectifs. Il faut des gens pour les bâtir et pour les négocier avec un peu d’intelligence. Ces accords fonctionnent, existent et correspondent à une nécessité et une efficacité dans les entreprises.
Au-delà de cela, les gens ne perçoivent plus cette action, parce que les gouvernements successifs, qui, eux, ne sont pas dans l’entreprise, au niveau national, balayent d’un revers de main les corps intermédiaires. Ils les baladent, en faisant des réunions, des grand-messes, on nous donne du « très cher machin » et du « très gentil Joseph », mais derrière, il ne se passe rien. C’est un autisme gouvernemental. C’est la réaction du peuple, non pas des plus pauvres, mais de ceux qui sont en train de s’appauvrir et qui voient cette pente qui s’accélère. Ils n’en peuvent plus, même si c’est très divers et très disparate.

À la lumière de tout cela, pensez-vous que ce mouvement va continuer ou va-t-il rapidement s’essouffler par le manque d’organisation et de revendication claires et précises ?

Le mouvement des gilets jaunes est tellement disparate que je ne peux absolument pas dire s’il va continuer ou pas, et sous cette forme avec les gilets jaunes. Des tentatives sont lancées pour avoir des porte-parole, mais quelle est leur représentativité ?
Aux organisations syndicales, on nous demande de faire des voix dans les entreprises pour être représentatif. Quelle est la représentativité de ceux qui vont faire joujou sur Internet où tous les groupes de pression peuvent s’emparer du poste de porte-parole ?
Cela dit, tant que les problèmes perdureront et s’aggraveront, ce que l’on va appeler « cette révolte des gilets jaunes », sous une forme ou une autre, continuera.
La perte de confiance gravissime en ceux qui sont chargés de mener le pays est présente et ne va pas s’arrêter du jour au lendemain. On n’acquiert la confiance que dans la durée. Quand on regarde les différentes déclarations des uns, des autres et des ministres, on se rend compte qu’ils racontent n’importe quoi. Cela ne va pas rétablir un instant la confiance du Français « moyen », c’est-à-dire de la grande masse des Français. On voit très bien qu’on nous balade, qu’on nous ment et qu’on fait de la com’.
Ce midi, j’étais au restaurant avec deux autres syndicalistes, à Paris, dans un beau quartier parisien, près de la tour Eiffel. Nous avons chacun déjeuné, verre de vin compris, pour 20 euros. Ce n’est pas les 200 euros, sans vin, du porte-parole du gouvernement. C’est ça, la réalité.
Tant que ces gens-là continueront à nous raconter n’importe quoi (idem avec la « peste brune), on trouvera cela totalement choquant.
J’aimerais rappeler à ceux qui nous écoutent que mon père a été arrêté par la Gestapo et a été mis en prison pas les nazis. C’est quand même autre chose que les rigolades qu’on nous raconte aujourd’hui. C’est indécent d’employer ce genre de manœuvre pour ceux qui ont souffert.
Ces manières d’agir passent de moins en moins. Les Français qui se trouvent sur leur rond-point, ou ceux qui n’y sont pas, mais qui les soutiennent et les comprennent, ne croient plus en ce genre de manipulations politiques. Ça passe peut-être dans certains dîners en ville à Paris, mais chez les Français, ça ne passe plus. Ça ridiculise celui qui le dit et, plus grave, ça ridiculise les politiques qui sont chargés d’une tâche noble : mener le pays.

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