Editoriaux - Politique - 7 juillet 2019

Du balai !

Malgré l’aspirateur, le balai reste, dans notre imaginaire, le bout de bois avec lequel la mégère chasse du logis son mari ivrogne. Sur lequel s’appuie, dans les films en noir et blanc, la concierge au fichu serré dénonçant à l’inspecteur, vêtu d’un imper beige, le présumé coupable : « Rambo ? Sixième gauche, première à droite ! » Dans notre dictionnaire sexué de référence (Académie française), on lit : « Balai, nom masculin, XIIe siècle, faisceau de genêts. Probablement emprunté du breton balazn, genêt d’origine gauloise. »

Le sens premier tombe sous le sens : le balai est un ustensile ménager. Quand « vous aurez fini de repasser », dit la femme à l’employée de maison « vous donnerez un coup de balai à la cuisine ». Selon les légendes populaires, les sorcières se rendaient au sabbat à cheval sur un manche à balai. En aéronautique, le « manche à balai » est le levier de commande et de direction. On connaît le balai d’essuie-glace, la voiture-balai du Tour de France. En électricité, on parle des balais d’une dynamo ; en électronique, du pinceau de fils métalliques pour les cartes perforées. À la chasse, le balai désigne l’extrémité de la queue des chiens. En fauconnerie, la queue des oiseaux de proie. En musique, le balai est un instrument terminé par un faisceau métallique léger servant à marquer le rythme sur une caisse de percussion.

Les expressions figurées, familières, sont nombreuses. D’une femme grande et très maigre, on dit que « c’est un vrai manche à balai ». Le langage populaire dit « avoir trente balais ». L’expression « peau de balle et balai de crin » (Alphonse Allais) a un petit air d’ancienneté. Une expression, elle, nous est familière en politique : le coup de balai. C’est un brusque changement qui fait place nette « en évinçant une équipe en place ». Est-ce à cela que nous avons assisté en 2017 ? En tout cas, avant comme après le coup de balai, l’expression suivante se vérifie toujours : « Quand il y a un coup de balai, il s’arrange pour être du côté du manche. »

Dans le dernier Causeur, Yves Charpenel, ancien avocat général à la Cour de cassation, déplore, chez nous, la prolifération contre-productive de lois pénales (mémorielles ou punitives, en particulier), parfois inappliquées car, le temps de la promulguer, le phénomène dénoncé est tombé en désuétude. Tel, en 2007, le délit « happy slapping » qui consistait à filmer et balancer une agression sur des réseaux sociaux. Ou encore la loi du racolage passif (bel oxymore !). Sur cinq millions de plaintes, 600.000 sont examinées, 40 % des peines de prison ne sont jamais appliquées.

L’amour des lois est français. Pas une crise politique sans la promesse d’une loi pour apaiser les colères. Il faut dire que notre droit est exemplaire. Aussi le Sénat a-t-il créé, en 2018, un bureau aussi génial que son acronyme : le BALAI (Bureau d’abrogation des lois anciennes et inutiles). Si cette expression reste toujours d’actualité : « Du balai ! », pourquoi ne pas diriger, par « délaissement » anticipé, une proposition de loi inutile directo vers le BALAI ?

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