Editoriaux - International - 28 août 2018

John McCain : un esprit libre ?

Avec le décès de John Sidney McCain III, candidat républicain malheureux contre Barack Obama lors de l’élection présidentielle de 2008, c’est une page de la politique américaine qui se tourne. En effet, celui que ses camarades du Capitole, là où il exerça six mandats de suite, surnommaient le « sénateur colère », en raison de son caractère atrabilaire, était issu d’une longue lignée de militaires et avait connu l’épreuve du feu, au contraire de la génération actuelle.

Ainsi, son grand-père, John Sidney McCain, Sr. sert comme amiral de la flotte du Pacifique pendant la Seconde Guerre mondiale. Son fils, John Sidney McCain, Jr., atteint le même grade, dans les sous-marins et le même océan, durant celle du Vietnam, là où John Sidney McCain III officie en tant qu’aviateur. Prisonnier du Viêt Cong pendant cinq ans, la légende dit que, torturé pour avouer des « crimes de guerre » plus ou moins imaginaires, on lui assure que “personne ne le saura”. Ce à quoi il aurait répondu : “Moi, je le saurai.” Il ne parlera pas.

Évoquant ces faits, Donald Trump, fort de son inimitable élégance bostonienne, affirme : “Il est un héros de guerre parce qu’il a été capturé. J’aime ceux qui ne se font pas prendre.” Cela peut, effectivement, se discuter, mais ne fait rien pour apaiser la vieille inimitié opposant ces deux animaux politiques. Une rancœur post-mortem telle que le président américain a assuré, en la circonstance, une sorte de service minimum. Après un message de condoléances réduit à sa plus simple expression, les drapeaux de la Maison-Blanche n’auront donc été mis en berne qu’un seul week-end, alors que ceux du Capitole le sont encore.

Avant de rendre le dernier souffle, John McCain avait d’ailleurs formellement souhaité que Donald Trump ne soit pas présent lors de ses funérailles. Ambiance. C’est donc peu dire que de rappeler qu’entre ces deux forts caractères, le courant ne passait guère. S’il a souvent été fait, ici, état de la personnalité hors normes du magnat de l’immobilier, celle du défunt portait également son lot de contradictions, tant ce conservateur avéré n’était pas non plus taillé d’une seule pièce.

Contre le droit à l’avortement et pour celui de porter des armes, John McCain n’a pour autant pas de mots assez durs pour stigmatiser la droite évangélique américaine et ses ténors auxquels il reproche d’être des “agents d’intolérance”, s’inquiétant d’ailleurs bruyamment de l’influence croissante du Tea Party au sein du Parti républicain. Économiquement libéral, il vote néanmoins contre l’abrogation de l’Obamacare, abrogation qui était l’une des principales promesses de campagne de Donald Trump, tout en critiquant les récentes baisses d’impôts décrétées par ce dernier, mesures dont il estime qu’elles profitaient avant tout aux plus riches des contribuables. En revanche, et ce en matière de politique étrangère, même si hostile à certaines pratiques de la CIA, tortures et prisons fantômes, il n’aura eu de cesse d’appuyer l’aventurisme militaire américain en tous lieux, tous temps et toutes circonstances. Soit l’inverse de la politique d’un Richard Nixon qui, revenu de l’anticommunisme obsessionnel de ses jeunes années maccarthystes, fut l’artisan de la détente avec Moscou et du rapprochement avec Pékin, parvint ensuite à sortir son pays du bourbier vietnamien tout en inversant – une première en la matière – les priorités budgétaires de la Maison Blanche, faisant passer les dépenses sociales avant celles de l’armée.

John McCain était-il fait de ce bois ? On ne le saura jamais. N’est pas Richard Nixon qui veut. Et sûrement pas Donald Trump, le meilleur ennemi du défunt, dont l’avenir demeure à écrire. Nul doute qu’il sera à l’image de l’homme : déroutant. Pour le meilleur, éventuellement, et le pire, peut-être. Va savoir.

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