Editoriaux - Musique - 7 juillet 2019

João Gilberto et la fille d’Ipanema : attention, regards appuyés !

Il faut avouer : je ne connaissais pas João Gilberto. Le chanteur brésilien, mort samedi 6 juillet à l’âge de 88 ans. Il est considéré comme l’inventeur principal de la bossa-nova, ce mélange de samba et de jazz, né au Brésil à la fin des années cinquante. À cette époque, les femmes portent des tailleurs, des gants, un chapeau, de grandes lunettes de soleil. Elles sont perchées sur de hauts talons et boivent des drinks dans des bars au décor moderne et cosy. Pour tout dire, elle sont élégantes. Enfin, c’est comme ça que l’on peut voir les choses. Les hommes, eux, le cheveu court, la cravate fine, costume trois pièces-cuisine, pantalons à pinces, chapeau sur la tête, conduisent des bagnoles, sortes d’aspirateurs à minettes aux jantes chromées (pas les minettes, les bagnoles). Donc, la bossa nova : littéralement, la nouvelle bosse. À la même époque, en France, c’était la nouvelle vague. La bosse, c’est la vague, peut-être celle qui lèche les jolis pieds des créatures de rêve hantant la plage de Copacabana – sans leurs hauts talons, évidemment.

Arrive alors la fille d’Ipanema. Je ne connaissais pas João Gilberto, en revanche, je connaissais bien la fille d’Ipanema. Enfin, façon de parler, car nous n’habitions pas du tout le même quartier et que si cela avait été le cas, elle ne m’aurait sans doute pas adressé la parole ou daigné me jeter un regard ! Ipanema ? C’est un quartier chic de Rio. En guarani, la langue indigène, cela signifie « mauvaises eaux ». Sans doute un ancien marécage. Mais la fille d’Ipanema ? Ce n’est ni la fille des marais, ni la vouivre bien sûr.

La fille d’Ipanema est « grande et bronzée et jeune et belle. La fille d’Ipanema sort marcher. Et quand elle passe, tous ceux qu’elle dépasse s’écrient Ah. Quand elle marche, elle marche comme une samba qui oscille si calmement avec des balancements si doux que quand elle passe, tous ceux qu’elle dépasse s’écrient Oh. »

Ah, oh ! Que tout cela frôle aujourd’hui la correctionnelle. Un regard appuyé et zou ! Au poste ! La contredanse en guise de danse et Marlène qui bat la mesure.

Mais tant pis car « je la contemple tellement tristement. Comment puis-je dire que je l’aime. Oui, je donnerais mon cœur avec joie. Mais chaque jour, quand elle marche vers la mer, elle regarde droit devant, pas moi. Grande et bronzée et jeune et belle. La fille d’Ipanema sort marcher. Et quand elle passe, je souris. Mais elle ne voit pas. Elle ne me voit simplement pas, elle ne me voit jamais… »

Alors, ai-je encore le droit de regarder passer la fille d’Ipanema ?

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