Bien sûr, le ministre ne l’admettra pas.

Pas plus, si l’envie m’en avait pris, que d’être qualifié de conservateur, ce qui dans la pensée est moins offensant.

Pourtant, la “mouvance pédagogiste” avait beaucoup pour elle.

Le fil du temps qui serait naturellement progressiste et incite sinon à idolâtrer le présent au moins à le maintenir dans son état actuel, notamment dans ces matières sensibles où la seule justification du changement est de dégrader encore davantage un système déjà mal en point.

Le soutien des élites prétendument éclairées, intellectuelles, politiques et médiatiques.

La paresse démocratique qui recule parfois face à l’immensité des réformes et s’exonère sans cesse en invoquant le temps de la réflexion, décrété interminable.

La de prétendre que quelque chose était à sauver dans le passé et, pire que tout, d’être accusé de vouloir le faire revenir.

La complaisance avec laquelle, en général, on accepte la mauvaise volonté de certaines institutions et la résistance illégitime de groupes s’opposant aux orientations d’un gouvernement. Parce qu’on connaît leurs options politiques et qu’on s’en accommode au lieu de les battre en brèche.

Pour l’ nationale, il y a eu tout cela et Jean- Blanquer aurait pu en prendre acte et s’en tenir là. Il aurait eu la paix. Autre nom de la stagnation.

Ce n’est pas le parti qu’a pris . Il a dû “recadrer les enseignants” grâce à quatre notes de service et “des recommandations très précises” au sujet de la dictée quotidienne, de la lecture, de la leçon de grammaire et du calcul mental (Le Figaro).

Ce n’est pas cette autorité qui a eu besoin d’un rappel qui m’apparaît comme louable. Même si elle est devenue trop rare pour qu’on ne la salue pas en ces circonstances.

C’est le fait que le ministre, confronté à une impressionnante baisse de niveau en lecture et en calcul, n’a pas tergiversé et n’a pas usé de la méthode la plus commode pour fuir ses responsabilités : ne rien faire ou feindre d’innover pour poursuivre la politique du pire et, donc, le pire de la politique.

Non, il est allé rechercher dans le passé ce qui donnait satisfaction et formait des esprits mieux irrigués. Par conséquent il a décidé de supprimer toutes les méthodes de lecture qui ne seraient pas “purement syllabiques”. Le retour au b.a.-ba, donc (Le Parisien).

Ce n’est presque rien mais, à mon sens, c’est considérable. Je nomme cette démarche réactionnaire dans le sens où, par facilité, elle ne s’est pas inscrite dans le cours du temps en se laissant porter par lui mais elle a estimé à la fois possible et nécessaire de puiser dans hier ce qui manque à aujourd’hui en le concrétisant avec courage et avec clairvoyance.

Ce bon sens – prendre le meilleur où qu’il se soit trouvé pour le placer dans le vivier du présent – est trop peu exploité parce qu’il exige des qualités de résolution et d’action rares et une absence totale de démagogie. Il convient d’être moins angoissé par son sort ministériel que par l’état du service public dont on a la charge. Il ne faut surtout pas accepter que le passé, prétendu astre , n’enseigne rien au vivant qui se meurt sous nos yeux dans quelques-unes de ses facettes républicaines et régaliennes.

Il ne s’agit en aucun cas d’être hostile à la moindre évolution, l’existant étant un bloc intouchable et révéré. Le conservateur aspire globalement à une immobilité des lignes et à un statu quo paisible. Le réactionnaire pense, organise, compare et n’hésite pas à s’armer de certaines séquences et réussites passées pour mieux sauver le présent.

L’Éducation nationale n’est qu’un exemple parmi d’autres, mais il illustre de manière exemplaire ce qui mériterait d’être appliqué et diffusé ailleurs, notamment dans le domaine de la .

Mais on n’a qu’un seul Blanquer.

28 avril 2018

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